Stéphane Courbit, l'enfant pressé du capitalisme français

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Du show-biz au business. Stéphane Courbit, poursuivi par l'image sulfureuse de « Loft Story » qu'il avait lancé avec Endemol, construit aujourd'hui très discrètement un véritable groupe. À 45 ans, ce proche de Nicolas Sarkozy, d'Alain Minc ou de Vincent Bolloréeacute; alimente le mystère. 2007 marque son entrée dans les affaires. Il revend alors ses parts dans la société de production Endemol 240 millions d'euros. C'est le prix d'un échec puisqu'il souhaitait alors racheter l'affaire. « L'offre avait été faite au plus haut de la bulle. Si cela avait marché, il aurait été scotché cinq ans pour rembourser la dette et n'aurait pas pu exercer son talent ailleurs », analyse, soulagé, Alain Minc, son conseiller depuis une dizaine d'années. Depuis, l'ancien producteur investit tous azimuts via son holding Financière Lov. Dans la production audiovisuelle, son ancien métier, il a créé un concurrent d'Endemol. Banijay, où il a attiré Nagui, Alexia Laroche-Joubert ou Benjamin Castaldi, devrait générer 300 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010, et à terme entre 600 et 700 millions d'euros. Financière Lov évalue aujourd'hui Banijay à 300 millions d'euros.Dans les jeux en ligne, où il sévit à travers Mangas Gaming, le novice a mené les acquisitions tambour battant. « Au départ, il pariait sur la fin du monopole de la Française des Jeux dans les jeux de grattage, témoigne Isabelle Parize, son bras droit. Mais, en septembre 2007, je lui dis que c'est sur Internet que le marché va s'ouvrir. Le 2 novembre, nous avons soufflé Betclic à Betson », se souvient la PDG de Mangas Gaming.La société, qui réunit Betclic, Expekt, BetAthome et Everest Poker, a engrangé l'an passé 300 millions d'euros de chiffre d'affaires, et vaudrait 750 millions d'euros, selon Financière Lov. Et cette percée s'est faite alors que les paris en ligne ne sont toujours pas autorisés en France : le marché ne s'ouvrira pas avant la Coupe du monde de football.Pour l'ancien compère d'Arthur, c'est la France qui est en infraction au regard du droit européen. Si la police des jeux a monté des dossiers sur les sites illégaux, aucun juge n'a jamais engagé de procédure. Certains y voient la main d'un Sarkozy protégeant Courbit. Mais l'année dernière, le ministre du Budget, Éric Woerth, a officialisé une période de tolérance avant l'ouverture du marché. En attendant, Stéphane Courbit a lancé un nouveau pavé dans la mare. L'hypothèse de l'arrivée de Louis-Dreyfus, société cousine de l'Olympique de Marseille, au capital de Mangas Gaming, a jeté un froid. Beaucoup ont dénoncé les risques de conflit d'intérêts et de corruption des matchs. Devant la levée de boucliers, l'opération ne devrait finalement pas aboutir, les héritiers de Robert Louis-Dreyfus ne souhaitant pas prêter le flanc à la suspicion.La rapidité, l'instinct et le sang-froid du quadragénaire ont séduit un entrepreneuriat français avide d'héritiers. « C'est un homme d'idées. Il a un sens financier et stratégique. Il sait identifier les bons managers », siffle admiratif le PDG de Rentabiliweb, Jean-Baptiste Descroix-Vernier, qui l'a pour actionnaire. « Il n'est jamais stressé, toujours d'humeur égale et il met en valeur les gens », assure Isabelle Parize. Si Stéphane Courbit a dilué ses participations (Financière Lov possède 50 % de Mangas Gaming, et 32 % de Banijay), il conserve les commandes. À l'exception de l'opérateur d'électricité Direct Energie, où il se contente d'être actionnaire.En tenant compte des hôtels situés à Courchevel et à Saint-Tropez, Financière Lov est en interne valorisé 650 millions d'euros. Additionnées, les sociétés du groupe pèsent 