« Accepter le droit de l’autre à exister » (par Mohed Altrad, entrepreneur)
Mohed Altrad
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Mohed Altrad est un homme d'affaires milliardaire français.
LTD/Emma Laupa/Altrad
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Quand on voit les images terribles qui arrivent du Proche-Orient, on est saisi par le regard des enfants: les enfants de Gaza, amputés, orphelins, dont les regards disent la dépossession de tout sens; les adolescents israéliens sortis de captivité qui reviennent de l'enfer avec leur regard qui cherche un sens, un point fixe pour se reconstruire. Je connais cette région. Je suis né pas très loin, dans l'entre-deux fleuves syrien, ce pays de la Djézireh qui est d'abord un désert. Les relations y sont brutales, on peut mourir pour un regard, mais aussi se tendre la main parce que l'adversité l'exige.
Presque sans un regard. Je suis comme tout le monde, bouleversé par ces regards. Et je me pose la question de l'éthique: comment peut-on tuer tant d'enfants ? Comment peut-on tuer des jeunes qui dansent et prendre en otage les survivants? Je me souviens de quelques pages lues de Levinas. C'est un philosophe austère, aride, difficile à lire et à comprendre. Mais je me souviens de ces mots qui m'ont marqué, moi qui réfléchis à ces questions d'éthique dans mon quotidien d'entrepreneur.
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« L'éthique, c'est ce qui provoque un dérangement dans le sujet », écrit-il. Nous sommes confrontés au Proche-Orient à cette question, à ce dérangement, et on comprend la phrase de Levinas: parce qu'il est facile de tuer, l'éthique, c'est ce qui dérange, c'est ce qui empêche, c'est ce qui devrait empêcher. « Un homme, ça s'empêche », disait Camus dans Le Premier Homme. Et il mettait cette phrase dans la bouche de son père, ce père qu'il n'a pas connu. Et il poursuivait: « Voilà ce qu'est un homme, ou sinon... »
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