Affaire Murdoch : David Cameron refuse une régulation de la presse

Par latribune.fr  |   |  537  mots
«Scandaleuse», «dévastatrice», «parfois irrespectueuse de la réalité des faits et du mal commis», «trop proche de la police (..) et des hommes politiques». La presse britannique n’a pas été épargnée par le juge Leveson, en charge depuis un an d’une enquête sur la Culture, la pratique et l’éthique de la presse. Si le magistrat n’a pas placé tous les médias dans le même sac, qui «sert bien le pays la majorité du temps», de nombreux témoignages ont exposé le non-respect des lois par certains médias.Afin d’empêcher tout dérapage futur, il a recommandé la mise en place d’une structure de supervision déterminée par la presse elle-même mais inscrite dans la loi. Sa direction serait totalement indépendante «de l’industrie et du gouvernement». Ce nouveau régulateur «devra posséder assez de pouvoir pour mener des enquêtes auprès de sérieuses ou systématiques infractions suspectées du code de pratique». Il devra notamment pouvoir imposer des amendes équivalant à 1% du chiffre d’affaires des journaux et d’un montant maximum d’un million de livres sterling. Les victimes de diffamation devront également pouvoir porter plainte rapidement et pour un coût peu élevé, ce qui n’est pas aujourd’hui le cas.David Cameron en porte-à-faux avec l\'opinion publiqueSes conclusions n’ont pas du tout plu au Premier Ministre David Cameron, qui avait pourtant initié l’enquête en juillet 2011 suite à l’émotion créée par la révélation de l’écoute illégale par des journalistes de l’hebdomadaire News of The World de la messagerie téléphonique d’une adolescente assassinée en mars 2002. S’il s’est avoué favorable à l’application «des principes» du rapport, il s’est opposé à la mise en place d’une législation «qui aurait le potentiel d’atteindre à la liberté de parole et à la liberté de la presse (..) Le danger est que cela créerait un véhicule qui permettrait aux politiciens d’imposer aujourd’hui ou dans l’avenir une réglementation et des obligations à la presse».David Cameron se retrouve clairement en porte-à-faux avec l’opinion publique, la majorité des parlementaires et de nombreux quotidiens généralistes, désabusés par le comportement des tabloïds. Même son allié au sein de la coalition gouvernementale, le vice-Premier Ministre libéral-démocrate Nick Clegg, n’a pas réussi à s’entendre avec lui et s’est exprimé en faveur d’une législation, «qui existe déjà en Irlande et je n’ai pas entendu aucun de ces journaux s’en plaindre». Comme l’a clairement expliqué la numéro deux du parti travailliste Harriet Harman, «si le Premier Ministre ne réfléchit pas encore à sa position, il se sera rendu aux puissants intérêts de la presse et trahi les victimes». Mais le chef du gouvernement ne veut pas perdre le soutien des tabloïds, qui pourraient retourner contre lui leurs millions de lecteurs quotidiens. S’il a proposé des négociations aux leaders des principaux partis politiques, le pragmatisme électoral semble pour le moment l’avoir emporté.