Le nuage de la dette assombrit le ciel

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Par Philippe Mabille Rédacteur en chef à La Tribune

Le FMI n'a pas brillé, avant la crise de 2008, par sa lucidité sur les dangers que faisait courir à la finance et donc l'économie mondiale l'extravagante bulle d'endettement des ménages américains, qui a explosé sous le terme désormais bien connu de « crise des crédits subprimes ». Un homme averti en valant deux, Dominique Strauss-Kahn, dans ses fonctions de directeur général du FMI, a tenté de prévenir une nouvelle crise, venant cette fois des dettes souveraines, en prônant un rééquilibrage de la croissance mondiale, en appelant les pays qui en avaient les moyens à la relance keynésienne pour soutenir ceux dont les finances publiques étaient fragilisées par la récession. Que n'a-t-il été écouté. Le même DSK a dit, en off, aux rédactions qu'il a rencontrées lors de son dernier passage à Paris, que sa principale préoccupation était de voir la vitesse avec laquelle les marchés financiers ont repris leur pouvoir sur le destin des nations. À trois jours de la réunion, à Deauville, du G8, où sont passées les belles déclarations d'il y a deux ans sur le primat de la politique sur la folie des marchés ? À Deauville, officiellement, on parlera du financement d'un New Deal pour les révolutions arabes du sud de la Méditerranée, on parlera de la gouvernance nucléaire mondiale après Fukushima. On parlera de tout, sauf de l'Europe, qui aurait pourtant besoin d'urgence d'un New Deal, quand on voit le nombre des manifestants qui monte en Grèce, au Portugal ou en Espagne. En menaçant de dégrader les notes de l'Italie et de la Belgique, les agences de notation ciblent désormais deux des six fondateurs de l'Union européenne. À l'image de l'éruption du Grimsvötn, en Islande, les nuages s'amoncellent sur la dette européenne, et pourraient répandre leurs cendres létales sur toutes les banques du Vieux Continent. La victoire des marchés sur la politique : ce testament de DSK, plus que comme un regret, résonne comme un aveu échec lourd de menaces.

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