Internet, comme toute technologie, est par essence ambivalent

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Par Thierry Vedel, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

Depuis quelques mois, le regard de la société sur l?iInternet a changé. Après avoir surtout vu son impact positif sur la politique, une vision plus désabusée est apparue qui tranche avec l?engouement parfois naïf des années de jeunesse du web. On s?aperçoit que l??internet peut faciliter des atteintes à la vie privée ou la diffusion de rumeurs. Ce désenchantement s?est déjà produit dans le passé pour d?autres moyens de communication : songez aux radios libres au début des années 1980, ou même aux débuts de la télévision qu?on voyait comme un outil éducatif et culturel.

Pour moi, l?internet, comme toute technologie, est par essence ambivalent. Il peut en même temps avoir des effets positifs ET négatifs suivant la façon dont une société ou les individus l?utilisent ou le régulent. Internet n?est pas seulement un outil, c?est un ensemble de pratiques. Sur le plan politique par exemple, l?internet permet à la fois une plus grande participation des citoyens et un contrôle social accru sur les individus. De plus, on n?exploite pas encore pleinement toutes ses potentialités.

Les partis politiques se sont certes tous mis à l?internet, mais ils ne font que répliquer électroniquement des modes de communication traditionnels : on remplace les tracts par des mails, les affiches par des vidéos en ligne, le porte-à-porte par les réseaux sociaux. L?internet facilite les contacts et les échanges, mais la relation entre gouvernants et gouvernés a-t-elle véritablement changé ? A mes yeux, l?un des enjeux principaux est de savoir si l?internet peut élargir l?espace public en y intégrant des gens qui ne s?intéressent pas à la vie publique. Or, de nombreuses enquêtes montrent que les internautes politiquement actifs sont des citoyens déjà politisés.

Un autre problème est de dépasser la simple expression d?opinions pour parvenir à construire de réels débats. Ce qui nécessite qu?on s?expose aux avis contraires au sien. Mais, bien souvent, les espaces de discussion en ligne se caractérisent par une forte homophile politique : les internautes se regroupent par affinités. L?internet politique est encore dans une phase adolescente. Il reste encore à inventer des applications qui permettront d?agréger les multiples voix qui s?expriment dans la société en une raison collective.

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Commentaires
a écrit le 16/03/2010 à 13:46 :
Bonne analyse, mais un peu rapide quand même sur les partis politiques (cf Obama 2008). Mais je suis d'accord avec vous sur ce que vous appelez l'homophilie politique.J'essaierai de venir vous écouter ce soir. Bon débat!

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