Finances publiques : vous avez dit mesures "justes" ?

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Par Gérard Dussillol, responsable du groupe de réflexion "Finances" de l'Institut Thomas More.

"Il faut savoir accepter l'inévitable... pour en faire de l'utilisable ! ", disait Talleyrand. Aussi, n'est-il pas dénué d'intérêt de s'interroger sur le parti à tirer de l'accélération de la crise financière. Acte I : les pertes abyssales du système financier et leur effet dépressionnaire sur l'économie sont assumés par les Etats, qui signent des chèques sur l'avenir. Les choses s'apaisent, confiance et croissance reviennent. Sauf que, un jour, on commence à s'interroger sur cet avenir, marqué par des déficits budgétaires massifs et un endettement accru. Pourront-ils un jour rembourser ?

Pour la Grèce, on finit par comprendre que sans possibilité de dévaluer, elle ne pourra le faire avant longtemps. La restructuration de sa dette étant inévitable, on ne veut plus lui prêter, accélérant ainsi le risque de défaut grec et de pertes pour les banques créancières. Voilà que le risque de contagion s'étend à d'autres pays, avec comme scénario du pire une explosion de la zone euro. D'où une nouvelle panique financière et un début de blocage du système bancaire.

Qu'a-t-on fait dans cette extrême urgence ? La même chose qu'avec les banques : l'Europe a "assuré" les dettes grecques - plus celles d'autres pays à risque. En fait, "l'Allemagne paiera !" sans que l'on veuille admettre que la fourmi allemande ne pourra supporter indéfiniment les cigales de la zone euro et conditionnera son support à de vraies réformes chez ses partenaires, y compris en France.

Quels choix s'offrent alors à nous ? Pour réduire un déficit, il n'y a que deux possibilités : réduire les dépenses ou augmenter les recettes. Ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux ne suffira pas. Et pour augmenter les recettes, il faut soit plus de croissance, soit plus d'impôts. Or, notre croissance est maigre, et le sera plus encore avec plus d'impôts.

En France, le débat s'est focalisé sur l'impôt, qui n'est acceptable que s'il est juste. Et la notion du juste a été ramenée à celle-ci : il faut que les riches payent. La France ne parle plus que du bouclier fiscal, avec une problématique : comment le percer sans le percer...

 

Sans voir que la solution vraiment "juste" est ailleurs : le service public français est-il de bien meilleure qualité que son homologue allemand, bien qu'il nous coûte 100 milliards d'euros de plus chaque année ? Est-il "juste" d'avoir encore cinq échelons administratifs contre trois en Allemagne, avec tout ce que cela coûte en élus, emplois, frais de fonctionnement, clientélisme, bâtiments et... en temps perdu ? Qu'est-ce que cela apporte réellement aux Français ? Est-il "juste" que les salariés de certaines entreprises publiques partent en retraite à 55 voire 53 ans ? Est-il "juste" que les taux de retraite des fonctionnaires soient très supérieurs à ceux du privé ? Tout le monde sait bien tout cela, à commencer par les jeunes qui à 60% veulent devenir fonctionnaires...

Mais on continue à ne pas se poser de questions et à croire que moins de services publics, c'est forcément de moins bons services. Le résultat est, que en France, le travail est surfiscalisé par rapport à l'Allemagne : pour 100 de salaire net avant impôt sur le revenu, un salarié français coûte 20% plus cher à son entreprise qu'en Allemagne - de là, perte de compétitivité, pertes d'emplois, donc nécessité de lever plus d'impôts pour financer la protection sociale, etc...

Depuis trente ans, le secteur privé a fait des efforts d'adaptation et de productivité colossaux. Peut-on en dire autant de la fonction publique ? L'Allemagne qui, sous un gouvernement de gauche, a déjà fait sa réforme, admet de plus en plus mal que nous continuions à donner des leçons à tout le monde, dans une situation économique et sociale que personne ne nous envie. Alors ce qui serait vraiment "juste", ne serait-ce pas que la fonction publique comprenne qu'elle a été largement surprotégée depuis trente ans et que c'est maintenant son tour d'assumer les efforts nécessaires ?

Qu'on y réfléchisse : peu de pays ont encore de tels gisements de productivité. Les exploiter, c'est s'ouvrir la voie à une baisse sensible de nos déficits, réduire le coût du travail, tout en stimulant notre compétitivité et notre croissance. C'est enfin restaurer notre crédibilité, raffermir nos liens avec l'Allemagne, et nous permettre de peser ensemble sur la nécessaire réforme européenne et les énormes chantiers en cours concernant la reconstruction d'un ordre monétaire et financier. Cette crise est l'opportunité d'un électrochoc, ne la laissons pas passer ! Et peut-être un jour dirons-nous merci à la Grèce et à madame Merkel...

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