Un Jean Monnet pour la monnaie

 |   |  326  mots
DR
DR (Crédits : Albert Caen)
François Lenglet, directeur de la rédaction de La Tribune.

Pour l'euro, l'année 2010 aura été une succession de tempêtes. L'effondrement de la Grèce, la faillite de l'Irlande, les revirements incessants d'Angela Merkel, la chancelière allemande, le silence des Français, tout cela a mis à l'épreuve le frêle esquif de la monnaie unique, impropre à la navigation au long cours parce qu'il a été conçu par beau temps et pour beau temps seulement. Paralysie des institutions et interminables conciliabules, voilà bien les maladies européennes.

Ces maladies n'étaient pas si graves lorsque Bruxelles s'attachait à définir la proportion minimale de cacao dans le chocolat, mais qui ne laissent pas d'inquiéter lorsqu'on parle monnaie, fiscalité et dette publique. La "méthode" européenne, cette lente décantation en vingt-trois langues officielles, a trouvé ses limites. Il faut ici faire une exception, avec Jean-Claude Trichet et sa Banque centrale européenne, qui a été le sauveur de l'euro en utilisant au bon moment sa seule cartouche - la crédibilité. Mais Trichet est bien seul.

L'année 2011 devrait nous offrir un répit, avec l'amélioration de la conjoncture et une hausse du dollar, si l'activité repart outre-Atlantique. Immanquablement, la zone euro retrouvera ses problèmes : trop de dette et pas assez de croissance, l'une augmentant toujours au détriment de l'autre. Et de considérables différences de productivité d'un pays à l'autre, qui vont demander une sorte de "dévaluation intérieure" pour ceux qui en sont victimes, avec des réductions de revenus. Ces forces puissantes vont continuer à s'exercer en 2011. Pour les combattre, le superfonds européen ne suffira pas. Il y a une sorte de naïveté à croire qu'on peut régler un excès d'endettement par un surcroît d'endettement, fût-il garanti par la solide signature allemande. Au mieux, on achète ainsi du temps. C'est toute l'organisation de la zone qu'il faudra reconstruire. Avis aux Jean Monnet des temps modernes : en 2011, l'Europe aura besoin d'imagination.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :