Un pacte de divergence franco-allemand

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Contrairement aux apparences, Paris et Berlin ont affiché dernièrement plus de politiques opposées que de convergence dans leur action. Au cavalier seul français pour une intervention militaire en Libye répond la décision unilatérale allemande de fermer du jour au lendemain sept centrales nucléaires...

Le mois dernier, la chancelière Angela Merkel et le président Nicolas Sarkozy déclaraient "vouloir faire converger les différentes économies européennes" pour "renforcer la compétitivité de l'Europe". Mercredi, l'exécutif français a d'ailleurs acté en Conseil des ministres l'introduction d'une règle d'or de ses finances publiques, sur le modèle allemand du frein à la dette inséré dans la Constitution allemande en 2009. Quelques jours auparavant, les chefs d'État et de gouvernement de la zone euro s'étaient aussi entendus sur un Pacte pour l'euro destiné à rassurer les marchés financiers sur la pérennité de la monnaie unique européenne. Au premier coup d'oeil, on devrait en conclure que dans le « couple » franco-allemand tout va pour le mieux dans le - presque - meilleur des mondes. Et, ce jeudi, le nouveau ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, devrait pouvoir à Berlin souligner "le caractère essentiel et prioritaire du partenariat franco-allemand", sans crainte d'être contredit par son homologue allemand, Guido Westerwelle.

Essentiel ? Prioritaire ? Face aux révolutions au Maghreb, force est de constater que les deux pays affichent des positions radicalement opposées. Il y a une semaine, c'est avec le Premier ministre britannique David Cameron que Nicolas Sarkozy a rédigé une lettre commune au président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, pour proposer aux 25 autres pays de l'Union d'instaurer, au-dessus du ciel libyen, "une zone d'exclusion aérienne ou d'autres options pour empêcher les attaques aériennes". Et pour cause, tant la chancelière - chrétienne-démocrate - que son ministre des Affaires étrangères - libéral - sont opposés à une intervention armée dans la région. Au plus haut niveau à Berlin, on fait comprendre que décréter une zone d'exclusion aérienne ne consiste pas seulement à planter un panneau "No Fly zone" mais aussi à faire respecter cette exclusion, avec toute l'implication militaire que cela comporte.

"Il faut faire attention à ce qu'un pays n'essaie pas de compenser en Libye ce qu'il a raté auparavant dans la région..." remarque-t-on à Berlin à propos de l'activisme du président français sur le dossier libyen. La reconnaissance unilatérale par Paris, la semaine dernière, du "Conseil national intérimaire de transition" libyen, les opposants au colonel Kadhafi désormais retranchés à Benghazi, a surpris outre-Rhin, pour utiliser un euphémisme diplomatique. Guido Westerwelle a déclaré ne pas en avoir été informé préalablement. Et Berlin entend de toute façon réfléchir de façon approfondie avant de faire de même...

Français et Allemands se retrouvent ainsi à fronts renversés à vingt ans de distance : en 1991, c'est la reconnaissance prématurée par Bonn d'une Croatie indépendante qui avait fâché son partenaire français, en l'occurrence François Mitterrand s'irritant du cavalier seul du chancelier Kohl et de son ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher. Ironie du cas libyen, c'est l'Allemagne, plutôt atlantiste, qui reproche à Nicolas Sarkozy d'agir comme George Bush avec l'Irak et de chercher à mettre sur pied une "coalition of the willing" pour intervenir coûte que coûte militairement en Libye.

Certes, prise isolément, cette divergence de vue sur l'action à mener au Maghreb n'est pas dramatique pour la cohésion franco-allemande, même si elle repousse à toujours plus tard une véritable politique étrangère commune de l'Europe. Mais la divergence devient programme entre Français et Allemands sur les grands choix politiques.

Si Nicolas Sarkozy a pris à contre-pied Angela Merkel sur la Libye, cette dernière a pris sa revanche quelques jours plus tard en réagissant aux accidents dans les centrales nucléaires japonaises. Berlin a annoncé la fermeture de sept centrales nucléaires dans les prochains jours pour tenir compte des risques de sécurité apparus sur l'archipel asiatique. Dans le même temps, Paris soutient qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter des centrales françaises, dont certaines sont aussi anciennes que celles bientôt débranchées de l'autre côté du Rhin.

Enfin côté gouvernance économique de la zone euro, s'il y a lieu de se féliciter d'un accord des Dix-Sept, on ne peut que noter que, depuis son revirement l'an dernier - quand l'Allemagne a fini par acquiescer à l'idée d'un gouvernement économique européen -, Berlin n'a eu de cesse de remplir cette idée française de contenus allemands, à l'instar justement de la règle d'or du budget de l'Etat inventée outre-Rhin. Paris s'est contenté d'amender çà et là les propositions radicales allemandes. Un "Alleingang" (cavalier seul) que la France ne fait que regarder passer.

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