Biarritz, capitale couture et surf : quand la mode s’écrit au Pays basque
ÉCHAPPÉE À BIARRITZ — La capitale du surf a une longue histoire liée à la mode, succursale des grandes maisons qui y suivaient leurs clients l’été tels Jeanne Lanvin, Coco Chanel, Paul Poiret ou Jean Patou.
Mathilde Giard
Anciennement chez Chanel, Morgane Catteau customise des vestes en jean avec du tweed, sous sa marque Venitz Upcycling ; Au Garage, situé dans l’hôtel Regina, le brunch du dimanche est à 39 euros.
L'histoire de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) ne tient pas à un fil, mais deux... Le plus connu, et le plus récent reste la vague, sur laquelle les surfeurs jouent les équilibristes depuis 1957, date de l'apparition sur la Côte des Basques de cette discipline venue de Californie. Le deuxième, plus discret et plus ancien, est celui de la haute couture. Il se brode depuis 1855, lorsque Napoléon III et Eugénie de Montijo se firent construire une résidence d'été dans cet ancien village de chasseurs de baleine, attirant dans leur sillage le gotha international.
« Il fallait bien habiller ce beau monde, jusqu'à trois tenues par jour entre la promenade en ville, une chasse au renard ou une partie de golf, un bal », s'amuse Nathalie Beau de Loménie, qui développe une balade « Biarritz en mode haute couture », à pied. « Et il ne fallait pas être vu deux fois dans le même ensemble ! » souligne cette petite-fille de Germaine Long Savigny, laquelle possédait l'une des 25 maisons de couture de l'époque et comptait parmi ses clientes les épouses de l'aviateur Louis Blériot et des constructeurs automobiles Louis Renault et André Citroën. « Le carnet de commandes ne désemplissait pas, sans compter les appels d'urgence pour un trou de cigarette ou un accroc lors de fêtes mémorables. »
La villa Eugénie est devenue l'hôtel du Palais. Sous ses fenêtres, la plage du Miramar déploie son ruban doré sous le soleil de cette fin septembre, bondée sur le sable comme dans les rouleaux. C'est là qu'eut lieu le premier concours de maillots de bain de l'Hexagone, en 1920, auquel participa la première Miss France, Agnès Souret, native de Bayonne. Trois ans plus tard, le premier « une pièce » de Jeanne Lanvin y fit tant fureur que les nageuses n'allaient plus fermer leur peignoir de bain. La couturière avait sa suite avec vue sur la mer , au palace Regina.
En 2025, les surfeurs ont aussi droit à leur accessoire couture. Dans la vitrine d'une boutique, une planche de longboard est protégée par une housse du dernier chic : en toile noire au motif à chevrons caractéristique de la maison parisienne Goyard, qui s'établit à Biarritz en 1908. À l'intérieur du magasin, une malle arbore les initiales de Gabrielle Chanel (1883-1971). D'autres effets personnels sont exposés sous une photo montrant la créatrice de mode en 1928 lors d'une visite de sa succursale de la côte basque. Elle avait créé en 1915 son premier atelier, suivant ses riches clientes qui s'y étaient repliées lors de la Première Guerre mondiale.
À Biarritz, Coco dînait avec Winston Churchill, Charlie Chaplin et Pablo Picasso, qui flasha sur les espadrilles. Et elle eut une liaison avec le cousin du tsar Nicolas II Dimitri Pavlovitch de Russie, qui lui présenta le parfumeur Ernest Beaux, rencontre clé pour son futur No 5. Une soixantaine d'ouvrières travaillaient dans sa villa Larralde, participant au raccourcissement des jupes et à l'avènement du pantalon. Situé à deux pas de l'océan, l'ensemble de bâtiments, assez décati, a été racheté en 2024 par Chanel. Peut-être un musée y sera-t‑il aménagé ? C'était le projet de Karl Lagerfeld, un temps propriétaire d'une résidence secondaire à Biarritz, qui se heurta au refus du maire de l'époque.
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Les villas jumelles des deux grands couturiers Paul Poiret (1879-1944) et Jean Patou (1887-1936), affichent, elles, un blanc éclatant, dans un style néo-orientaliste. Le premier libéra la femme du corset. Le deuxième, bercé par le fracas des vagues, imagina le premier soin bronzant, l'Huile de Chaldée, en 1927, et eut l'idée de lancer une collection sport. Certaines de ses clientes jouaient au tennis. Elles allaient pouvoir adopter, à partir de 1933, un polo raccord, créé par René Lacoste (1904-1996). Ce champion de la terre battue avait pour point d'ancrage Saint-Jean-de-Luz, où Jean-Paul Gaultier vit aujourd'hui.
