Au sommet, éviter le hors-piste

Par eizraelewicz@latribune  |   |  475  mots
Par Erik Izraelewicz, directeur de la rédaction de La Tribune.

C'est au sommet que le hors-piste est le plus dangereux. Nicolas Sarkozy a réuni aujourd'hui à l'Elysée un sommet social à haut risque. La crise économique suscite naturellement des mécontentements et des manifestations. Pour y répondre, le président de la république a trouvé, lors de son intervention télévisée du 5 février, la réplique.

Il a évoqué alors toute une série de pistes, au choix?: une meilleure indemnisation des chômeurs partiels, des fins de CDD et d'intérim, la suspension du deuxième tiers provisionnel pour les ménages modestes, l'augmentation des allocations familiales, le versement de chèques-emploi service pour les personnes âgées ou les mères isolées, voire la création d'une prime pour les jeunes chômeurs. Il a ainsi fait naître de fortes attentes, de trop fortes attentes.

Depuis, les syndicats, invités à faire leurs propres propositions, ont surenchéri, ouvrant à leur tour de nouvelles pistes. Les uns revendiquent la création d'un méga-fonds social fourre-tout, d'autres une augmentation anticipée du Smic. Ces idées, généreuses, partent bien sûr de bons sentiments. La crise frappe durement les catégorises sociales les plus fragiles - les jeunes, les chômeurs, les mères seules, etc. Il est légitime, par souci de justice sociale comme d'efficacité économique, de vouloir leur venir en aide.

Mais il ne faut pas se tromper de débat. Il est bien sûr de la responsabilité du chef de l'Etat de veiller à ce que le choc de la crise ne soit pas supporté par les seuls défavorisés. Il n'a pas en revanche les moyens de distribuer ce qu'il n'a pas. A ce sujet, le débat sur le partage des profits est mal posé. Les grandes entreprises qui font des profits (même Total) les partagent - leurs salariés ne sont généralement pas les plus à plaindre. Avec la crise, les entreprises profitables - parmi les PME notamment - vont se faire de plus en plus rares. Il ne faudrait pas qu'en leur imposant de nouvelles contraintes, l'Etat accélère leur raréfaction. Les entreprises ne peuvent pas, contrairement à l'Etat, vivre au-dessus de leurs moyens. Ce serait la pire des choses pour l'économie française.

Cette année, la réalité est toute simple?: les Français produiront moins que l'an dernier - 1% de moins, selon Bercy. Il n'y aura donc pas globalement de profits à partager, de surplus non plus. Nicolas Sarkozy doit rester sur la piste principale qu'il a choisie depuis le début, celle de l'investissement et de l'emploi. Les autres pistes, il peut emprunter l'une ou l'autre, mais pas toutes à la fois. Ce n'est pas possible. Ce serait prendre le risque du hors-piste - avec les dangers que l'on connaît.