La prime qui déprime les entreprises

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Seul contre tous. Nicolas Sarkozy s'est fait l'avocat (son métier d'origine) jeudi au Havre des mérites de la future prime que les entreprises de plus de 50 salariés devront obligatoirement verser à leurs salariés si elles distribuent des dividendes en augmentation. Alors que le patronat comme les syndicats (lire ci-contre) ou l'opposition sont très critiques, le Chef de l'État justifie sa décision au nom de deux principes, la justice et le refus de l'immobilisme. Selon le président de la République, la justice commandait, avec la reprise économique à l'oeuvre, de faire bénéficier les Français des fruits de cette dernière. Quant à la lutte contre les conservatismes, Nicolas Sarkozy a rappelé demander depuis deux ans aux partenaires sociaux de négocier sur le partage de la valeur mais « la négociation n'a pas avancé d'un centimètre ». En rendant cet arbitrage cette semaine, Nicolas Sarkozy a tout de même choisi de couper l'herbe sous les pieds des partenaires sociaux. syndicats et patronat devaient en effet se retrouver sur le sujet du partage de la valeur ajoutée mardi prochain et des annonces étaient en gestation... Avec cette annonce, le Chef de l'État entend reprendre la main sur le terrain du social. Le retour de l'inflation a remis la problématique du pouvoir d'achat au coeur du débat politique. À un an de l'élection présidentielle, l'exécutif ne pouvait s'en détourner...Peu convaincant Et c'est bien là l'un des griefs adressés par les chefs d'entreprises à l'exécutif. Même la perspective de voir cette prime être déductible de l'impôt sur les sociétés ne les convainc pas. « C'est une disposition purement démagogique et électoraliste» dénonce Stéphan Brousse, président du Medef Paca et PDG de Brousse Vergez Sa, « C'est simpliste et caricatura l» renchérit Frédéric Bedin, le président de Croissance Plus. « C'est une mauvaise mesure », résume Étienne Bernard, président du comité TPE, PME et et ETI (entreprises de taille intermédiaire) du Medef. « Les entreprises de 50 à 500 personnes sont celles qui ont besoin d'actionnaires pour se développer, ce sont les entreprises qui manquent en France, ce sont les entreprises qui ont besoin de rémunérer le capital » complète Etienne Bernard qui souligne que « le dividende est l'outil qu'a le propriétaire de l'entreprise pour rémunérer ses actionnaires, qui sont difficiles à trouver dans les PME ». Quant à la CGPME, elle fait mine de faire contre mauvaise fortune bon coeur en notant que cette prime est une « bonne nouvelle pour les entreprises de moins de cinquante salariés » puisque, pour elles, elle sera facultative, mais « une mauvaise » pour toutes les autres...Avec cette initiative, Nicolas Sarkozy souhaite incarner le volontarisme en politique mais ce n'est pas sans risques. « Tombée d'en haut, cette décision méconnaît la situation des entreprises, propage l'idée fausse que le gouvernement fixe la politique salariale du privé et pourrait dissuader les dirigeants d'entreprises de signer des accords d'intéressement » regrette Stéphan Brousse. Le dernier écueil est politique. Cette prime, incertaine dans son montant, ne bénéficiera pas à tous. En moyenne, à peine 1 PME sur 6 verse des dividendes. Les déçus de l'annonce présidentielle pourraient donner rendez-vous à Nicolas Sarkozy dans un an tout juste.

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