Le père, le fils et l'esprit malsain

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Par François Lenglet, rédacteur en chef à La Tribune.

L'actualité est facétieuse. Hier, le président Sar­kozy, rappelant l'origine napoléonienne des lycées, y voyait "un geste qui signifiait très concrètement la fin des privilèges de naissance [?] Cela voulait dire : désormais, ce qui compte, en France, pour réussir, ce n'est plus d'être bien né, c'est d'avoir travaillé dur par ses études et sa valeur". Au même moment, le fils du président, Jean Sarkozy, était adoubé patron de l'établissement public de La Défense, au c?ur du fief sarkozien des Hauts-de-Seine.

Adoubement que l'on doit bien sûr au cursus universitaire éblouissant de l'impétrant, à son dur labeur et, de façon incidente, à l'esprit de courtisanerie d'une majorité indigne dans son désir de plaire au chef. Sans doute Jean Sarkozy est-il un homme de valeur. Peut-être même hors du commun. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas choisi la façon la plus convaincante d'exprimer son talent, en suivant pas à pas la voie de son père alors que celui-ci est au faîte du pouvoir.

Quelles que soient ses qualités, elles seront ombrées d'un soupçon inaltérable, qui s'exprimera violemment dès qu'il ne sera plus protégé. Tous les Tartuffe qui l'applaudissent aujourd'hui - "Jean est le fils d'un génie politique, il n'est pas étonnant qu'il soit précoce", affirmait hier un élu des Hauts-de-Seine - le vomiront demain. Dans une famille de politiques éminents comme les Debré, les deux fils de Michel, Bernard et Jean-Louis, ont réussi chacun dans leur spécialité propre, avant de conquérir une circonscription sans l'aide de leur père.

Reste l'incompréhensible : pourquoi le père a-t-il toléré et même encouragé cela ? Parmi les 200 classiques du cinéma que Nicolas Sarkozy veut rendre accessibles aux lycéens, "le Président", tourné par Verneuil en 1961, mériterait une place. "J'ai besoin d'un coup de main. Tu peux tout !", dit l'un des personnages au magistrat suprême de la république. Et le président Beaufort, incarné par le rugueux Jean Gabin, de répondre : "c'est justement pour cela que je ne peux tout me permettre."

