Spéculateurs reconnaissants

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Mesdames et Messieurs les chefs d'État et de gouvernement, Monsieur Herman Van Rompuy, président du Conseil européen,C'est au nom de tous mes amis de la finance internationale que je m'adresse à vous, pour vous assurer de notre estime inaltérable et de notre profonde gratitude. La confusion dont vous témoignez dans l'élaboration du sauvetage de la Grèce est parfois critiquée par les esprits chagrins ; nous l'attribuons au contraire à votre grande sagesse. Elle nous permet de spéculer sans relâche, grâce au renfort des agences de notation, qui arrivent toujours à point nommé pour faire renaître l'inquiétude. Et tout cela se fait en toute légalité, avec une répartition des rôles qui marque la considération mutuelle qui nous unit : vous parlez sans cesse et de façon inintelligible pour tenter en vain de préciser vos intentions, et nous, nous touchons le jackpot. Grâce à vous, nous avons assuré la survie financière de nos descendants pour les vingt prochaines générations.Je profite encore de l'occasion pour vous dire toute l'admiration que nous inspire l'union monétaire européenne. Dès ses origines, ce noble projet nous a permis de nous goinfrer. Je rappellerai simplement l'explosion du SME, en 1992, qui nous a offert à tous yachts, villas et voitures de prix. Oui, j'ose le dire, l'Europe est favorable à la croissance. Surtout à celle de nos revenus. Pour être franc, nous étions sceptiques au départ, en redoutant que l'euro ne supprime toute possibilité d'enrichissement au moyen des variations de change. Mais nous avons vite compris l'ambition qui vous animait, en spéculant sur les taux d'intérêt. La période qui s'ouvre devrait, je le crois, donner une nouvelle fois raison aux visionnaires que vous êtes. Les déboires du Portugal, de l'Espagne, de l'Irlande et peut-être de la France, vont nous offrir des occasions fabuleuses d'aligner les zéros. Aussi je ne peux que vous encourager dans votre rêve d'unir les peuples. Votre audace paye toujours. Nos comptes en banque aux Bermudes en témoignent. flenglet@latribune.frfrançois lenglet

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