L'introuvable parti des « vrais Européens »

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Et si Marine Le Pen changeait le nom du Front national ? Oserait-elle l'appellation choisie par Timo Soini, le leader des « True Finns » qui viennent de quintupler leur score aux élections finlandaises de dimanche, avec 19 % des voix ? On voit certes mal la France, qui a encore un certain nombre de comptes à régler avec la collaboration, afficher au grand jour un parti des « Vrais Français » ! Cela n'a pas empêché le FN de saluer lundi la « percée remarquable » du parti des « Vrais Finlandais », devenu la troisième formation politique du pays, « en phase avec ce qui se passe logiquement dans de nombreux autres pays d'Europe ».Peur du déclassement, de l'immigration sans frein, rejet de l'Europe et crise financière, débat sur la place de l'islam : tous les ingrédients sont réunis pour expliquer la vague de repli sur soi identitaire qui saisit le continent. C'est bien le point commun à tous ces partis eurosceptiques, xénophobes et nationalistes qui ont fleuri depuis le début de la crise. Et c'est un tout nouveau paysage politique que ces forces sont en train de dessiner en Europe, un peu à l'image de la révolution des « Tea Party » aux États-Unis qui veulent donner un coup d'arrêt au « socialiste Obama ».Révolution (« Vallankumous » en finnois), c'est d'ailleurs bien ainsi que la presse finlandaise a interprété le score des True Finns, un terme en apparence peu approprié pour un pays en apparence paisible et prospère, symbole avec la Suisse de neutralité sur la scène internationale. C'est que le feu couvait sous la glace, un peu comme en Islande où le peuple vient, le 9 avril, de refuser à 60 % une nouvelle fois par référendum l'accord Icesave qui prévoit que l'État indemnise les épargnants britanniques et néerlandais.Cette situation défie les partis traditionnels, gauche et droite confondues, qui sont le vrai parti européen, mais dont les arguments deviennent de plus en plus inaudibles par une fraction croissante de la population. Le vote finlandais fait écho au rejet, il y a près de vingt ans, le 2 juin 1992, du traité de Maastricht par le peuple danois, qui a permis au Danemark de rester à l'écart de la zone euro jusqu'à, en tout cas, ce qu'un futur référendum infirme cette position, ce qui semble mal parti. La Finlande, elle, a adopté le traité de Maastricht à une large majorité, le 16 octobre 1994, en acceptant par référendum l'adhésion à l'Union européenne. Évidemment, on ne leur avait pas dit que cette participation impliquait des devoirs de solidarité. Pourtant, avec une quote-part de seulement 1,8 % dans le mécanisme d'aide européen, la Finlande n'a qu'une contribution symbolique.Tout cela montre que la frustration des peuples vis-à-vis de l'euro et de l'Europe n'atteint pas seulement les pays du Sud (Grèce, Espagne, Portugal), mais frappe aussi ceux qui sont plus riches et plus puissants. Quelle différence entre les positions des True Finns et celles des électeurs d'Angela Merkel qui en ont assez que l'on réclame à l'Allemagne de payer pour les pays mal gérés. En France aussi, cette position gagne du terrain sous la pression de Marine Le Pen qui fait campagne sur le retour au franc et la dévaluation compétitive, reprenant la thématique des souverainistes.Que l'on se rassure : même si le score des « Vrais Finlandais » les rend incontournables pour former un gouvernement de coalition avec les conservateurs, victorieux (quand même) aux législatives, Timo Soini a déjà commencé à mettre de l'eau dans son lait. Ce qui promet sans doute une neutralité finlandaise lorsqu'il s'agira de trouver 80 milliards d'euros pour le Portugal. Mais l'alerte populiste demeure : d'autres élections, en 2012 en France, en Allemagne, risquent de confirmer la poussée des partis eurosceptiques, qui parient sur une exacerbation de la révolte des peuples pour mettre fin à l'euro et revenir aux monnaies nationales.Cette tendance à la fragmentation, qui s'oppose au mouvement d'unification des vingt dernières années, a été théorisée par l'économiste et essayiste Hervé Juvin, qui vient de publier « le Renversement du monde » (Gallimard, septembre 2010). selon lui, il y a dans la crise actuelle une volonté d'autonomisation des sociétés, de retour au national, voire au local. C'est ce qu'il appelle « l'insurrection des différences ». On le voit au sud de la Méditerranée avec les secousses politiques en Afrique du Nord ou en Côte d'Ivoire. On le voit aussi au nord de la Méditerranée avec la poussée des partis extrémistes. D'où la question centrale pour l'avenir : « Est-ce que cette autonomisation des peuples va se faire contre le libre-échange ? » interroge Juvin. C'est-à-dire contre la mondialisation, contre l'euro, etc. Ou bien est-ce qu'un « parti des Européens », convaincu que la sortie de l'euro causerait une ruine patrimoniale, va se lever pour dire que la solution à la crise n'est pas dans moins d'Europe, mais dans plus de fédéralisme, de gouvernance économique et de solidarité ? Un parti introuvable, en raison de la mauvaise cote de l'Europe, mais sans aucun doute majoritaire.L'analyse

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