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Commentaires
a écrit le 15/10/2009 à 21:06 :
Tant qu'à faire, il eut été assez noble que prince Jean se mesure à prince Harry en commandant un escadron d'hélicoptère en Afghanistan. Les Hauts de Seine, ça manque de hauteur! A prince, prince et demi
a écrit le 15/10/2009 à 19:20 :
Mr Lenglet, je dis Bravo à votre article et à votre courage d'oser dire ce qu'une grande partie du peuple de droite comme de gauche pense tout bas.
a écrit le 15/10/2009 à 10:55 :
Les mots qui tuent : coupable, dauphin, que de lapsus révélateurs...conseillons au père et au fils de relire l'esprit des lois , sinon çà va leur péter à la figure.Même s'il ne la pratique pas beaucoup les français ont écrit dans leur constitution le mot de "EGALITE"
a écrit le 15/10/2009 à 7:38 :
Mr Lenglet, vous tirez le premier! et en plus vous visez juste. En effet, peu de journalistes ont eu le courage d'affirmer leur opinion sur ce sujet. Merci car ça rassure sur la liberté d'expression.
a écrit le 15/10/2009 à 6:06 :
Euuuuh, sauf erreur de ma part, on passe son BAC à 18 ou 19 ans et là nous avons un jeune homme de 23 ans qui n'est qu'a BAC+1..... mais qu'a t'il fait pendant 4 ans... des ballades en yacht, des cours de polo, du VIP à Rolland Garros et sur les ovales hyppiques...
De quel droit peut on lui faire ce privilège au regard de personnes méritantes, diplomées, expérimentées et malheureusement au chomage...
Le seul but, aprés l'extension cet été de la surface de la défense (en cachette) et de mettre la main sur le poumon économique de la France et sur le potentiel immobilier que La Défense représente. J'ai voté Sarko et je n'en ai pas honte, mais là, je trouve la démarche trés déplacée. A quand le retour de la dime et de la guabelle, étonnant qu'il ne copine pas avec Devillier étant donné son penchant pour la monarchie et l'impérialisme tout puissant le la lignée du roi.
a écrit le 15/10/2009 à 4:52 :
On ne doit pas le faire parce que ce n'est pas bien.
Ca laissera des traces.
a écrit le 14/10/2009 à 18:40 :
avec le sourire et avec panache ! Merci et bravo.
a écrit le 14/10/2009 à 17:48 :
Le sait-il? Il vient de perdre 2012. Mais consolons-nous, on aurait peut-être eu pire avec Ségolène, c'est du moins ce que la campagne annonçait. Après ce coup, on peut craindre que Nicolas nous joue "après moi le déluge". quel choix aurons nous en 2012, je vous le demande? Et quand on voit Berlusconi en Italie, on se dit qu'il n'y a pas de limite... Vive le suffrage universel! Toqueville disait bien à ses amis qui s'inquiétaient de ce qu'il le préconise, que cela ne changerait rien, et qu'ils y gagneraient la légitimation...
a écrit le 14/10/2009 à 12:45 :
Merci, pour votre article
n'oublions pas que jean sarkozy n'est encore qu'un grand garcon, de 23 ans fils de papa
qui a beaucoup de mal à réussir ces etudes bac+1
pensons a tous ces jeunes surdiplomés a qui l'on dit " vous n'avez pas d'expérience , faites un stage après on verra"
pensons a tous ces salariés ou chomeurs avec 10 15 20ans d"expérience a qui l'on dit " vous n'avez pas les diplomes addéquates pour prétendre a ce poste
a écrit le 14/10/2009 à 11:23 :
Merci de votre prise de position. Cela rassure! Lors de la journée d'hier, plusieurs ténors du gouvernement sont venu défendre l'indéfendable et l'immoral. Une telle collusion est indigne, et même incompréhensible pour les électeurs de droite.
a écrit le 14/10/2009 à 10:31 :
Tout à l'heure j'étais à la Défense et j'ai croisé Jean. Il m'a dit : l'année prochaine j'aurai tellement d'expérience et de talent que, si un fauteuil se libère à l'Académie Française (fastoche pour Nico...), il sera pour moi!
Et puis, à 25 ans je serai sénateur! Et puis...
Je lui ai dit: fais vite alors, avant que la bulle Nico n'éclate...
a écrit le 14/10/2009 à 10:21 :
M. Lenglet, vous dites tout haut ce que certains pensent tou bas... Le scandale dans cette affaire, en dehors des soupçons évidents de népostisme, c'est surtout la lâcheté de certains élus, plus courtisans que responsables. M'est avis que cette affaire va laisser des traces. Moi le premier, je ne revoterai certainement pas SARKOZY aux prochaines présidentielles. Trop d'atteintes à nos libertés, trop de mépris vis à vis de ceux qui l'ont élu, pas assez de dignité, trop de bling bling, trop de prise de décision sans suffisamment d'études sur leur impact, trop de superficiel et d'instantané, pas assez de recul et de réflexion sur le long terme. Le seul point positif, c'est la politique étrangère...
a écrit le 14/10/2009 à 9:18 :
C EST INCROYABLE !!! Avec l'institut de sondage privé Opinion Way (acheté par l'Elysée), Sarko a fait monter d'un coup de baguette magique la popularité de son premier ministre de 29 % !!!! C EST FOU ! Cela a paru dans un journal gratuit dans le tout paris "20 minutes" distribué dans le métro. C'est dingue comment sarko se prend pour un communiste avec sa propagande pour endoctriner le peuple ! Ainsi, il est déclaré que 70% des français souhaite le maintient de Fillon à sa place de 1er ministre. Où ils cherchent de pareilles conneries ? C'est incroyable comment ils se moquent de la lucidité des gens !!!
a écrit le 14/10/2009 à 7:41 :
J'apprécie l'humour et l'ironie de cet article. A la question du dernier paragraphe, je ne vois qu'une réponse: le manque d'intelligence, dans lequel on peut y inclure le manque de respect, de modestie, de sagesse, de responsabilité, de clairvoyance...
a écrit le 14/10/2009 à 6:32 :
Merci pour cet éditorial
a écrit le 14/10/2009 à 6:17 :
Bravo M Langlet,
Je ne suis quasiement jamais d'accord avec vous mais vous avez le courage de dire ce que vous pensez de cette affaire. Nos dirigeants ont non pas une obligation mais un devoir d'exemplarité. Je vois autours de moi des dizaines de jeunes qui galèrent à trouver du travail ou qui risquent de ne plus avoir leur bourse s'ils ratent une année à la fac.
Nicolas Sarkozy se dit libéral en économie mais cette attitude démontre qu'il ne l'est pas du tout en réalité. On ne peut pas d'un côté chanter les louanges de "l'effort" et du "mérite" et continuer à fabriquer des héritiers à la tête de l'Etat. Tout cela à un goût de second empire et je ne rapellerais à personne comment cela a fini.

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