La guerre froide est bien finie

 |   |  342  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters
Par Robert Jules, rédacteur en chef du service Économie à La Tribune

L'accord signé mardi entre la compagnie d'État russe Rosneft et la major américaine ExxonMobil est symbolique à plus d'un titre. Au-delà du strict aspect pétrolier de l'opération, qui reste évidemment la motivation de l'entente, ce deal illustre l'évolution des positions des deux camps issus de la guerre froide. Il y a en effet dix ans, au lendemain des attentats terroristes du 11 septembre 2001 à New York, Washington et Moscou célébraient une « grande alliance » pour lutter contre le terrorisme international islamiste. Et le président de l'époque, Vladimir Poutine, critiqué pour la répression de la résistance islamiste en Tchétchénie, se disait prêt à livrer du brut à l'Oncle Sam pour compenser en cas de besoin l'or noir de l'Arabie Saoudite. Mais cet axe russo-américain avait fait long feu. La volonté unilatérale du président Bush de renverser les régimes en Iran, en Irak et en Afghanistan, « l'axe du mal », n'avait pas été du goût de la Russie qui voyait ses intérêts dans ces pays remis en cause. Les relations s'étaient aussi envenimées après l'arrestation en 2003 par les autorités russes de Mikhaïl Khodorkovski, patron alors de Yukos, première compagnie pétrolière privée du pays. Le Kremlin n'acceptait pas que l'oligarque soit prêt à céder le capital de Yukos à des intérêts étrangers, notamment la compagnie américaine... ExxonMobil. Car l'énergie reste plus que jamais un domaine réservé pour les autorités russes. C'est en effet grâce à son pétrole et à son gaz que le pays peut continuer à jouer les premiers rôles tant économique que diplomatique sur la scène internationale et assurer son développement. Et les États-Unis le reconnaissent implicitement en acceptant que demain une compagnie publique russe, Rosneft, qui s'est bâtie sur les ruines de Yukos, puisse venir extraire du pétrole du sol américain. La guerre froide est bien finie, et ironie de l'histoire, grâce à une « petite alliance » entre entreprises.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :