La véritable bataille du budget américain

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PerspectivesLundi dernier, Standard and Poor's a abaissé à « négative » la perspective sur la cote de la dette américaine, ce qui préfigure peut-être une perte de la note triple A. Récemment, le gouvernement fédéral a failli mettre en chômage partiel plusieurs milliers de ses employés car le président Obama et le Congrès ne trouvaient pas d'accord sur le budget. Ces signes sont le reflet d'un malaise budgétaire et fiscal profond, mais ne sont que la face apparente de l'iceberg des finances publiques américaines.Même si les États-Unis restent encore une économie libre relativement au reste de l'OCDE (ils sont sixième dans le classement du « Economic Freedom of the World »), plusieurs problèmes commencent à peser très lourdement sur les décisions de politique économique. Le déficit fédéral atteint presque 1.500 milliards de dollars et la dette publique totale, quant à elle, s'élève à plus de 14.000 milliards (soit presque 90 % du PIB). Le budget fédéral est composé d'une partie dite discrétionnaire, qui peut varier facilement d'année en année, et d'une partie dite obligatoire qui est quasi fixe car composée de programmes pluriannuels. La couverture santé pour les personnes âgées et les sans-ressources ainsi que les retraites représentent à elles seules près de 45 % des dépenses, auxquels s'ajoutent d'autres dépenses obligatoires pour un total de 60 % du budget. Et si on y inclut les dépenses militaires (que le président Obama veut réduire), le budget est à 80 % en autopilote !En faisant l'hypothèse de recettes fiscales constantes (en termes de PIB), le Congressional Budget Office prévoit une augmentation vertigineuse des dépenses sociales - surtout celles de santé, due en partie au vieillissement de la population - qui maintiendront le déficit entre 4 et 13 % du PIB d'ici à 2030 (avec une dette totale qui pourrait approcher 200 % du PIB). L'économiste Laurence Kotlikoff parle d'un « ouragan générationnel » en préparation qui pourrait s'avérer être fatal pour les finances fédérales.Il faudra donc impérativement augmenter les recettes fiscales si l'on veut éviter un risque futur de défaut. Cette solution semble néanmoins peu viable car dans les conditions actuelles, selon l'économiste David Romer, une augmentation de la pression fiscale aurait un impact négatif sur le PIB. Une autre option est d'imposer des limites législatives sur la dette, mais toutes les tentatives passées ont échoué (et une limite constitutionnelle n'est pas pour demain).Alors, en dehors de la solution inflationniste - qui réduirait le déficit mais qui raviverait le spectre de la stagflation des années 1970 -, il reste le vrai débat, celui que le député Paul Ryan veut faire avancer. Il propose de s'attaquer aux dépenses obligatoires (c'est-à-dire à l'État providence américain) qui sont les vaches sacrées du budget. Paradoxalement pour les républicains, c'est le président Clinton (certes aidé par les réformes reaganiennes) qui réforma certains programmes sociaux avec succès et qui limita l'accroissement des dépenses publiques plus qu'aucun autre président dans les trente dernières années. Mais, aujourd'hui, les dépenses fédérales atteignent 25 % du PIB (contre 18 % sous Clinton) et le poids des dépenses obligatoires a fortement augmenté avec le vieillissement de la population. Il est temps d'admettre que le coût des programmes sociaux lancés dans les années 1960 est devenu exorbitant.Une partie de l'opinion américaine - à commencer par les partisans du Tea Party, détracteurs de la politique actuelle - voit la mauvaise gestion des finances publiques comme le reflet d'une « européanisation » de l'économie américaine. Ces maux en effet préfigurent la faillite de l'économie traditionnelle des finances publiques. On croyait pouvoir s'endetter durablement si l'intérêt était inférieur au taux de croissance, mais c'était sous-estimer la dynamique des choix collectifs, et surestimer l'impact positif des politiques de relance. Les âpres discussions budgétaires cachent en fait une autre bataille, celle du type de société dans laquelle les Américains veulent vivre. Est-ce la fin de l'empire américain comme certains le présagent ou bien simplement le fait que les questions importantes se posent lorsqu'on ne peut plus payer ? Il est sans doute un peu tôt pour parler de la fin d'une ère, mais pour paraphraser Benjamin Franklin, le plus difficile ne fut pas d'établir une république, mais de la garder.

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