La côte atlantique continue à inspirer des créateurs, telle Morgane Catteau, ancienne petite main de chez Chanel qui customise des vestes en jean avec du tweed, sous sa marque Venitz Upcycling. « Je viens de transformer une robe de ma mamie avec des chutes en mousseline de soie brodée », montre la jeune femme en préparant le défilé de la mode responsable du 18 octobre à la villa Fal. Cette demeure biarrote à l'architecture palladienne a été transformée cet été en espace de coworking dévolu à la mode et au design par le groupe bordelais Héméra. Dans un couloir, près d'une salle de réunion baptisée Coco, on repère un rack pour des planches de surf. Histoire de relier les deux fils.
Carnet d'adresses
Hôtel Alfred
Il se situe à deux pas de la plage du Port-Vieux, abritée et idéale pour se baigner jusqu'en novembre. Les chambres, petites, sont joliment décorées, dans un style « retour des Indes » où domine le vert anglais. Double de 120 à 150 euros.
📍10, rue du Port-Vieux. ☎️ Tél. : 05 59 41 82 88.
Brunch de Silhouette
Il ne s'agit pas de la silhouette des mannequins mais du nom de la famille propriétaire de cette bâtisse érigée vers 1610 (Étienne de Silhouette, par exemple, fut ministre des Finances de Louis XV). Double à partir de 250 euros ; brunch au jardin le week-end, 39 euros.
📍30, rue Gambetta. ☎️ Tél. : 05 59 24 93 82.
Coucher du soleil au Biarritz Bonheur
Le rooftop des Galeries Lafayette fait partie des nouveautés de l'été, au sommet de ce temple de l'habillement datant de 1903. Vue plongeante sur la Grande Plage. Bière basque Eguzki 4,50 euros, planche à partir de 18 euros.
📍17, place Georges-Clémenceau. ☎️ Tél. 05 25 56 50 44.
Déjeuner au Garage
Ce hangar rétro de l'hôtel Regina abritait voitures et avions. À la carte du néobistrot : plat à 22 euros, brunch du dimanche à 39 euros.
La styliste Karen Scholz se veut inspirée par la beauté du geste et du sur-mesure, que chaque femme ait son unicité. Pantalon à partir de 180 euros, robe dès 220 euros.
📍4, avenue Carnot. ☎️ Tél. : 06 46 88 43 73.
Galerie d'art et de design du Côté
L'exposition « Contretemps », jusqu'au 10 octobre, y présente deux œuvres liées à la mode : un meuble né d'une collection commandée par Pierre Cardin et signé François Cante-Pacos ; et une pièce de la céramiste Clémentine Debaere-Lewandowski, qui a fabriqué une table pour le nouveau flagship de la marque Polène, à Paris. Autrefois chez Vuitton et Prada, le galeriste Marc-Alexandre Ducoté était arrivé à Biarritz pour travailler chez Quiksilver, la marque australienne liée au surf.
La Biarrote Nathalie Beau de Loménie mène un parcours de 2 h 30 reposant sur son livre Biarritz & la mode. À partir de 45 euros, au sein d'un groupe de cinq personnes.
Villa Fal
L'espace de coworking sera ouvert le 18 octobre pour la journée de la mode responsable. Au programme : un défilé sur un tapis rouge à base de vêtements recyclés, des ateliers de teinture végétale ou de broderie, etc.
La fashion week de Paris démarre demain pour la présentation de la prochaine collection printemps-été 2026. Cette édition 2025 est marquée par la présentation des collections de nouveaux directeurs créatifs : Matthieu Blazy chez Chanel, Pierpaolo Piccioli chez Balenciaga, Duran Lantink chez Jean Paul Gaultier, Miguel Castro Freitas chez Mugler, Jack McCollough et Lazaro Hernandez chez Loewe, Jonathan Anderson pour les silhouettes féminines chez Dior... L'un des podiums sera ouvert demain au grand public : celui de L'Oréal Paris, à 21 heures sur le parvis de l'Hôtel de Ville, en bord de Seine.