Le carnet de bord décalé de Fabio Marquetty et Gaël Vautrin

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STRONG>Lundi. Un billet pour l'AmériqueLe désert avance sur la côte européenne. L'aridité des finances publiques européennes est devenue difficile à supporter. Les pauvres institutionnels américains qui se sont aventurés sur ces terres hostiles en sont pour leurs frais. Les indices boursiers du Vieux Continent cèdent du terrain depuis début janvier et, qui plus est, en euros, dont la valeur s'effrite face au dollar. Il est encore tant de limiter la casse en se raccrochant au train des réallocations d'actifs vers le pays de l'Oncle Sam. Les flux nets de capitaux à destination des États-Unis ont culminé à 140 milliards de dollars en mars. Soit près de trois fois plus qu'en février. Un mouvement est en marche et continue d'alimenter l'avance de Wall Street sur les Bourses européennes. Pendant ce temps-là, les plus optimistes espèrent encore que nos fleurons nationaux les plus exportateurs reboucheront, grâce à un regain de compétitivité, le trou d'air monétaire et boursier.Mardi. Obama's touchGeorge Soros a suffisamment oeuvré pour le bien de la communauté des spéculateurs. L'heure du passage de flambeau a sonné. Son dauphin est déjà tout désigné. Charismatique, fédérateur, fin connaisseur du monde bancaire, Barack Obama présente le profil idéal. Admiratif, l'homme d'affaires suit déjà les pas de son poulain. Comme lui, le richissime octogénaire a profité d'une fenêtre de tir pour empocher une rondelette plus-value estimée à 150 millions de dollars en cédant des titres Citigroup. De l'État américain, qui a entamé la vente de sa participation, on attend mieux : une poignée de milliards de dollars de profit. Dans la foulée, George a réduit son exposition au fonds ETF sectoriel, SPDR Financial Sector. Seul JP Morgan, dont il détient pour près de 115 millions de dollars d'actions, contre à peine 5 millions d'euros en fin d'année dernière, conserve une certaine grâce à ses yeux. Peut-être est-ce là la dernière carte à jouer dans une industrie tourmentée par le durcissement des contraintes réglementaires, de nouvelles taxes sur les bénéfices, et une montée de besoins en argent frais... Mercredi. Angela vend l'euro à découvertSacrée Angela ! Elle n'en manque pas une. Alors que l'Europe et l'euro ne sont pas loin d'avoir la tête sous l'eau, désormais on peut compter sur elle pour enfoncer toujours un peu plus la devise sous la ligne de flottaison. Faisant sa petite tambouille dans son petit coin, maman Merkel sort mardi soir de sa cuisine et pose toute prête, toute chaude sur la table, sa dernière recette de mesures antispéculation pour ses propres marchés, lançant d'un air très satisfait à la cantonade : « C'est moi qui l'ai fait ! » Ses voisins de table ne lui en demandaient pas tant, eux qui, depuis une dizaine de jours, tentaient d'afficher un semblant de cohésion au sein de la zone euro pour rassurer les investisseurs et dissuader les méchants spéculateurs. Bien entendu, elle aurait voulu faire couler un peu plus la devise européenne, elle ne s'y serait pas mieux pris. L'euro tombe à un plus-bas de quatre ans à 1,2145 dollar. C'est à croire que mère Angela fait justement le jeu des spéculateurs et vend à découvert la devise européenne pour doper sa propre économie. À 2,75 %, le taux des obligations d'État allemand n'a jamais été aussi bas.Jeudi. L'ayatollah du budgetEt ça continue ! Après l'Allemagne, la France y va de son antidote - constitutionnel, cette fois - pour donner des gages de sa bonne foi en matière de réduction des déficits. Comme si personne n'avait cru au plan de gel des dépenses annoncé une semaine avant par le locataire de Matignon pour la période 2011-2013, celui de l'Élysée enfonce le clou et s'érige en ayatollah de la vertu budgétaire. Il propose d'inscrire dans la Constitution (rien que cela !) l'obligation de réduction des déficits. « Les hommes naissent libres et égaux en droit... de se serrer la ceinture ». Pas mal pour l'ancien ministre du Budget, qui avait, en son temps, renvoyé les critères de Maastricht aux calendes grecques et savonne désormais la planche à ses successeurs, ainsi qu'à lui-même (peut-être). Une initiative qui ne manque pas de convaincre un peu plus les investisseurs que derrière la sérénité de façade du plan de sauvetage de 750 milliards d'euros, c'est l'affolement en coulisse : « On est prêts à tout ». Les marchés veulent bien le croire, et paniquent. Et s'il n'y avait que cela ! Wall Street s'aperçoit que la crise n'est pas qu'un mauvais souvenir, avec un taux de chomage en hausse pour la première fois depuis cinq semaines. Rien ne va plus !Vendredi. Bouh ! Décidément, les gouvernements n'ont pas leur pareil pour faire réagir les marchés. En Europe, comme aux États-Unis. Jeudi soir, l'adoption par le Sénat américain d'un ambitieux projet de refonte des régulations financières devait être une boucherie en Bourse. Notamment pour le compartiment financier. Un bain de sang. Les marchés sont attendus en baisse. « Attention, ça va faire mal ! Je ne vous dis que cela. Les banques vont pleurer maman d'avoir déclenché une crise qu'on-ne-sait-même-pas-où-elle-va-s'arrêter... Elles vont se prendre une fessée » Roulement de tambour... Bouh ! Avec des hausses de plus de 1 % en matinée (là-bas), les marchés ont effectivement TRÈS TRÈS peur. Il n'y a pas à dire, la détermination des politiques effraie au plus au point le monde de la finance. Du reste, le projet voté doit encore être réconcilié avec celui adopté par la Chambre des représentants en décembre dernier, avant de pouvoir être promulgué par la Maison-Blanche. Ok, passons pour aujourd'hui. Mais attention, demain, ça va faire mal !

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