Jean-Charles Pomerol, président de Paris VI : « l'Université doit reprendre des parts de marché aux grandes écoles ».

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Valérie Pécresse a présenté jeudi la répartition du budget 2010 par université. S'il augmente de 6 % en moyenne, les universités traditionnellement sous-dotées ont été mieux servies afin de réduire « les écarts historiques». Globalement satisfaits, les présidents d'universités restent cependant mesurés, puisque de nouvelles charges leur ont été transférées au titre de l'autonomie. Par ailleurs, ils estiment que le système d'allocation des moyens (Sympa), dont une partie se fait à la performance, est encore perfectible malgré les derniers ajustements. Vendredi, le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche, organe consultatif, a d'ailleurs émis un avis défavorable sur ce budget 2010, dénonçant un « affichage en trompe-l'oeil ». Jean-Charles Pomerol, le président de l'université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC, Paris VI), l'une des plus importantes universités scientifiques, analyse ce budget et revient sur l'opération Campus et le grand emprunt. « La Tribune ». Avec 3,7 % de hausse, les moyens 2010 de l'UPMC affichent l'une des progressions les plus faibles. Quelle est votre analyse ? J.C. Pomerol. Force est constater que le gouvernement fournit un effort indéniable depuis 2007 et qu'aucune université n'a vu sa dotation globale de fonctionnemet baisser. Mais toutes les grandes universités de recherche, y compris celles de sciences humaines, sont au plancher. Le système d'allocation des moyens a été corrigé, mais cela s'est fait dans le mauvais sens : la progression n'est pas destinée à la recherche mais avantage au contraire les universités qui présentent des effectifs importants en IUT ou IUFM. Je compends qu'il faille un rééquilibrage en faveur des universités sous-dotées mais cela ne doit pas se faire au détriment de la recherche ! Ce glissement n'est pas normal. Si cette tendance se poursuit sur plusieurs années, c'est catastrophique. Comment améliorer encore le système de financement ? Les universités manquent pour l'heure de précisions quant à leur budget. Mais il faudrait prendre en compte le taux d'échec en licence. L'attribution de crédits supplémentaires doit être liée aux débouchés professionnels à bac + 3. Là est la première urgence : redonner de l'excellence et de la dignité aux formations bac + 3. Par ailleurs, les doctorants devraient être pris en compte au même titre que les masters. Il faudrait enfin catégoriser les universités en fonction de leurs spécificités (recherche....). Concernant l'opération Campus, où en est votre projet de pôle de recherche et d'enseignement supérieur (Pres) avec les universités Panthéon Assas (Paris II) et Paris Sorbonne-(Paris IV) ? Valérie Pécresse a annoncé que les dotations du plan Campus seraient versées aux universités d'ici à fin 2011... Pour l'heure association loi 1901, nous devrions rapidement devenir une Fondation de coopération scientifique. J'espère aboutir d'ici au mois de juin afin que nous puissions nous mettre en ordre de marche. Le fait que les dotations nous soient finalement versées et soient placées par nos soins nous rassure sur leur pérennité. Nous en auront indéniablement la vraie propriété et cela aura un impact à long terme. Avec une bonne gestion, leur placement doit pouvoir générer des revenus supplémentaires. Vos avez demandé la dévolution de votre patrimoine. Quand comptez-vous l'obtenir ?Tout de suite ! Mais le ministère ne l'envisage pas avant six ans... Comptez-vous candidater pour les campus d'excellence qui seront sélectionnés dans le cadre du grand emprunt ? Ne vont-ils pas creuser l'écart entre grandes et petites universités ? Le Pres Paris II, IV, VI va bien sûr se porter candidat. Il est évident qu'il faut pour cela une masse critique. Maintenant, l'idée de soutenir les centres les plus attractifs est-elle bonne ou mauvaise ? Cela s'apprécie au niveau national en termes d'efficacité et je ne pense pas que cela se fasse au détriment des autres. Au contraire. L'excellence des grandes peut bénéficier à toutes. N'oublions pas que les universités ont perdu 10 % d'une classe d'âge ces quinze dernières années et qu'elles doivent reprendre des parts de marché aux grandes écoles.

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