"S'il avait travaillé pour moi, je l'aurais viré" (le directeur général de BP)

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Chaque semaine, La Tribune décrypte une phrase ou une citation qui marque un temps fort de l'actualité politique, sociale ou économique. Aujourd'hui : Barack Obama.

Après son audition calamiteuse au Congrès, le directeur général de BP, Tony Hayward, s'est vu dessaisi de la gestion quotidienne de la marée noire au profit de l'américain Bob Dudley, en charge des activités américaines et asiatiques du groupe. Du seul point de vue de la communication, la décision s'imposait. Car, avant son audition au Capitole, Tony Hayward était déjà un homme accablé : depuis le début de la crise, il ne sait rien, refuse toute responsabilité et rêve de retrouver sa vie "d'avant". Bref, Tony Hayward est vite apparu comme le point faible du groupe. Et Barack Obama, un moment pris de court par l'ampleur de la catastrophe, a vite compris l'intérêt de focaliser ses attaques sur un Britannique affaibli par ses propres bourdes. Refusant ostensiblement de le prendre au téléphone, multipliant les déclarations mettant en doute ses capacités, le président des Etats-Unis a enfoncé le clou le 8 juin dernier en lâchant : "s'il avait travaillé pour moi, je l'aurais viré."

Philippe Copinschi, chercheur à Sciences po, n'y voit cependant que de la rhétorique pour masquer "l'impuissance" des autorités américaines. "Personne n'avait prévu une telle catastrophe et il n'existe pas encore de solutions techniques pour colmater une telle fuite", souligne-t-il. Pour autant, cet accident devrait, selon lui, relancer la réflexion, sur la responsabilité sociale des compagnies, sur laquelle BP faisait figure de pionnier dans les années 1990 avant de progressivement revenir à un "business as usual". "Une politique volontariste dans ce domaine constitue une sorte d'assurance en cas de sinistre : il est toujours plus difficile de s'attaquer à une entreprise vertueuse qu'à une entreprise qui recherche le profit à tout prix", plaide l'expert.

De son côté, Michel Derdevet, maître de conférences à Sciences po, rappelle qu'Obama n'est pas un ami de l'industrie pétrolière. "Personne n'est dupe, derrière les propos très durs contre le directeur général de BP, c'est l'industrie pétrolière dans son ensemble qui est visée", soutient-il. Avec, à la clé, "un débat à venir sur la suppression des exemptions de taxes pour l'industrie pétrolière et gazière (de 31 milliards de dollars sur dix ans), mesure qui pourrait impacter fortement l'activité et les décisions d'investissement dans la zone américaine".

Mais l'historien François Durpaire inscrit ce face-à-face dans le débat de fond qui agite les Etats-Unis depuis la crise financière, autour d'une question simple : les Américains doivent-ils faire confiance à Wall Street ("big companies") ou à l'Etat fédéral ("big government") ? "Cette marée noire permet à Barack Obama de réaffirmer les fondamentaux de sa campagne électorale ; il a été élu pour redonner de la force à l'action politique et à l'Etat fédéral face à la toute-puissance des marchés", explique-t-il. Et c'est sur ce terrain-là que s'affrontent républicains et démocrates à quelques mois des élections du "mid-term". "La marée noire est une occasion à ne pas manquer pour affirmer sa politique de rupture par rapport à l'administration Bush", ajoute-t-il. A moins qu'elle ne débouche sur une réflexion de responsabilités de toutes les parties prenantes : à l'entreprise de veiller aux intérêts de ses actionnaires et au gouvernement de veiller à la protection et au bien-être de ses citoyens.

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