La France, marché émergent des SSII indiennes

La France, un « marché émergent »... vu d'Inde ? Ce constat, qui ne manque pas de sel, c'est celui que font à l'unisson les grandes sociétés indiennes de services informatiques. Faiblement implantées dans l'Hexagone, les Tata Consulting Services (TCS), Wipro et autres Infosys ont désormais promu la France, tout comme l'Allemagne, au rang de priorité stratégique.Ces trois géants qui dominent les technologies de l'information en Inde partent de très bas. TCS, numéro un des SSII indiennes, réalise « moins de 1 % de son chiffre d'affaires en France », affirme A.S Lakhsminarayanan, son vice-président et directeur Europe. Notre activité y est « insignifiante, pour le moment », reconnaît pour sa part B.G. Srinivas, membre du comité exécutif d'Infosys et responsable des activités européennes, tandis que Wipro ne fait guère mieux.Pourquoi un tel retard de la part d'entreprises globalisées massivement implantées aux États-Unis ? D'abord, parce que leurs services de sous-traitance informatique se sont développés très facilement dans les pays anglophones. Chez Infosys, 62 % du chiffre d'affaires vient des États-Unis et 26 % d'Europe, dont la majeure partie de Grande-Bretagne. Ensuite, les entreprises du Vieux Continent sont moins ouvertes que leurs homologues anglo-saxonnes à l'idée de délocaliser leurs activités. « La maturité du marché français de l'externalisation est en retard, ça a freiné notre développement, explique Christophe Martinoli, directeur pour la France de Wipro. En France un responsable mesure son action au nombre de personnes qu'il gère plutôt qu'à la contribution qu'il apporte ».rééquilibrageEnfin, les SSII indiennes ont mis du temps à comprendre que « le marché en Europe continentale est différent des pays anglo-saxons », poursuit Christophe Martinoli. « Quand nous proposions de fournir des services informatiques depuis l'Inde, à distance, ce n'était pas toujours compris », renchérit A.S Lakhsminarayanan. Aujourd'hui, les choses évoluent dans tous ces domaines. La crise de la finance américaine a convaincu les entreprises indiennes de la nécessité de rééquilibrer leurs activités vers l'Europe continentale. Chez Infosys, la croissance en Europe est désormais de 45 % par an contre 30 % pour l'ensemble du groupe. Et les SSII aimeraient porter la part de la France dans leur chiffre d'affaires au niveau qu'elle atteint dans l'ensemble des dépenses informatiques mondiales, soit environ 5 %. Les entreprises françaises se montreraient de plus en plus ouvertes aux délocalisations - ou du moins celles que convoitent les professionnels de Bangalore et Bombay, c'est-à-dire grosso modo celles du CAC 40. « Les très grosses, qui ont des ambitions mondiales, comprennent qu'elles ont besoin de partenaires globaux », affirme le patron Europe d'Infosys. TCS travaille avec des groupes comme BNP Paribas, la Société Généralecute; Générale et EADS, tandis que Wipro compte Michelin ou SFR parmi ses clients.place à la « localisation »Pour mieux les séduire, les SSII indiennes se sont adaptées. Fini le modèle global livré clés en main depuis Bangalore, place à la « localisation ». Pour conquérir le marché européen, « nous avons adapté notre offre aux spécificités françaises ou allemandes, explique Christophe Martinoli, en prenant en compte la langue, la culture du business. Il faut savoir parler des choses locales... ». Concrètement, les trois grands de la profession développent leurs équipes françaises. TCS revendique 150 personnes en France, Infosys 200 et Wipro 250 « dont 70 % de Français ». Tous veulent désormais que leurs clients traitent en France avec des interlocuteurs français... même si le gros du travail est réalisé en Inde ou ailleurs.Affichant des ambitions et des stratégies similaires, les SSII indiennes vont batailler ferme pour s'imposer. L'une d'elles sera-t-elle tentée par une acquisition afin d'accélérer le mouvement ? Aucune ne l'exclut mais toutes jurent que seules de petites opérations sont envisageables.

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