Société de "sousveillance"

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Par Philippe Mabille, rédacteur en chef et éditorialiste à La Tribune.

Dans "Surveiller et punir", Michel Foucault démontre le pouvoir de celui qui voit, d'en haut. L'explosion des réseaux sociaux sur Internet, avec plus de 50 millions de minimessages (des "tweets") par jour sur Twitter, plus de 400 millions d'utilisateurs de Facebook, est, de façon souterraine, en train de changer le monde. Place désormais à la société de "sousveillance", un néologisme qui veut bien dire ce qu'il veut dire : la possibilité donnée à chacun de surveiller d'en bas.

Une surveillance inverse, en quelque sorte, analysée pour la première fois par un professeur de Toronto, Steve Mann. Ce spécialiste des "cyborgs" s'est intéressé à la façon dont Internet devient une intelligence artificielle qui modifie en profondeur la relation de l'homme à la société. Il définit la sousveillance comme "l'enregistrement d'une activité du point de vue d'une personne qui y participe". Les nouvelles technologies ("webcam", "smartphone" équipé de caméra) et l'apparition de l'Internet mobile permettent à tout individu d'exercer ce pouvoir de surveillance par le bas, naguère réservé au journaliste.

Pour le meilleur quand Twitter permet de voir Néda, une jeune étudiante de 26 ans, être assassinée par la police paramilitaire en Iran : la sousveillance est alors un véritable contre-pouvoir. Mais aussi pour le pire quand, faute de règles sur la protection de la vie privée, tout le monde est en mesure de surveiller tout le monde, de faire intrusion dans l'intimité de chacun, dans des buts rarement désintéressés. Pour ne pas être "sousveillé et puni", la seule réponse est de veiller à son e-réputation. Que l'on soit adolescent, étudiant, salarié, patron ou président de la république, chacun est à la merci de ces nouveaux "big brothers" et force est de constater que le droit est encore très en retard dans la défense de cette dernière liberté, celle de ne pas être vu.

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