Le jet privé, un coin de ciel bleu dans un ciel assombri

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Par Jonathan Breeze, PDG de Jet Republic.

Cette année, au Bourget, les bonnes nouvelles ne venaient pas des grands habitués ! Alors que le salon fêtait son centenaire, l'Iata a enregistré en avril une chute de 3,1% du trafic passagers par rapport à l'année dernière, certes en amélioration sensible sur les mois précédents. Mais c'est l'aviation d'affaires qui suscite aujourd'hui le plus d'espoir et d'optimisme... pour sa capacité à tirer profit de la crise économique.

Il est indiscutable que le nombre de voyageurs sur les lignes régulières a chuté significativement : plus de 80% des aéroports européens ont enregistré une réduction du trafic depuis le début de l'année, une tendance qui devrait se confirmer sur la période estivale. Eurocontrol prévoit d'ailleurs une baisse du nombre de vols comprise entre 2,8 et 7,7% pour 2009 .

Effet collatéral de cette baisse de régime, les compagnies sont amenées à fermer certaines liaisons régulières : quinze des plus grandes compagnies commerciales ont ainsi supprimé 132 liaisons en Europe entre mars 2008 et mars 2009. Malgré la création de 59 nouvelles routes, au total ce sont 79 liaisons qui ont été définitivement fermées . Par ailleurs, la récente décision de l'Union européenne visant à suspendre, pour 2009, la règle du "use it or lose it" risque d'aggraver cet état de fait : les grandes compagnies vont pouvoir conserver leurs créneaux, même si elles ne les utilisent pas.

Il est évident que l'annulation de ces vols réguliers a incité un certain nombre de patrons et entreprises à envisager différemment leurs voyages d'affaires. Dans le même temps, nombreux sont les propriétaires de jet privé qui ont été amenés à vendre leur appareil pour réduire leurs dépenses. En Europe, la part de la flotte de jets d'affaires disponible à la vente a en effet continué d'augmenter depuis décembre 2008 pour atteindre 14,4% en juin 2009, après avoir doublé entre décembre 2007 et décembre 2008, passant de 6% à 12,7% .

La crise économique ayant poussé les propriétaires à envisager des solutions moins coûteuses, les plans de propriété partagée suscitent donc un intérêt grandissant, notamment les programmes de "jet card", dont le marché atteint 200 millions d'euros en Europe chaque année.. La France, avec une part de marché évaluée à 17%, se situe d'ailleurs au second rang, derrière le Royaume-Uni qui représente à lui seul 30% du marché européen.

Alors que l'économie européenne semble renouer avec la croissance, la demande pour le voyage d'affaires reste forte. Il est crucial pour les patrons, membres de gouvernement et autres décideurs, les acteurs clés de la sortie de crise, d'avoir accès à un service flexible, adapté à leur rythme de travail. Les jets privés sont au service de ces "working class millionaires" et des entrepreneurs qui doivent se déplacer rapidement et en toute confidentialité. Sans l'aviation d'affaires, certaines régions d'Europe se trouveraient complètement déconnectées des grands centres de décision : ainsi, aucune compagnie régulière ne peut emmener un grand chef d'entreprise de Bretagne à Bruxelles !

La récession démontre par ailleurs que les compagnies d'aviation d'affaires possèdent un esprit dynamique et entrepreneurial à hauteur des attentes de leurs voyageurs ; elle leur donne aussi l'opportunité de pouvoir recruter des pilotes de grande qualité et d'acheter des équipements à moindre prix.

En matière de transports, la France donne l'exemple au reste de l'Europe avec son système intégré : la spécialisation des aéroports (avec Le Bourget idéalement situé pour servir les voyageurs utilisant un jet privé et Charles de Gaulle dédié aux compagnies régulières) et le réseau de trains à grande vitesse contribuent à mettre les transports au service du développement économique.

La contribution de l'aviation privée à l'économie européenne est substantielle. Selon l'European Business Aviation Association (Ebaa), le secteur de l'aviation d'affaires participe à hauteur de 20 milliards d'euros à l'économie européenne et fournit du travail à 164.000 personnes. La Commission européenne a par ailleurs indiqué que l'aviation d'affaires est le segment du secteur de l'aviation dont la croissance est la plus rapide. Et Eurocontrol anticipe que le nombre de jets d'affaire doublera à 3.500 d'ici 2017. L'aviation d'affaires constitue donc un véritable levier de croissance, d'innovation et d'investissement en Europe - dont nous avons besoin aujourd'hui plus que jamais.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Eurocontrol se trompe, l'inverse, une décroissance est inéluctable et salutaire ! Il faut déplacer les pensées et les ordres à la vitesse de la lumière par le mail, le téléphone, la téléconférence et non pas les humains qui peuvent rester le cul sur une chaise au lieu de se pavaner dans des jets. Encore des illusions perdues de personnes qui se croient indispensables de leur présence partout !
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Je ne suis pas surpris d'un tel commentaire venant d'un opérateur du domaine. De mon côté le constat dans mon entreprise est bien différent et l'appel au jet privé est ultra réservé et limité.
Si le marché du voyage d'affaires baisse on peut alors s'étonner de la hausse ainsi évoquée.
Notre Travel Manager constate que la tendance est à l'optimisation des déplacemen,ts mais...à des coûts de plus en plus bas !
Alors Info ou intox ?
Alain
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Réponse amicale à FL : L'aviation d'affaire n'est pas que pour des personnes qui se pensent indispensable. Eb effet, 40% des voyageurs sont des "techniciens" qui vont régler sur place des problèmes clients. La videoConférence ne peut pas aller lorsqu'il s'agit, par exemple, de regler en urgence le dysfonctionnement d'une chaine d'embouteillage au fin fonds de l'Auvergne. Si tout le monde était parfaitement "remplacable", il n'y aurait pas eu besoin d'adapter les 35h pour les cadres dirigeants..
La vraie question est plutôt de savoir s'il est pertinent d'utiliser un avion de 6 places avec 2 réacteurs et 2 pilotes pour n'enmener statistiquement que 1,3 passagers sur des trajets de 600km. Pour ma part, la réponse est négative et c'est l'origine même de la société Smart Air (www.smartair.aero) optimisée pour le 90% des trajets d'affaires en Europe et à un tarif global comparable à celui d'une grosse berline. C'est notre vision et certains patrons de PMe ne s'y sont pas trompés en devenant nos clients de lancement.

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