LA TRIBUNE DIMANCHE — La France et l'Algérie ont-elles déjà connu une crise aussi aiguë ?
BRAHIM OUMANSOU — Les relations entre les deux pays ont toujours été difficiles. Mais cette crise est sans doute la plus grave depuis l'indépendance, en 1962. Ce qui est frappant, c'est sa durée. Auparavant, que ce soit lors de la loi mémorielle en 2005 ou de celle sur le « rôle positif » de la colonisation la même année, ces périodes de tensions étaient rapidement étouffées par des discussions, des déplacements d'officiels, des négociations.
D'abord parce que l'élément déclencheur, le revirement de la position française sur la question du Sahara occidental, est un sujet central pour la diplomatie algérienne. La façon dont les deux pays traitent cette crise est aussi très différente par rapport à autrefois. On assiste à un rapport de force, à la mise en place de chantages et à une surmédiatisation des différends. On a quand même entendu des accusations de déstabilisation, ce qui est assez inédit dans les relations bilatérales.
Cela peut-il aller jusqu'à la rupture ?
C'est peu probable. Elle n'est souhaitée par aucun des deux pays. On le voit bien dans les déclarations des deux présidents, chez qui on observe une certaine prudence. Il faut donc espérer qu'à côté de certains discours virulents, comme ceux du ministre de l'Intérieur français, un dialogue à travers des canaux diplomatiques plus discrets contribue à apaiser les tensions. Des deux côtés, on est conscient des conséquences qu'entraînerait une rupture.