Quand le FMI vire sa cutie idéologique

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La crise financière internationale n'a pas seulement bouleversé l'ordre mondial. Elle rebat les cartes de la pensée économique. Longtemps gardien de l'orthodoxie libérale, le Fond monétaire internationale (FMI) revisite par touches successives sa doxa : ouverture des frontières aux biens et aux capitaux, flexibilité des monnaies, rigueur budgétaire... Autant de recettes qu'il avait mises en oeuvre lors de la crise financière asiatique en 1998, aggravant la situation de certains pays de la zone. Las. Pour contrecarrer la crise qui a frappé les pays riches à partir de 2007, ce sont des remèdes diamétralement opposés qui ont été préconisés par Dominique Strauss-Kahn, directeur général de l'institution depuis deux ans : il a été le premier à prêcher une relance budgétaire à grande échelle, et à avoir encouragé les États à ouvrir les vannes du crédit. Contrition et inflationL'exercice de contrition du FMI a commencé il y a une semaine, lorsqu'Olivier Blanchard, directeur de la recherche depuis 2008, a jeté un premier pavé dans la marre : « Une inflation stable et faible a été présentée comme le mandat prioritaire, si ce n'est exclusif, des banques centrales », écrit ce néo-keynésien dans un article non officiel, rappelant que « la plupart des banques centrales ont choisi une cible autour de 2 % ». Mais « la crise a montré que des chocs négatifs importants peuvent intervenir », dit-il, qu'ils proviennent du secteur financier ou, demain, des conséquences d'une pandémie sur le tourisme et le commerce, ou encore de l'impact d'une attaque terroriste majeure contre une grande économie. D'où sa proposition iconoclaste de doubler, à 4 %, le haut de la fourchette cible de l'inflation. Enrichir la boîte à outilsOlivier Blanchard n'ignore bien sûr rien des dangers de l'inflation. Mais il estime que le passage de 2 % à 4 % serait probablement indolore pour l'activité en temps normal, tout en offrant une marge de manoeuvre plus large aux banques centrales pour mettre en place, en cas de crise, des taux d'intérêt réels très faibles voire négatifs (différence entre le taux d'intérêt et le taux d'inflation). Les investisseurs privés pourraient alors plus facilement relancer la machine économique et les États ne seraient pas contraints de pratiquer une relance budgétaire massive, au risque d'être plus tard asphyxiés sous le poids de leur dette. « Olivier Blanchard se place dans la perspective de l'endettement croissant des États et du coût du vieillissement de la population », explique Eric Chaney, économiste en chef chez Axa. Élargissant sa réflexion, Olivier Blanchard s'interroge également sur les modes de régulation de la sphère financière. Il propose ainsi d'enrichir la boîte à outils pour assurer une plus grande stabilité du système, particulièrement en cas de chocs. « Il faut admettre que la stabilité financière est devenue depuis une dizaine d'années une source de fragilité pour les économies occidentales », explique Philippe Wæchter, économiste en chef chez Natixis Asset Management.Taxe sur les capitauxAutre pavé dans la marre, Jonathan Ostry, sous-directeur de la recherche du FMI, vient de publier un article intitulé « Afflux de capitaux : le rôle des contrôles », où il tire, lui aussi, les enseignements de la crise : « Les contrôles de capitaux appliqués sur certains types de flux entrants peuvent utilement compléter les régulations prudentielles pour limiter la fragilité financière, et faire partie de la boîte à outils », dit-il. Il peut s'agir de taxes sur les capitaux entrants, ou d'une immobilisation non rémunérée d'une fraction de ces capitaux à la Banque centrale du pays hôte. Ce qui compte, c'est d'« éviter le risque de bulle spéculative dans les économies où il y a de la croissance comme c'est le cas dans les pays émergents comme la Chine », explique Eric Chaney. D'ailleurs, après le Chili et le Brésil, certains pays d'Asie ont prévenu qu'ils réfléchissaient à de tels contrôles. Il savent à présent qu'ils peuvent compter sur la bénédiction du FMI.

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