Assise dans la chaleur moite du sud du Mexique, Leidy attend. Voilà plusieurs jours qu'elle est arrivée à Tenosique, petite ville près de la frontière du Guatemala. La maman de 25 ans a quitté le Venezuela avec ses deux filles, de 6 et 9 ans, un objectif en tête : rejoindre les États-Unis et « offrir un avenir » à ses enfants. La famille a parcouru environ la moitié de la route qui la sépare du rêve américain, mais Leidy s'impatiente. Dans neuf semaines, Donald Trump emménagera pour la seconde fois à la Maison-Blanche. « On aimerait passer aux États-Unis avant qu'il arrive au pouvoir, espère-t-elle, mais on n'a pas l'argent pour continuer le trajet. »
Leidy l'assure : à Tenosique, beaucoup de migrants redoutent le retour du milliardaire au Bureau ovale. « Ici, on entend que Trump ne laissera passer personne », répète-t-elle. Bientôt aux commandes après avoir remporté les élections du 5 novembre, le futur président a promis de poursuivre la construction du mur à la frontière mexicaine et de lancer « la plus grande opération d'expulsions de l'Histoire ».
Le républicain veut renvoyer chez eux 11 millions de clandestins. Il vient d'ailleurs d'annoncer que Tom Homan, patron de l'ICE (l'agence chargée du contrôle des frontières) dans sa première administration, serait son « Monsieur Frontières » (« Border Czar »). En juillet, celui-ci déclarait : « Si vous êtes ici illégalement, vous feriez mieux de surveiller vos arrières ! »
Sur la route depuis plusieurs mois, Leidy et ses deux filles avaient atteint la station de réception migratoire de Lajas Blancas fin septembre, à la sortie de la jungle panaméenne du Darién. À l'époque, les allées terreuses du camp de migrants suintaient déjà la crainte du retour de Donald Trump. « On voulait entrer aux États-Unis avant les élections », confiait alors Kevin, Colombien de 21 ans découragé par le fait de ne pouvoir payer les 60 dollars que coûte le trajet de bus jusqu'à la frontière avec le Costa Rica.
William Gazeau, envoyé spécial au Panama