Pour une nouvelle économie du "Nous"

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Par Sophie Péters, éditorialiste à La Tribune

Carla Bruni Sarkozy a donné lundi un concert privé pour le site de microcrédit solidaire Microworld. Une anecdote qui souligne l'intérêt soulevé par l'économie sociale et solidaire (ESS). Elle émerge aujourd'hui doucement mais sûrement. Et pourrait bien dans les années qui viennent imprimer un nouveau tournant à l'économie. Sorte de troisième voie entre le tout-marché et le tout-État, outil de changement, elle est à même de faciliter le passage d'un État providence vers une société du développement durable. Elle revendique l'existence d'un « Nous » impliquant une responsabilité sociale partagée des individus et des entreprises. Côté service public, elle fait de l'usager un moteur de changement et un gage d'efficacité des prestations offertes.

 

Mutuelles, coopératives, entreprises citoyennes, du microcrédit ou du commerce équitable, l'ESS rassemble une grande diversité d'initiatives économiques ne relevant ni du secteur public ni du champ capitaliste stricto sensu. Si elle regroupe une multitude de statuts très divers, l'ESS fait en revanche preuve d'une unité remarquable dans ses finalités et ses manières d'entreprendre. Toutes ses entreprises partagent une utilité sociale et une mise en oeuvre du projet économique fondé sur une gouvernance éthique. Le secteur pèserait déjà 7 à 8 % du PIB et 10 % des emplois salariés dont la caractéristique essentielle est souvent d'être à fort ancrage territorial et non délocalisable.

Mais il n'y a qu'en France qu'il soulève autant de questions. Car l'histoire de l'économie sociale et solidaire remonte chez nous au XIXe siècle et alimente depuis des débats théoriques autour du statut juridique à même de mieux la définir et la représenter. Pendant longtemps l'héritage des mouvements associatifs la résumait à des entreprises à but non lucratif. Aujourd'hui, au vu de la diversité des démarches entrepreneuriales existantes qui apparaissent de plus en plus complémentaires (RSE, entrepreneuriat social et ESS), elle devient un gage d'innovation sociale et s'impose comme un remède à la dégradation des finances publiques au travers de partenariats publics-privés. Elle séduit de surcroît massivement les Français : 81 % d'entre eux font deux fois plus confiance aux entreprises sociales pour faire évoluer la société dans le bon sens, selon un sondage CSA. Rien d'étonnant : la tendance rencontre les aspirations profondes des individus. De plus en plus de salariés ressentent le besoin d'aligner les règles sociales sur leurs règles personnelles. Ils ont le désir d'oeuvrer à acquérir une puissance d'action, et la volonté d'avoir du pouvoir sur le monde réel pour gagner leur liberté face à la réalité. C'est lorsque le travail est bien aligné sur les valeurs qu'il devient émancipateur.

 

La valeur ajoutée n'est plus dans l'organigramme et les produits ou les process mais dans ce que les gens font. Ce n'est pas le « comment être ensemble » (trop souvent capté par le management des grands groupes) mais le « comment faire ensemble » qu'apportent d'essentiellement nouveau et de façon très saine ces nouvelles organisations. C'est dire combien ces entrepreneurs du « troisième type » enthousiasment par leur attitude et leur engagement civique. Pour preuve, « La Tribune » décernera le 6 juin à six d'entre eux les Trophées de l'entreprise sociale. Mais les 120 candidats ont tous témoigné d'une nouvelle façon de concevoir l'activité et sa finalité, ni politique, ni utopique, ni idéologique, mais hyperpragmatique.

Une philosophie partagée outre-Manche au travers du projet de « big society » de Cameron : « Nous ne voulons pas être relégués sous l'étiquette de gens sympas qui se portent volontaires pour faire le bien. Nous faisons face à des défis bien concrets et nous voulons prouver que nous pouvons faire la différence », s'est insurgé Filippo Addarii, directeur exécutif du réseau britannique Euclid Network lors d'une conférence au Centre d'analyse stratégique. L'ESS doit encore apporter la preuve que la maximisation des profits ne peut plus être le seul horizon de marché. À ce titre, elle apparaît comme un nouveau paradigme du capitalisme propre à lui donner (enfin) un visage humain.

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a écrit le 03/06/2011 à 19:59 :
Peut-être le plus bel exemple à ce jour: Le succés à Ithaca, état de New York, d'une monnaie locale l'Ithaca hours qui a été inventée en 1991 par Paul GLOVER en alternative aux profits capitalistes. Il est possible de gagner et dépenser cette monnaie localement en échangeant des savoirs-faire et des services (les billets ici représentent des heures), même une banque s'est mise à convertir les dollars en Hours, sans que l'inverse ne puisse se faire bien sûr. C'est un mode alternatif qui s'est étendu depuis à d'autre villes et d'autres pays, dont la réussite est portée par la satisfaction des usagers, par l'éthique de reconnaître la valeur du travail, et enfin démanteler peu à peu le système capitaliste. Aprés contact avec Paul Glover, c'est un réseau qui ne cesse de grossir ses rangs dans tous les domaines d'échanges de services. Pour l'instant ne sont disponibles qu'en anglais vidéo et livres de soutien à la création d'une fédération semblable qui boude le capitalisme et priorise la survie du commerce de proximité sans intêret lucratif de part et d'autres, et qui ouvre son espace aux plus pauvres pour leurs compétences...
Suite de l'article de Audrey Philibert : http://ericlemiere.blogspot.com/

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