Hollande court les primaires en solitaire

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En juin 2009, François Hollande lançait à Lorient son club de réflexion pour l'élection présidentielle de 2012. Samedi, dans la Drôme, l'ancien patron du PS a hiérarchisé les travaux d'une année dans le « contrat du changement » qu'il veut proposer aux Français s'il est désigné comme candidat des socialistes lors des primaires de 2011. Si... à mi-parcours, le conditionnel est toujours de rigueur, car la mue d'un présidentiable est un long chemin qui n'est pas semé de roses mais bien plutôt pavé d'embûches en tout genre.La semaine dernière, à la terrasse d'un café proche de l'Assemblée nationale, un de ses partisans interpelle ainsi le député de Corrèze : « Il faut y aller ! Tant pis si vous ne gagnez pas, ne faites pas comme en 2007 ! » C'est en fait en 2006 que François Hollande, alors premier secrétaire, avait fait une croix - provisoire - sur ses ambitions présidentielles. Son conflit avec Laurent Fabius lors du référendum européen de 2005 l'avait fragilisé et la percée de Ségolène Royal l'avait convaincu de renoncer. C'est une des raisons pour lesquelles l'actuelle direction du PS minimise aujourd'hui à l'envi ses chances de concourir en 2012. Dans l'entourage de Martine Aubry, qui talonne Dominique Strauss-Kahn dans les sondages, on souligne que François Hollande « ne décolle pas » dans l'opinion. Le député de Corrèze figure pourtant parmi les personnalités de gauche préférées des Français, même si sa cote présidentielle reste un point d'interrogation. Et ses amis comptent sur une sorte de jurisprudence corrézienne en rappelant que Jacques Chirac est parti de très bas en 1994, bravant une presse et des sondages qui donnaient Édouard Balladur vainqueur, pour être élu président en 1995. Depuis quelques semaines, l'ancien patron du PS est en tout cas l'objet des attentions méchamment ironiques de ses camarades. Manuel Valls, candidat déclaré aux primaires, a osé un rapprochement entre les Bleus de Raymond Domenech et « le PS de François Hollande ». Piégé par les caméras de Canal Plus, le député de Saône-et-Loire, Arnaud Montebourg, a affirmé que François Hollande était « le pire défaut du Parti socialiste », récidive de sa sortie pendant la campagne de Ségolène Royal en 2007. « On est dans une sorte de tout sauf Hollande », explique un proche du député de Corrèze, qui juge que « ça prouve qu'il est un candidat crédible ». « C'est vrai qu'il reste populaire chez les militants, reconnaît un ?aubryste?, mais son cavalier seul de ces derniers mois intrigue aussi. » Un autre partisan de la première secrétaire estime que François Hollande « n'a d'espace que parce que Dominique Strauss-Kahn est loin ». « Si DSK revient, il sera naturellement porteur d'une ligne social-réformiste, et alors que fera Hollande ? » ajoute-t-il. Aucune de ces attaques n'émeut, au moins en apparence, le député de Corrèze, qui revendique un champ politique propre. « J'occupe le centre, le coeur du parti », affirme-t-il, avant de s'interroger sur la cohérence idéologique du « pacte à trois » liant Dominique Strauss-Kahn, tenant présumé d'une inflexion droitière du PS, Martine Aubry et Ségolène Royal, plus radicales face à Nicolas Sarkozy.Cette alliance entre les trois « gros » présidentiables vise à déminer le processus des primaires et aussi à marginaliser les autres candidats. « Ils me rendent un grand service, leur histoire de pacte les a déconsidérés dans la procédure des primaires. Moi, je suis le seul candidat qui n'est pas du pacte », réplique François Hollande. L'ancien premier secrétaire du PS, qui compte au final rallier des ex-ségolénistes et des strauss-kahniens dans un duel contre Martine Aubry, a déjà engagé une contre-attaque. Sur deux fronts : le calendrier des primaires et la question délicate du non-cumul des mandats, un axe fort de la « rénovation » du PS voulue par Martine Aubry. Sur le calendrier, François Hollande, qui souhaitait une désignation du candidat socialiste avant l'été 2011, pour lui donner « le temps d'incarner l'alternative » à Nicolas Sarkozy, a dû plier devant la direction, qui veut attendre l'automne 2011, pour ne pas contrarier un éventuel retour de Dominique Strauss-Kahn. Il reste une petite fenêtre à l'ancien premier secrétaire puisqu'un bureau national devrait finaliser les opérations en janvier 2011. La bataille n'est donc pas encore tout à fait perdue. Sur le non-cumul des mandats, François Hollande a appuyé la fronde gagnante des sénateurs du PS, qui souhaitaient conserver leur droit au cumul dans leur tentative de conquête de la Chambre haute à l'automne 2011. S'il adore ces jeux tactiques, c'est néanmoins sur le fond que François Hollande entend inverser la donne pour s'imposer dans les primaires. En un an, épaulé par une petite équipe solide de parlementaires mais aussi de chercheurs, il a rendu publics trois pactes, le premier « redistributif », le deuxième productif et le troisième éducatif. Parti à la recherche d'un nouveau « rêve français », qui réhabiliterait l'idéal républicain et la notion de progrès, l'ancien chef du PS estime que, « pour que les gens acceptent le changement, il faut qu'il y ait des contreparties ». « La rigueur pour la rigueur ne peut pas être le vade-mecum de la gauche pour une alternative. La seule cause qui permet à toutes les générations et à toutes les classes sociales d'accepter de faire des efforts supplémentaires est la jeunesse, qui est aujourd'hui la génération sacrifiée dans toutes les décisions », explique-t-il. Dans le débat actuel sur les retraites, le discours sur la jeunesse peut surprendre mais François Hollande assume ce « décalage » apparent. Tout comme il assumait de parler de « révolution fiscale » bien avant les polémiques sur le bouclier, les niches et les contrôles des fortunes de France. Après les traditionnelles universités d'été du PS à La Rochelle, fin août, François Hollande compte donner un coup d'accélérateur à sa précampagne. Le député de Corrèze, qui court les routes presque chaque week-end pour des fêtes de la Rose ou autres rencontres avec des militants socialistes, compte effectuer des déplacements dans toute la France pour faire connaître ses propositions.L'ancien patron des socialistes est parti en campagne bien avant ses rivaux pour tenter de s'imposer comme candidat à la présidentielle dans la bataille des primaires. En occupant « le centre » du PS.

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