La retraite des éreintés des RTT

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Par Olivier Provost, rédacteur en chef de latribune.fr.

Les partisans des 35 heures vont hurler mais tant pis. On connaissait déjà l'effet pervers de cette mesure malthusianiste : le blocage des salaires dont on paie encore aujourd'hui le prix en perte de pouvoir d'achat. Mais cette mesure, qui a tant profité aux magasins de bricolage et aux voyages à bas prix glanés sur Internet, a eu aussi un autre effet pervers, potentiellement assassin à l'heure de la réforme des retraites : celui de pousser les entreprises et leurs salariés à une productivité horaire quasiment unique en Occident.

C'est à ce prix que les entreprises oeuvrant en France ont pu compenser la perte de productivité de 11% que risquait d'entraîner cette mesure et qui n'a pas eu lieu. Résultat : des journées de travail qui n'en finissent pas, et des week-ends de trois jours qui servent surtout à se reposer de ces semaines éreintantes. Nos voisins allemands, eux, ont l'intelligence de quitter leur job à 17 heures tapantes et de s'offrir une vraie soirée privée. Comment s'étonner que les Français aspirent à partir tôt en retraite, quand ils ont encore la santé, et voient d'un mauvais oeil la perspective d'un recul de l'âge légal de la retraite ou d'un allongement de la durée de cotisation ?

Osons une idée iconoclaste : profitons de cette négociation sur les retraites pour remettre à plat toute notre organisation française de la vie professionnelle et post-professionnelle, à la fois en termes d'horaires et de revenus. Et l'on découvrira que ce n'est pas un simple changement de curseur dans le système des retraites qui va régler le problème d'un coup de baguette magique et faire accepter l'idée pourtant simple que l'allongement de l'espérance de vie doit aussi se traduire par un allongement de la période de travail. Il est curieux de constater qu'en France le débat sur la pénibilité, facteur important pour la question de l'âge du départ en retraite, renvoie encore à de vieux fantasmes comme les conducteurs de locomotive et pas à des données tangibles comme la productivité horaire.

