Détaxer les oeuvres d'art ?

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Par Philippe Mabille, rédacteur en chef à La Tribune

Le branle-bas de combat du gouvernement (Frédéric Mitterrand, puis François Fillon et, enfin, Nicolas Sarkozy qui a parlé de stupidité) pour empêcher un quarteron de députés de faire adopter l'élargissement de l'assiette de l'ISF aux oeuvres d'art, en dit long sur l'état de la majorité et la vacuité du débat fiscal à la française. À un an de la présidentielle, les députés de droite agitent le drapeau de la justice fiscale avec la mauvaise foi de ceux qui ont voté comme un seul homme le bouclier fiscal à 50 % des revenus. Erreur funeste qui a coloré le quinquennat de Nicolas Sarkozy d'une accusation de cadeau aux riches, que même sa suppression (programmée dans deux ans), assortie d'une réforme de l'ISF assez avantageuse, ne parvient pas à effacer. Quant au débat fiscal, quelle meilleure démonstration des travers de l'ISF, un impôt qui n'existe plus qu'en France, que cette détaxation des oeuvres d'art, surtout avec des taux de taxation désormais divisés par plus de trois... Comment justifier que l'héritier d'un appartement dans le Marais, à Paris, soit désavantagé par rapport à l'héritier d'un Picasso ou d'un Renoir ? Comment expliquer qu'un entrepreneur qui ne détient plus que 25 % du capital de son entreprise soit imposable à l'ISF, quand le rentier ou la rentière, dont les tableaux de maîtres et autres meubles anciens ne créent aucun emplois, en sont exonérés ? La gauche n'ayant sur ce sujet pas de leçon de vertu à donner, le problème n'est pas près d'être résolu. Certes, le sujet de la fiscalité des « riches » passionne la France, mais ce n'est pas une raison pour verser dans la démagogie. Car, raisonnons par l'absurde, s'il est jugé si vital de préserver voire de dynamiser le marché de l'art parisien, alors allons jusqu'au bout et adoptons une fiscalité plus avantageuse que dans les autres pays. Il n'est hélas pas sûr que cela suffise pour ramener à Paris un marché de l'art déjà parti sous d'autres cieux. Aujourd'hui, les vrais collectionneurs sont dans les pays émergents, et les vieux pays comme le nôtre ne font que préserver les apparences de leur gloire passée. 

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