Et Venise révéla François Pinault

 |   |  490  mots
De lui, on ne sait finalement pas grand-chose, si ce n'est que François Pinault a fondé l'un des plus grands groupes français et qu'il se consacre désormais totalement à sa passion pour l'art contemporain. Le Palazzo Grassi et la Pointe de la douane à Venise accueillent des pièces de son extraordinaire collection. Et c'est certainement dans ce dernier espace que le collectionneur se révèle le plus aujourd'hui tant « L'Éloge du doute », la nouvelle exposition qui y est présentée, dresse un magnifique portrait de lui.Rien d'hagiographique là-dedans. Ici, seuls comptent les artistes et leurs oeuvres. Mais à travers les pièces sélectionnées par Caroline Bourgeois, la commissaire de l'Éxposition, se dessinent en creux les goûts, le sens de la prise de risque et surtout la curiosité d'un collectionneur au regard perçant, soucieux de découvrir toujours plus, quitte à aller à l'opposé de ses choix initiaux. « Cette exposition permet de parler de la collection de François Pinault, mais aussi des qualités comme des doutes de celui qui a acquis toutes ces oeuvres », confirme la commissaire.En témoignent les deux premières salles de l'exposition. La première - dont la mise en espace relève elle-même d'une oeuvre d'art - rend hommage à l'un des artistes préférés de Pinault, Donald Judd (1928-1994), le maître du minimalisme. À l'étage, changement de décor avec « Roxy's », une installation foisonnante signée Edward Kienholz (1927-1994), figurant un bordel des années 1940 avec ses canapés, ses fauteuils, ses tables égaillées de cendriers ou de compotiers, le tout éclairé par une lumière tamisée au son de chansons mélancoliques. Sauf que l'endroit est peuplé de femmes aux corps abîmés, massacrés, violentés. Comme cette fille allongée sur la table d'une machine à coudre, les jambes écartelées. Toute l'exposition se décline ainsi, dans un aller et retour permanent entre des oeuvres tout en retenue, pleines de poésie et d'autres, beaucoup plus expansives. Il y a par exemple les galets d'eau en verre de Roni Horn, d'une beauté à couper le souffle, et les bouées de Jeff Koons mises à mal par la qualité des pièces proposées alentour. Les gisants en marbre de Maurizio Catelan répondent aux personnages longilignes à tête protubérante et colorée de Thomas Schütte, vêtus de couvertures militaires comme les rescapés des camps. Et puis il y a une poignée d'oeuvres spécialement créées pour l'occasion, par la jeune artiste d'origine éthiopienne Julie Mehretu notamment, qui témoignent de l'engagement de François Pinault auprès des artistes.On dit que le collectionneur se compare souvent au chien filmé par la plasticienne Sturtevant qui court à perdre haleine vers autre chose, poussé par sa curiosité. Cette superbe exposition ne dit pas autre chose. Jusqu'au 31 décembre 2012. www.palazzograssi.it

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :