« Government Sachs » à la manoeuvre

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Rome est sous pression. La Banque d'Italie a dû préciser cette semaine que les opérations menées dans les années 1990 avec des banques d'affaires américaines pour réduire le coût de la dette publique italienne n'avaient rien d'illégal. Demain, son gouverneur, Mario Draghi, devra peut-être expliquer que son passage au poste de vice-président de la banque Goldman Sachs ? auteur d'une opération de swap controversée sur la dette grecque - n'avait rien que de très normal.Mario Draghi a été salarié du géant américain entre 2002 et 2005 et Simon Johnson, l'ancien économiste en chef du FMI, demande que l'on fasse aujourd'hui la lumière sur ce qu'il savait du fameux montage grec. « Il n'a rien à voir avec ce montage car l'opération a été faite avant son arrivée » chez Goldman, s'est épuisée à commenter sa porte-parole.Connection étroiteL'inventivité, l'entregent de « Government Sachs », ainsi surnommé par ceux qui lui reprochent d'avoir constitué un puissant réseau servant ses intérêts, tout dérange aujourd'hui dans les méthodes de la firme. Aux États-Unis, la banque entretient depuis des années une connexion étroite avec l'administration. C'était particulièrement vrai du temps de George Bush : l'ancien PDG de Goldman, Henry Paulson, a été placé à la tête du Trésor grâce à l'appui de Joshua Bolten, un ancien responsable de la banque devenu chef de cabinet de la Maison-Blanche, sous George W. Bush.En finir avec sa rivaleDans le monde de la finance, l'un de ses anciens dirigeants, John Thain, a dirigé la Bourse de New York et piloté sa fusion avec Euronext, avant de prendre la tête de Merrill Lynch, dont il sera évincé. La conduite du plan de soutien à la finance (Tarp) a été confiée par le Trésor à un ancien de Goldman Sachs : Neel Kashkari. Les dirigeants de Lehman Brothers affirment que le Trésor et la Réserve fédérale de New York, où siégeaient des « ex » de Goldman, ont laissé sombrer l'établissement pour en finir avec sa principale rivale. Depuis l'élection de Barack Obama, la présence d'anciens de Goldman Sachs reste importante au sein du gouvernement. Le successeur d'Henry Paulson, Timothy Geithner, a fait de Mark Patterson, un ancien lobbyiste de la banque, son principal conseiller tandis que Gary Gensler, dix-huit ans de maison, préside le gendarme des marchés dérivés (CFTC).« Le concept selon lequel nous bénéficions d'une influence déraisonnablement excessive est amusant mais complètement faux », affirmait l'été dernier Lucas Van Praag, le porte-parole de Goldman Sachs, assurant au contraire que « la présence d'ex-responsables de Goldman Sachs dans l'administration a tendance à (nous) desservir ».Servir le paysCar « le fait que de nombreux anciens travaillent ensuite au gouvernement, dans des ONG, la philanthropie ou des hedge funds est lié à notre culture interne : nos meilleurs éléments se voient accorder le statut de partenaires lorsqu'ils ont une trentaine d'années, et quand ils atteignent la quarantaine, nous les poussons à travailler ailleurs, de façon à conserver un effectif jeune, ce qui n'est pas ordinaire à Wall Street ». Le responsable expliquait ainsi ces reconversions : « Nos anciens employés, à l'aise financièrement, ressentent souvent l'envie de servir leur pays, ce qui explique leur présence dans le public. » Le fait qu'Henry Paulson ait dirigé le Trésor lorsque Wall Street implosait a empêché Goldman Sachs de réaliser des acquisitions dont profitent aujourd'hui ses concurrents. « Nous avons été complètement écartés du processus de reprise de Bear Stearns alors que nous étions intéressés par ses activités hypothécaires », dévoile Van Praag, « pareil pour Washington Mutual dont nous songions au rachat total ou partiel ».

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