La révolution de 2008

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Par Rafik SmatI, PDG de dromadaire.com.

"La révolution 2008": c'est peut-être par cette appellation que les historiens de demain identifieront la séquence mouvementée que nous vivons aujourd'hui. Car oui, la période que nous vivons est tout simplement historique. Elle témoigne d'un changement de paradigme, et peut-être même de civilisation. Combien de fois n'avons-nous pas entendu ces dernières années que le monde était gouverné par la finance, que les dirigeants politiques n'étaient que des pantins au service des grands argentiers, que nos démocraties étaient malades??

L'un des premiers enseignements de cette crise est qu'elle marquera le grand retour du politique. Les marchés ont implosé, incapables de s'autoréguler. Seuls les Etats se montrent en situation de rétablir l'équilibre. Qui aurait pu imaginer il y a quelques semaines à peine que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en arriveraient à nationaliser leurs établissements financiers?? «Le politique reprend le pouvoir», a-t-on pu lire ici ou là.

 

Mais, derrière le pouvoir politique, il y a les démocraties. Et derrière les démocraties, il y a les peuples. La grande crise de 2008 apparaîtra donc aux yeux de l'histoire comme une crise révolutionnaire, car elle aura redonné le pouvoir aux démocraties et à ceux qui la font. De ce point de vue, elle est comparable non pas à la crise de 1929, mais à la Révolution française de 1789?!

Comme dans chaque révolution, il convient de «couper des têtes». C'est aussi pour cela que l'attention des politiques se porte tant sur la fin des parachutes dorés, qui n'ont pourtant aucun rapport direct avec la crise financière actuelle. Une révolution doit en effet également marquer «la fin des privilèges». L'histoire, comme à chaque fois, aime bien surprendre, et faire arriver les événements là où on ne les attend pas.

Ce qu'il y a d'intéressant dans cette révolution, c'est qu'elle n'est précisément pas le fait de ceux qui se présentaient comme les révolutionnaires, ces trotskystes ou autres altermondialistes.

Le système financier ne s'est pas effondré par sa base, mais par son sommet, par ceux qualifiés il y a quelque temps encore de «génies de la finance». Ceux qui voulaient que «ça pète» en ont eu pour leurs frais?: le système financier n'a pas explosé. Il a implosé?! De ce point de vue, il me paraît important de préciser que le capitalisme et le libéralisme demeurent les modèles les plus adaptés au monde d'aujourd'hui.

A charge pour les acteurs économiques que nous sommes de les considérer comme des outils au service de nos projets entrepreneuriaux, et non pas une finalité au service d'une vision court-termiste du monde. Avec le retour du politique, le monde intégrera davantage les variables de long terme dans son équation. «Gouverner, c'est prévoir», écrivait Emile de Girardin au XIXe siècle.

 

Et ce qu'il convient de prévoir et d'anticiper, c'est la prochaine grande crise. Car, par nature, la future crise sera plus puissante que la crise actuelle, et ne concernera pas la finance. Probablement d'ailleurs sera-t-elle climatique, comme le défend assez brillamment Jacques Attali quand il évoque les risques d'un «tsunami climatique». Une crise systémique de nature écologique pourrait être l'ultime crise. Il est encore temps d'agir.

 

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Cher Rafik,
Si les évènements que nous vivons sont certainement d?une ampleur et d?une force rare, je suis bien moins optimiste que toi sur ses conséquences et en aucun cas, il ne me semble que l?on puisse parler de « révolution » ; puisque tu compares la crise actuelle à la Révolution française, cela me paraît un bon point de départ pour démontrer que malheureusement, cette crise ne devrait que très peu bouleverser l?ordre des choses :
« Le peuple n?a pas assez faim »
Un des terreaux de la Révolution était l?extrême précarité et désespoir de la majeure partie de la population de l?époque. Bien heureusement, nous sommes très loin d?avoir une situation comparable aujourd?hui.
D?une part, même si l?inflation connait un regain aujourd?hui, elle n?atteint, selon les chiffres de XX « que » 3 % environ à fin septembre sur 12 mois glissants (1,5 % en 2007) et l?envolée de certains biens de consommation (essence, lait, pâtes) n?est absolument pas comparable avec l?inflation connue en 1789 : le pain, l?aliment de base, était passé à 3,5 sous la livre au lieu de 2 (+ 75 % !) et la viande pour ce même poids de 6 à 10 sous (+66 % ! ). Un détail qui peut avoir son importance : l?hiver de 1788-1789 avait été redoutable et avait accru la misère de la population. Je serais cynique en disant que le réchauffement climatique peut avoir de bons côtés de nos jours?
D?autre part, grâce aux minima sociaux mis en place et même si une partie croissante de la population vit dans la précarité (chômeurs, mal-logés?), on est bien loin des 400 000 privilégiés (le clergé et l?aristocratie à part égale) pour 24 000 000 de citoyens sans droit de vote et déconsidérés du pouvoir politique.
« Les têtes ne tombent pas »
Je suis frappé par l?absence quasi-totale de sanctions envers les dirigeants qui ont mené les banques et le système financier mondial à la faillite, que les erreurs soient liées au subprime ou à des fautes de gestion ou de contrôle. La Société Générale perd la bagatelle de 5 Milliards d??uros dans l?affaire Kerviel (soit à peu de choses près, l?équivalent de la totalité de son Résultat Net dégagé en 2006), et voilà M. Bouton « déchu », après 4 mois, de son poste de PDG pour n?en garder que le « P », Président du Conseil d?Administration. On a connu plus violent !
Que dire des Caisses d?Epargne : M. Milhaud, ancien Président du Directoire, conserve la présidence du conseil de surveillance d?une filiale du groupe, tandis que M. Mérindol, ancien directeur général, devient président du Crédit Foncier de France. On en est réduit à appeler sanctions, le fait que des dirigeants soient débarqués et renoncent à leurs parachutes dorés (cf. Axel Miller, ancien président de Dexia).

« Où est le Mirabeau de 2008? »
Enfin, et c?est sans doute le point le plus dommageable, je ne vois pas d?union nationale ou de volonté politique autour d?un projet commun nouveau, juste et équilibré.
La crise actuelle n?est pas source de refonte de notre système économique et social. Les banquiers continuent à vouloir plumer la poule aux ?ufs d?or sans l?éventrer, en témoigne la négociation des banques françaises avec le Trésor pour récolter des Milliards supplémentaires sans pour autant accepter la moindre dilution de leur capital.
Nos politiques peuvent peu. Notre Christine Lagarde ressemble à s?y tromper à Necker, le soutien du peuple en moins : « c?est une horloge qui retarde. »
Seul point commun avec la Révolution française, ce constat toujours d?actualité :
« Ce qu?on regarde comme un bienfait est l?aggravation de nos maux. Emprunter sans imposer, c?est livrer une Nation aux usuriers? C?est rejeter sur les générations à venir le poids des iniquités? Peuple crédule, hâtez-vous de l?admirer, car vos enfants le maudiront ».
Marc Meneau
Directeur Général de Vatel Capital

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