Le Brésil taxe les placements étrangers

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Amérique LatineC'est sans doute la rançon du succès : à la faveur de ses découvertes pétrolières ou de ses performances boursières (l'indice de São Paulo a gagné 75 % depuis le début de l'année), le Brésil attire tous les jours plus d'investisseurs financiers, qui se portent acquéreurs d'actions ou d'obligations, libellées en reais. Moralité, la monnaie brésilienne, très demandée sur le marché, est poussée à la hausse. Depuis le début de l'année, elle a progressé de plus de 32 % face au dollar, faisant d'elle la devise la plus performante au monde face au billet vert ! Or, cette progression a un revers : elle renchérit les produits brésiliens qui partent à l'étranger. Les exportateurs, de produits agricoles comme manufacturés (25 % de la production manufacturière est exportée), ne cessaient, depuis plusieurs mois, de demander au gouvernement de trouver des solutions pour freiner la hausse de la monnaie. C'est ce qu'il a finalement décidé de faire. Depuis hier, les investisseurs étrangers verront leurs transactions financières ? achats d'actions ou d'obligations ? assujetties à une taxe de 2 %. Le dispositif prévoit que l'impôt soit prélevé une seule fois, quand les capitaux entrent dans le pays pour être investis en Bourse.près de 2 % de croissanceConscient que le message vis-à-vis des investisseurs internationaux pourrait être brouillé, le ministre des Finances, Guido Mantega, a insisté sur le fait que les investissements directs étrangers, autrement dit ceux qui consistent, par exemple, à implanter une usine au Brésil, continueront d'être traités comme auparavant. Donc, sans impôt. « Notre souci, c'est l'excès d'investissements spéculatifs et de transactions à court terme qui peuvent créer une bulle », a-t-il souligné pour expliquer une décision que le président Lula rechignait à prendre depuis plusieurs semaines. Sans doute parce qu'il savait que les experts du Fonds monétaire international (FMI) ne verraient pas cette initiative d'un bon ?il. De fait, le responsable de l'Amérique latine, Nicolas Eyzaguirre, a estimé dans la foulée de l'annonce brésilienne que « la marge de man?uvre offerte au pays par ce type de mesure est toute relative, et que, en tout état de cause, elle n'exonère pas les gouvernements des efforts indispensables à fournir en matière d'ajustements de fonds ». Mais le Brésil, qui affiche une croissance de près de 2 % au deuxième trimestre et des réserves, dans les coffres de sa banque centrale, de plus de 232 milliards de dollars ? un niveau record ?, ne voit pas les choses de cette façon ? malgré une augmentation du ratio de dette sur PIB. Surtout, le gouvernement pourra toujours argumenter qu'il suit la même politique que le très libéral Chili. Ce pays avait en effet adopté, de 1991 à 1998, des mesures similaires. Cela lui avait permis de traverser sans encombre la crise asiatique de 1997-1998?Lysiane J. Baudu

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