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires pour 100 millions d'euros d'excédent d'exploitation (Ebitda) et 1.200 salariés.Son dernier fait d'armes - l'entrée inattendue au côté de Publicis en négociation exclusive pour la reprise de France Télévisions Publicité - a jeté un nouveau froid. Si les deux partenaires affirment avoir fait la meilleure offre, ses détracteurs ont encore cru déceler la main de Nicolas Sarkozy et d'Alain Minc. A-t-il usé de ses relations ? Dans les jeux en ligne, une cheville ouvrière parlementaire du projet de loi sur les jeux en ligne assure n'avoir jamais reçu de pression. « Je n'ai pas reçu de coup de fil bizarre de l'Élysée et il n'a jamais essayé de nous influencer avec ses relations avec Sarkozy. » Même son de cloche du côté de la future autorité de régulation des jeux en ligne.Pourtant, ce père de trois enfants cultive depuis une dizaine d'années un réseau de relations hors du commun. Sarkozy ? Il l'a rencontré en 1998 en achetant une maison à Neuilly. Stéphane Courbit, confronté à un épineux problème de permis de construire, trouve une oreille attentive chez le maire de Neuilly. Une aubaine. Ce fils d'un milieu modeste d'un village de la Drôme (son père était cadre de banque et sa mère employée de poste), qui a vite revêtu les habits de la réussite (Neuilly, Courchevel et Saint-Tropez sont ses fiefs), garde le coeur à gauche. Même s'il vote Sarkozy en 2007, et rompant avec son habituelle discrétion, se montrera publiquement à ses côtés.Riche à millions, l'ancien étudiant boursier confie dans le privé avoir conservé sa fibre sociale. Il est favorable aux droits de succession, conspue ceux qui fuient l'impôt à l'étranger, mais trouve que l'ISF est un impôt idiot. Au-delà de la couleur politique, sa relation amicale avec Nicolas Sarkozy a fait qu'il savait, avant 2007, que le futur président n'était pas hostile à la fin du monopole de la Française des Jeux. Ils en avaient discuté quand ce dernier était encore ministre de l'Intérieur.En 1998, il commence à séduire le beau linge du capitalisme français. Le producteur de TF1 Charles Villeneuve lui présente Michel Roussin, le monsieur Afrique de Vincent Bolloréeacute;, avec l'idée d'exporter une émission sur le continent noir. Le projet ne verra jamais le jour, mais Stéphane Courbit fait la connaissance de l'homme d'affaires et d'Alain Minc. « Vincent Bolloréeacute; m'a dit : ?Vois ce jeune, il faut le pousser, il ira loin.? Dans cet esprit, je l'ai envoyé devant deux grands industriels : François Pinault et Bernard Arnault. Ils ont eu le même sentiment », se souvient Alain Minc. Pour rémunérer une dizaine d'années de conseils, Stéphane Courbit lui a cédé avec un mécanisme d'intéressement 3 % de Financière Lov.La taille réduite du capitalisme parisien aidant, il a le même avocat que Robert Louis-Dreyfus avec qui il fait connaissance et qui lui présentera Jacques Veyrat. L'ancien patron de 9 Télécom le fera entrer à son conseil d'administration. Au capital de Banijay figurent aujourd'hui Bernard Arnault, la famille Agnelli et l'éditeur italien De Agostini. Quel est l'avenir de ce jeune si bien parrainé ? Ses admirateurs voient en lui un nouveau Pinault.Sandrine CassiniEn trois ans, l'ancien producteur de « Loft Story » a bâti un groupe estimé à 650 millions d'euros. Après la production audiovisuelle et les jeux en ligne, il convoite France Télévisions Publicité. Sa proximité avec Alain Minc et Nicolas Sarkozy ne lui vaut pas que des amis.Financière Lov est en interne valorisé à 650 millions d'euros. Les sociétés du groupe pèsent 1,2 milliard de chiffre d'affaires.Au capital de Banijay figurent Bernard Arnault, la famille Agnelli et l'éditeur italien De Agostini.

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