« Il faut sauver l'agriculture comme on a sauvé les banques »

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STRONG>Dans votre « appel de Dakar » en vue du G20 agricole de juin en France, vous appelez à la création d'une Organisation mondiale de l'agriculture (OMA). Pourquoi ?La situation est intenable et nécessite des changements profonds. La libéralisation croissante des échanges agricoles dans un contexte de démantèlement des mécanismes de régulation et la volatilité des prix des matières premières agricoles jouent un grand rôle dans l'insécurité alimentaire mondiale. La crise financière de 2008-2009 a donné lieu à un regain de la coopération internationale pour sauver les banques de la faillite. Il faut faire la même chose pour l'agriculture. Cette OMA devrait être un organe de veille et de gestion de crise directement rattaché au G20, et qui viendrait se substituer à l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui est inutile. J'ai l'intime conviction que tous les efforts dans l'agriculture n'auront des résultats que si on instaure une gouvernance mondiale. C'est pourquoi je tiens au soutien de Nicolas Sarkozy pour relayer ces propositions lors du G20.Comment peut s'organiser la coopération en Afrique de l'Ouest maintenant que la tension en Côte d'Ivoire pourrait retomber ?Malgré de grandes potentialités de développement, il n'existe pas de réelle politique économique dans la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) car les disparités sont très grandes entre les pays. Je pense qu'une intégration économique réussie passe par la mutation de la Cedeao en Confédération des États de l'Afrique de l'Ouest. Ce serait un grand gouvernement fédéral chargé de mettre en place, par une politique de consensus, des orientations politiques et économiques pour l'ensemble des quinze pays de la zone. Tous les ministres de chaque État éliraient dans leur domaine - agriculture, industrie, environnement... - un représentant pour composer le gouvernement de la Confédération. Ce système permettrait à chaque pays d'être représenté. Je compte proposer ce projet aux autres États lors du prochain sommet de la Cedeao en janvier prochain, mais j'en ai déjà parlé à mes homologues et j'ai reçu un accueil très enthousiaste.Le Burkina Faso est secoué par des manifestations. Craignez-vous un risque de contagion à d'autres pays de la région ? Les choses bougent en Afrique, mais les revendications ne sont pas les mêmes partout. Dans les pays arabes, il est clair que ce n'est pas encore terminé. Si la Tunisie, par exemple, réussit à dépasser la situation de crise et arrive à se muer en un système démocratique stable, il y aura forcément une nouvelle vague d'aspirations à la démocratie dans d'autres pays arabes. Pour les autres pays, chacun a ses propres bombes à retardement. Tous les présidents d'Afrique de l'Ouest me disent qu'ils ont des problèmes. Mon analyse est que si les peuples se sentent opprimés, ils risquent de se révolter s'il n'y a pas de changements. Vous-même, à 84 ans, avez déjà annoncé que vous vous présenterez pour un troisième mandat en 2012...Il y a des chefs d'État qui ont fait beaucoup plus que trois mandats. L'âge est une obsession en Europe, mais pas en Afrique. Mon père a vécu 105 ans, ma grand-mère 120 ans, donc j'ai encore du temps devant moi ! On a l'âge de ses artères. Tant que je conserverai mes capacités physiques et intellectuelles, je n'envisagerai pas de partir. - - - - -Retrouvez l'intégralité de cet entretien sur latribune.fr dès 11 heures.

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