Achèteriez-vous une centrale nucléaire russe ?

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Le Premier Ministre russe Vladimir Poutine a déclaré jeudi soir que l'objectif de RosAtom, le géant nucléaire russe, était d'atteindre 30% du marché mondial contre 16% aujourd'hui. Un effort qui démarre à domicile, avec un investissement public de 6 milliards de dollars cette année dans le secteur, impliquant des alliances avec des partenaires étrangers comme Toshiba, EDF, Alstom et Siemens. Côté construction, 26 centrales seront construites en Russie. A l'international, RosAtom fonde ses espoirs principalement sur les marchés Indien, chinois, turc et vietnamien, où il a déjà avancé ses pions. A l'heure actuelle, le monopole d'Etat russe construit 5 réacteurs dans 3 centrales (Busher en Iran, Koudankoulam en Inde et Belene en Bulgarie). La construction de deux réacteurs supplémentaires devrait commencer cette année à la centrale chinoise de Tianvan. Et Vladimir Poutine revient tout juste d'Inde où il a vendu pas moins de 12 réacteurs supplémentaires « dans les prochaines années ». Selon l'expert Sergueï Kondratiev, la Russie est à deux doigts de prendre entièrement le futur marché vietnamien. « Ce n'est que le premier pas vers le très prometteur marché sud-asiatique, comprenant la Thaïlande, la Malaisie et l'Indonésie, qui envisagent tous de se doter de centrales nucléaires » poursuit l'expert. Offensive sur tous les frontsDans l'enrichissement d'uranium, RosAtom détient déjà 40% du marché mondial et 17% des livraisons de combustible nucléaire aux centrales civiles. Moscou a complètement repris à Westinghouse le marché du carburant nucléaire destiné aux centrales de fabrication soviétique situées dans les pays de l'ancien bloc de l'Est. « Nous avançons simultanément sur tous les fronts : la livraison de combustible destiné aux réacteurs occidentaux, la construction de nos centrales dans des pays jusqu'ici vierges de nucléaire, la commercialisation de nos turbines et l'échange de technologies », se félicite Kirill Komarov, directeur général d'AtomEnergoProm, filiale civile de RosAtom. Terres réservéesSur le papier, RosAtom est un concurrent à part entière des constructeurs occidentaux. "Ce sont les Russes qui ont, en ce moment, le plus grand nombre de réacteurs en chantier dans le monde", souligne un expert français. Mais, en pratique, les marchés des uns et des autres restent différents. Les Russes restent cantonnés dans leurs zones d'influence politique traditionnelles et ne s'aventurent pas sur les marchés ouest-européens et américains. Si la concurrence réelle grandit, c'est plutôt sous l'effet des incursions des occidentaux sur leurs ex-terres réservées, comme en Europe de l'Est. Actuellement, Areva et Toshiba-Westinghouse sont en concurrence avec RosAtom pour un projet en République Tchéque. Au Moyen-Orient et en Asie, en revanche, les Russes avancent leurs pions ... comme leurs concurrents occidentaux. "A Abu Dahbi, ils ont été éliminés au premier tour. Mais l'Egypte regarde aujourd'hui leur offre", explique un connaisseur du secteur. Sûreté moins sophistiquée Côté sûreté, le réacteur russe VVER (une technologie complètement différente de celle utilisée naguère pour la funeste centrale de Tchernobyl), de taille plus modeste que l'EPR français (1.000 MW), joue pratiquement dans la même cour. "Il comporte des élements de sécurité appartenant à la 3ème génération et d'autres le rattachant davantage à la 2ème génération, mais les Russes affirment construire désormais des élements capables de résister aux chutes d'avion", selon un expert. Ce qui conduirait le VVER à faire jeu égal avec l'EPR. Alliance stratégiqueCôté prix, le VVER est un peu moins cher. A cause de "la différence de coût de la main d'oeuvre entre la Russie et la France ou le Japon, mais pas du design", selon l'expert. Au final, "la différence de prix avec l'EPR, par exemple, n'est pas décisive", veut croire ce spécialiste français. Pour leur conquête de la planète, en dehors de leurs terres d'élection, les Russes comptent sur leur alliance stratégique avec l'allemand Siemens. Ce partenariat est pour l'heure bloqué par la justice dans le cadre de l'arbitrage du divorce entre Siemens et Areva. Mais, surtout, nul ne connnait les futurs contours de cette alliance qui pourrait changer la donne.

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