Pourquoi on va reparler de l'Europe

 |   |  632  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : VIA BLOOMBERG NEWS)
Par Marc Fiorentino, d'Allofinance.com.

La situation dans les pays arabes, le chaos en Libye en particulier, et les possibilités de contagion vers les pays du Golfe ont monopolisé, à juste titre, l'attention des marchés financiers. La flambée du pétrole a provoqué un écran de fumée qui a caché momentanément les événements qui continuent à se succéder sur le front de la crise de la dette européenne. Et pourtant, ces événements ainsi que les déclarations et rumeurs ont été nombreux et seront déterminants dans un avenir proche pour l'Union européenne et pour l'euro.

Axel Weber a lâché la course à la présidence à la Banque centrale européenne. Il a repris sa liberté de parole et ne se prive pas de l'utiliser pour nous donner une vision totalement transparente de la pensée dominante en Allemagne. Selon Axel Weber, pas question d'augmenter les moyens du Fonds de solidarité, alors qu'on pensait que c'était acquis. Pas question non plus de permettre au Fonds ni aux pays en difficulté de racheter leur propre dette. Voilà qui est dit.

Pendant ce temps, Angela Merkel a perdu une élection régionale symbolique. Son parti a été laminé dans la ville-État de Hambourg et la prochaine vague d'élections régionales du 27 mars devrait être dévastatrice. La marge de manoeuvre du gouvernement sera très réduite. D'autant plus que les Allemands, dans leur immense majorité, ne veulent pas, et c'est une des raisons pour lesquelles ils sanctionnent le CDU de Merkel, dépenser plus d'argent ou prendre plus de risques pour des pays qui n'ont, à leurs yeux, toujours pas fait la preuve de leur volonté d'adopter le modèle allemand. L'Allemagne veut imposer un "pacte de compétitivité" qui n'est rien d'autre qu'une déclaration d'allégeance au modèle allemand. La plupart des petits pays européens refusent ce qu'ils considèrent comme un diktat. Sans nous en apercevoir, nous venons donc d'assister à un durcissement de la position allemande.

Du côté des pays en difficulté, la situation reste préoccupante. En Grèce, le premier appel à la grève générale pour 2011 a été très largement suivi. La population grecque n'accepte toujours pas la cure d'austérité qui lui est imposée. Avec un chômage qui s'approche des 15% et, pour la troisième année consécutive, une récession probable, la Grèce ne voit pas de sortie du tunnel.

En Irlande, la majorité sortante a été balayée aux élections législatives et les partis de la future coalition sont clairs : ils veulent renégocier les conditions du plan d'aide de l'Union européenne et du FMI. Gerry Adams, le leader du Sinn Féin, va même plus loin : il ne veut pas que le gouvernement mette un euro de plus dans les banques sans restructuration de la dette...

Les taux portugais sont toujours proches de leur niveau record et, malgré la résistance du gouvernement, l'appel à une aide européenne est inéluctable. Même les taux espagnols à dix ans sont proches des 5,50% et l'Italie, en proie à une grande instabilité politique et à des inquiétudes liées à sa proximité avec la Libye, voit ses taux à dix ans se rapprocher dangereusement des 5%.

La crise européenne est donc loin d'être terminée. Le doublement de la taille du Fonds de solidarité n'est plus d'actualité et l'Allemagne va probablement se crisper un peu plus sur ses exigences. Face à cela, la Banque centrale européenne doit décider dans les trois mois qui viennent s'il faut privilégier la lutte contre une inflation amplifiée par la hausse du pétrole et des matières premières alimentaires ou la croissance qui reste fragile. On n'est pas sortis de l'auberge...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :