La déprime autoréalisatrice

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Par François Roche, conseiller éditorial à La Tribune

À force de craindre la récession, les marchés vont finir par la provoquer. Pourquoi cette accumulation de « jeudis noirs » ? Les analystes et les investisseurs qui forment ce que l'on nomme par commodités les « marchés » ne sont pas tous les aventuriers que l'on croit. Ils aiment que le monde tourne rond, que les gouvernements gouvernent, que les entreprises fassent des profits, que l'ordre des choses soit stabilisé, afin que leurs anticipations soient gagnantes-gagnantes, quel que soit le sens de la tendance. Or le paysage qui s'offre à leurs yeux depuis des mois est ravagé. L'Union européenne est au bord de la désintégration politique sous l'influence des « merkelettes » (les pays qui soutiennent la chancelière comme les Pays-Bas ou l'Autriche) se drapant dans l'orthodoxie budgétaire, ce qui rend extrêmement difficile la mise en place du plan de soutien à la Grèce. Barack Obama a dû frôler le défaut des États-Unis pour arracher un accord du Congrès sur le relèvement du plafond de la dette fédérale, avec à la clé une perte de sa notation triple A. Les indices économiques américains et européens se traînent dans les profondeurs des classements mondiaux. Pour couronner le tout, les rumeurs se concentrent sur les banques et finissent par jeter le doute sur leur solidité et la véracité de leurs comptes. Il est vrai qu'ils sont tellement complexes que personne ne peut jurer que toutes les rumeurs sont fausses... On a rarement vu une telle conjonction de planètes autour des marchés d'actions et de « commodities ». Ils sont porteurs de trop de risques potentiels sans rien en face pour les contrebalancer. Pour qu'ils se reprennent, il faudra de bons chiffres sur la conjoncture économique et la conviction que la crise de la dette est sérieusement prise en main, à Bruxelles et à Washington. Pour l'heure, ils n'ont ni l'un ni l'autre... donc, ils dépriment. Mais comme l'écrivait Pline le Jeune, « la prospérité montre les heureux, l'adversité révèle les grands »...

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