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Commentaires
a écrit le 28/05/2010 à 13:27 :
Ce qu'Olivier Provost omet de dire c'est que la productivité du travailleur Français et la meilleure du monde, Donc même en ne travaillant que 35h et en s'arrêtant à 60 ans on est toujours plus productif que les autres pays.
Alors c'est sûr les défenseurs du patronat rêvent de garder cette productivité en faisant travailler les gens 50 heures jusqu'à 70ans, ce qui n'est pas possible, car plus vous travaillerez plus la productivité chutera, ce qui en fin de compte, ne fait rien gagner à personne.
a écrit le 19/05/2010 à 11:27 :
C'est clair que les RTT ont un effet délétère sur l'organisation du travail... Maintenant, les entreprises sont mortes le vendredi. Le mercredi, on tourne a demi régime. Résultat des courses, on bosse comme des malades lundi mardi jeudi. Et les périodes de vacances scolaires viennent cumuler leurs effets à cela. Personnellement, je n'ai pas de RTT, les 5 semaines de vacances minimales (pme oblige) et quand je circule dans Paris dans la journée à courir de rv en rv, et à stresser de peur d'être en retard, et que je vois tous ces gens qui flânent, qui prennent le soleil aux terrasses de café ou qui discutent sur les bancs, je dois dire que j'ai vraiment l'impression d'être la seule a travailler, je déprime et je me dis : "vivement la retraite"
a écrit le 18/05/2010 à 15:46 :
ce sont les 35 heures qui sont en parti responsables de la dégringolade du systhème et aujourd'hui tout le monde paie.
a écrit le 17/05/2010 à 13:41 :
à vieux salarié : votre contribution est intéressante ; je regrette les poinçonneurs du métro, les marchands de marrons, les pompistes, les balayeurs ! au nom de la rentabilité on a déshumanisé , robotisé la société ! moi aussi j'ai travaillé 6 jours 1/2 en 1966 mais avec moins de stress que mes dernières années où je devais justifier de ma rentabilité : c'était dans une banque où la cupidité sévissait : on se fichait des 35 heures de la convention collective , je devais en faire plus comme "les autres" beaucoup ont craqué autour de moi , la banque a joué perdu, pas à cause de nous ??
a écrit le 17/05/2010 à 11:10 :
l'objectif premier des 20..60 est de partir le jeudi soir ou le vendredi midi sur les routes pour paraît-il profiter de la vie grâce aux RTT; le pays en est complètement désorganisé et tourne toujours très mal à cause d'un manque de continuité et de suivi du travail au travail. LE PAYS SUBIT A TOUS LES NIVEAUX les ravages de l'absentéisme par les RTT et les arrêts maladie; ces derniers étant liés à une overdose d'empressements et de conflits au travail car on fait en 3 jours ce qui devrait être fait en 4 ;une société ne peut pas tourner correctement dans ces conditions et le tissu social se déchire
a écrit le 17/05/2010 à 10:58 :
Les économistes qui ont conduit les économies occidentales à la ruine reprennent du poil de la bête, ils osent même revenir à la charge contre les 35H alors que les pays europeéens ont tous diminué leur durée hebdomadaire, même les USA 32,7H/semaine source fédérale. Les revanchards i con oclastes n'ont pas peur du ridicule !!!
a écrit le 13/05/2010 à 10:15 :
Pour avoir travaillé de 1964 (petit employé) à 2008 (cadre sup), je ne peux qu'abonder dans le sens de M. Provost. Le labeur, à tous les niveaux de l'entreprise était moins dur il y a 40 ans, pour tout un tas de raisons: Plus de personnel et du personnel de service (huissiers, coursiers, dactylos et secrétaires à foison), horaires plus longs (45 heures à mes débuts), mais laissant le temps de s'organiser, de respirer, de communiquer. Tout s'est dégradé peu à peu avec une accélération depuis 12 ans, due aux 35 heures évidemment mais pas uniquement. Le mauvais management y a sa part, avec ses méthodes pseudos participatives mais bien plus coercitives. S'y ajoutent des salaires minables pour les débutants. Bien sûr, en échange on a reçu des "droits" en tout genre (le dernier est le Fillonesque DIF qui est un bide), mais je préférais le moins de droits des années 60 (même pas de contrat de travail écrit, on ne s'inquiétait même pas de savoir si on était en CDD ou en CDI...) avec plein emploi (on se faisait embaucher sur un coup de fil) à la forêt de droits et au presse-citron d'aujourd'hui.Tout est à refaire.
a écrit le 13/05/2010 à 7:19 :
Je reviens sur le commentaire de mimosa. Si on fait le même travail en 35 heures qu'on le faisait en 40 c'est qu'avant on n'était pas efficace. On ne travaille pas dans une e,treprise uniquement pour toucher sa pae en fin de mois comme certains semblent le penser. On travaille pour remplir une tâche et être rémunéré au niveau du service rendu. C'est cette vérité que trop de Français perdent de vue. Par ailleurs en ce qui concerne les licenciements, seniors ou pas, je ne connais pas une entreprise rentable qui se sépare de salariés qui lui apportent vraiment le service pour lequel ils sont rémunérés. Par contre, lorsque l'absentéïsme ou l'inefficacité deviennent dominant, alors oui des décisions sont à prendre, sinon l'entreprise fait défaut et disparaît au détriment de la collectivité.
a écrit le 12/05/2010 à 14:06 :
c'est une mesure que sarko aurait pu retirer or s'il l'a laissée c'est parce que des entreprises y trouvaient leur compte ! perso j'ai expérimenté quelque temps cette mesure : je devais faire le m^me travail en 35 h qu'avant et souvent je faisais des heures sup gratuites pour " m'en sortir, donc par obligation" mon entreprise n'a pas licencié ouf ! mais m'a mise en préretraite pour se débarrasser d'une senior !!
a écrit le 12/05/2010 à 13:09 :
Cela est dit avec beaucoup d'humour et n'enlève rien aux vérités profondes.. Les Français croient avoir acquis des avantages qui ne sont que chiffons de papier. Il semble que cela ne les rendent pas plus heureux, au contraire. La génération post 45 s'était vouée au travail pour faire face aux réalités du moment. Les générations suivantes ont pu voir leur niveau de vie augmenter. Or les générations actives actuelles refusent l'idée même du travail pour profiter de soit-disant avantages acquis. C'est un déni de société. Des enfants gâtés.

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