"Nous avons énervé l'équipe Bush, nous énervons maintenant celle d'Obama"

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« Free minds and free markets. » Le slogan du magazine Reason annonce la couleur. Liberté individuelle, liberté d\'opinion, liberté des marchés, c\'est la liberté qui prime. « Nous allons là où les faits et la science nous mènent même si c\'est en contradiction avec ce que nous pensons », martèle Matt Welch, rédacteur en chef depuis 2008 de ce magazine étiqueté \"libertarien\". En passant, il donne un coup de griffe aux journalistes que cet ancien du Los Angeles Times accuse de souvent travailler à reculons pour que les faits collent à une conclusion établie d\'avance.A ses débuts en 1968 à Boston, Reason est une simple feuille ronéotypée où le jeune étudiant Lanny Friedlander - une sorte de hippy qui adore Ayn Rand et s\'offusque de l\'intolérance des étudiants de gauche, selon Matt Welch - annonce que ce sera « la logique, pas la légende et la vérité, pas la fiction ». Graphiste, il donne un style minimaliste et frappant à Reason. Une couverture marquante des premières années est une illustration moitié signe de la paix du hippy et moitié matraque du policier qui pose la question « Lequel est le vrai salaud ? ». Mais le jeune éditeur est plutôt désorganisé et n\'a aucune expérience dans la presse. Reason passe bientôt entre des mains plus expertes et déménage à Los Angeles.Prêcher à un large publicRobert Pool fait partie de la nouvelle équipe. Ingénieur dans l\'aérospatiale, il a deux dadas : déréguler les compagnies aériennes et réduire le gouvernement. « Nous avons aidé à lancer le débat sur la dérégulation du transport aérien et son livre Cutting Back City Hall est toujours la base du travail de la Fondation Reason qui aide les gouvernements locaux à privatiser leurs services », explique Matt Welch pour illustrer l\'influence de son magazine. Aux côtés de Robert Poole, on trouve Manuel Klausner, un avocat de Los Angeles, et Tibor Machan, un philosophe qui a fui la Hongrie dans les années 50.« Reason aurait pu être le bulletin du Parti Libertarien. Mais dès le départ, la décision stratégique a été de faire un travail de propagation, d\'introduire ces idées au monde », rappelle Matt Welch. « D\'ailleurs nos plus grands critiques sont les libertariens qui nous reprochent de passer à la télé et d\'entrer en contact avec le monde. Les libertariens, par exemple, nient le réchauffement global. Mais nous avons regardé les chiffres et nous suivons les preuves. » Chez Reason, on se délecte de ce rôle de poil à gratter. « Nous avons énervé l\'équipe gouvernementale de Bush, maintenant nous énervons le gouvernement Obama. En fait, nous sommes un magazine politique qui déteste la politique car nous ne faisons pas la confusion entre la politique et les choses réellement importantes dans la vie, celles qui ne se passent pas sous les projecteurs. »La technologie libérera l\'individuDans les gènes de Reason, une confiance illimitée dans le progrès et la technologie tient une grande place. Le monde high-tech le lui rend bien. Louis Rosetto, le fondateur du magazine Wired si cher aux « techno-utopiens » et aux accents libertaires, ne cache pas que Reason l\'a beaucoup influencé. Le magazine trouve un certain écho dans la Silicon Valley. « Nous pensons que la technologie est une façon de libérer l\'individu. Nous sommes pessimistes à propos du présent, mais optimistes à propos du futur », avance Matt Welch qui a été exposé très jeune à Reason grâce à l\'abonnement de son beau-père.Avec Nick Gillespie, le rédacteur en chef de Reason.com et Reason.tv, Matt Welch a écrit l\'année dernière The Declaration of Independents : How Libertarian Politics Can Fix What\'s Wrong with America. « Nous voulons appliquer des principes libertariens aux pires secteurs du gouvernement comme la santé et l\'éducation. D\'ici 2030, la sécurité sociale et les programmes Medicare représenteront 50% du budget. On est à l\'équilibre quand les dépenses représentent 19% du PNB, mais nous sommes à 25%. Nous sommes les rigolos qui levons la main pour dire que ce n\'est pas possible. »50.000 abonnésLe magazine compte environ 50.000 abonnés aux versions papier et électronique. « Ce sont à 90% des hommes blancs, ce qui est décevant. Tout bouge rapidement vers l\'électronique où nos lecteurs sont plus jeunes. Ce sont des gens qui ne se sentent plus à l\'aise dans aucun des deux partis politiques. » Pour ce lectorat plus branché, Reason propose un régime soutenu d\'articles quotidiens, un blog, des interviews vidéo grâce à l\'aide financière du comédien Drew Carey et, à partir de cet été, un service d\'agrégation d\'actualités avec la griffe provocatrice de Reason. « Nos lecteurs ne sont pas toujours d\'accord, mais nous leur apportons toujours quelque chose d\'intéressant et d\'étrange qui les force à penser autrement », conclut Matt Welch.Retrouvez l\'interview de Matt Welch, rédacteur en chef du magazine Reason.

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