Les banques doivent passer par la recapitalisation

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Le temps n'est plus aux demi-mesures. Il est à l'anticipation de défauts sur la dette souveraine. Dès lors, deux questions se posent : comment imposer aux banques une recapitalisation et comment y procéder ?

Le 3e anniversaire de la faillite de Lehman Brothers s'approche et, loin de s'éteindre, la crise financière entame de nouvelles prolongations. Dans la douleur, le désendettement n'en finit pas et impose des transgressions qui n'en sont qu'à leurs débuts. Irrésistiblement, la Grèce se dirige vers un défaut, impliquant un changement de la stratégie européenne dont les prémices s'annoncent. Il n'est plus question de faire avaler par les États l'intégralité de la bulle financière, au prétexte qu'ils sont trop dispendieux ; il s'avère nécessaire d'en partager le fardeau avec les établissements financiers, d'une manière bien plus ample qu'adoptée par le sommet du 21 juillet dernier.

Un renforcement préalable des capitaux propres du système bancaire s'impose alors, en dépit des farouches dénégations et refus. Il n'est plus d'actualité de tergiverser à la manière des derniers « stress tests » écartant de l'analyse l'essentiel : l'exposition des banques à la dette publique. D'ignorer l'enchevêtrement entre dette publique et privée, qui fait du système financier un château de cartes. Il devient nécessaire de reconnaître que ce renforcement est primordial, c'est tout le sens de l'intervention de Jackson Hole de la directrice générale du FMI.

Le pari qui a été tenté est perdu. Il était prévu de donner aux banques le temps de se refaire, afin qu'elles puissent ensuite contribuer à la relance de l'économie. Il fallait pour cela que le marché obligataire soit moins sollicité par les États pour que les banques puissent y faire largement appel. D'où la pression maximale mise sur les États pour qu'ils lèvent dans l'urgence le pied sur le déficit.

Mais cette stratégie a failli. Le temps n'est plus aux demi-mesures et aux montages financiers péniblement négociés tentant de la conforter ; il est à l'anticipation de défauts sur la dette souveraine. Présentée ingénument comme une alternative, l'hypothèse d'une mutualisation de cette dette via l'émission d'euro-obligations est dépassée alors même qu'elle continue d'être repoussée au sommet. Certes, la dette pourrait être « roulée » plus aisément, mais la faiblesse durable de la croissance économique ne permettrait toujours pas de la résorber.

Il n'est plus fait confiance au système bancaire européen, comme il vient d'en être signifié sans ambiguïté sur les marchés boursiers. Non seulement en raison de l'épreuve qui l'attend au détour de la crise de la dette publique, mais aussi à cause de ses difficultés financières propres : nécessité de respecter la réglementation de Bâle III - même étalée dans le temps - et de refinancer ses gigantesques besoins de fonds de roulement. Et sans oublier, ainsi que vient de le révéler l'IASB (International Accounting Standards Board), les décotes complaisantes et a minima de la dette grecque effectuées par certains grands établissements - classés comme « les plus solides du monde » - par ceux qui prétendent s'en tenir au déni.

Deux questions restent entières : comment imposer aux banques, Christine Lagarde employant le terme « mandatory » (obligatoire), le renforcement de leurs fonds propres et comment y pourvoir ? Avec l'European Banking Authority (EBA), elle suggère d'accorder aux banques la garantie du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Mais il y a loin de la coupe aux lèvres et les temps à venir vont être mouvementés, comme en témoigne la fraîche réaction à ses propos. Une seconde reconsidération est en cours. Il est dorénavant question de procéder moins abruptement au désendettement et de favoriser dans l'immédiat la relance. Le danger d'une récession mondiale prime sur tout autre, est-il reconnu des deux côtés de l'Atlantique. Il faut conjuguer des mesures de relance - sommairement identifiées - tout en maintenant la perspective de réformes structurelles visant à diminuer les déficits et réduire la dette. Le mode d'emploi n'est pas joint, l'embouteillage sur le marché obligataire et ses conséquences garanti.

La crise de la dette est globale. Le jeu de la patate chaude consistant à la refiler aux États est terminé. Trop grosse pour être résorbée, il va falloir la restructurer, la voie de l'inflation étant proscrite. Toujours pas réalisées, la restructuration du système financier et la réduction de la masse des capitaux sans attache avec « l'économie réelle » reviennent au premier plan. Seule chance pour que l'économie puisse repartir sur des bases saines, vu leurs effets délétères.

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a écrit le 11/09/2011 à 15:41 :
Erreurs ! Puisque les problèmes ont leur source dans l'insécurité des obligations d'Etat, ce sont les Etats qu'il faut recapitaliser, en éliminant leurs déficits et dettes, et en recourant à l'impôt général. Ne laissons pas les bolchevicks écrire n'importe quoi !
a écrit le 02/09/2011 à 14:28 :
Excellente analyse, dont il ressort encore une fois que la cupidité associé à l'irresponsabilité à la fois des établissements financiers et des politiques sont les causes réelles du marasme actuel.

Pas les entreprises ni les particuliers...

Dont acte.
a écrit le 01/09/2011 à 23:59 :
C'était pourtant prévisible: en finançant la liquidité on a aggrave l'insolvabilité des banques . Si le ratio de fond propres avant 2005 était souhaité a 1:12 il est au delà de 1:50 maintenant. Les fonds engagé ont été perdus en jouant sur le mauvais côte du ratio, pourtant on savait depuis 2008 que c'etait une crise de solvabilité et pas de liquidités :Un câble diplomatique américain, mettant en scène Mervyn King, le président de la Banque d?Angleterre, Robert Kimmitt, alors Sous-Secrétaire au Trésor américain et Robert Tuttle, l?Ambassadeur des États-Unis en Grande-Bretagne, a récemment été divulgué par Wilkileaks. Il montre ces acteurs s?accordant le 17 mars 2008 sur un diagnostic de la crise selon lequel elle a cessé dès l?été 2007 d?être une crise de liquidité pour devenir une crise d?insolvabilité généralisée du secteur bancaire. Bien que ce diagnostic ait été largement partagé par les commentateurs de la presse financière à l?époque, ce sera cependant le diagnostic inverse que ces acteurs choisiront de présenter à l?opinion, position dont ils ne se départiront jamais
Réponse de le 02/09/2011 à 14:36 :
Tout à fait
a écrit le 01/09/2011 à 18:09 :
Enfin une analyse correcte de la situation !
a écrit le 01/09/2011 à 16:20 :
Excellente analyse. La Tribune commence à présenter la situation telle qu'elle est et c'est une bonne chose.

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