La crise n'exclut pas la solidarité

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L'urgence d'un redressement des comptes publics ne signifie pas le report sine die d'indispensables réformes sociales, telles que la prise en charge de la dépendance. Mais il faut savoir inventer de nouveaux modèles, remettre en cause, par exemple, les coûteuses hospitalisations de longue durée des personnes âgées.

Le parlement vient de se prononcer sur le plan d'urgence destiné à mettre notre pays à l'abri de la crise des dettes souveraines. Notre pays comme d'autres est malade de ses finances publiques. Dans le sillage des annonces du Premier ministre du 24 août, nombreux ont anticipé l'abandon des chantiers sociaux du gouvernement, en commençant par la réforme de la dépendance.

Devant cette résignation à peine voilée, je veux l'affirmer : les difficultés financières n'autorisent pas à suspendre notre effort de solidarité à l'égard des plus fragiles d'entre nous. C'est dans les temps difficiles qu'il doit s'exprimer avec force. Ce n'est que rassemblée que la France puisera en elle la capacité de surmonter les défis contemporains. Dès 2009, le gouvernement a contré les conséquences sociales de la crise par une série de mesures d'urgence à destination des plus modestes. Les chiffres de l'Insee en attestent : elles ont permis de réduire de près de moitié la progression du taux de pauvreté, due au chômage, la limitant à + 0,5 point au lieu de + 0,9 sans elles.

Malgré l'irruption de la crise, nos politiques sociales ont bénéficié d'un effort sans précédent. Plus de 800.000 personnes ont bénéficié de l'augmentation de 25% de l'allocation aux adultes handicapés (AAH) sur cinq ans. Les efforts financiers en direction des établissements et services pour personnes âgées se sont accrus de 75% entre 2006 et 2011, soit près de 4 milliards d'euros supplémentaires. Enfin, les mesures d'urgence épargnent le pouvoir d'achat des ménages. Est-ce à dire que notre pays peut se dispenser de s'interroger sur l'efficacité et la soutenabilité de ses politiques sociales ? Je ne le crois pas. Si les mesures du plan en rééquilibrant nos finances publiques par de nouvelles recettes préservent les dépenses sociales, l'honnêteté nous impose de dire que la France ne pourra continuer à les augmenter éternellement. Et pourtant, les problèmes sociaux sont à l'évidence loin d'être tous résolus. À l'approche de l'hiver, nous serons confrontés aux mêmes images chocs de personnes à la rue, qui nous révoltent tant et donnent envie à tous les responsables politiques de s'engager sur un objectif de "zéro SDF". Les évolutions sociales et démographiques nous imposent d'adapter notre modèle social. C'est le vieillissement, c'est la solitude, c'est la maladie chronique qui posent des défis nouveaux à nos dispositifs de solidarité. Tout nous interdit l'immobilisme et le conservatisme qui conduiraient à la décroissance sociale.

Il nous faut donc retrouver les marges de manoeuvre d'une politique sociale ambitieuse. Le chantier de la dépendance, voulu par le président de la République et confié à Roselyne Bachelot et à moi-même, constitue un terrain privilégié de ce volontarisme. Focalisés sur les enjeux financiers de court terme, d'aucuns ont vu dans l'annonce d'un report des décisions budgétaires un abandon de la réforme. Or, pour permettre à notre pays de faire face au pic du vieillissement de 2025, l'enjeu de la dépendance impose mieux qu'un renflouement du système actuel. Non seulement il est onéreux - pour les familles et les finances publiques - mais il ne répond pas aux attentes des Français. Nos concitoyens veulent du lien social et des choix là où nous répondons surtout en termes sanitaires.

Aujourd'hui, l'hôpital est l'un des symptômes de l'inadaptation de notre modèle : trop de personnes âgées sont hospitalisées, et trop longtemps. C'est un gâchis humain intolérable car un séjour hospitalier prolongé précipite souvent la personne âgée dans la dépendance. C'est également une gabegie financière lorsque l'on connaît le coût de ces séjours par rapport aux solutions alternatives. Le Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance-maladie a chiffré à plus de 2 milliards d'euros ces marges financières, soit l'économie de 3 millions de journées d'hôpital pour un coût moyen journalier de 700 euros. N'est-il pas essentiel de le réformer pour réallouer les économies dégagées au financement des réponses attendues ? Certes, cela ne se fera ni en deux jours ni en deux ans. Sans doute faudra-t-il accompagner financièrement la période transitoire. Mais pour être prêts au moment où les tensions démographiques seront à leur comble, il nous faut installer dès aujourd'hui l'organisation institutionnelle qui pilotera le changement. Telle est l'ambition de la 5e protection. Une démarche identique de réforme sociale devra être appliquée partout où nous ne progressons plus malgré les moyens engagés, partout où nous nous heurtons à la limite de nos logiques d'intervention.

L'heure n'est pas à la résignation. Pour peu que nous sachions faire preuve d'audace et d'imagination, la contrainte de nos finances publiques aura eu au moins le mérite de nous conduire à réinterroger la pertinence de nos manières d'agir et de dépenses et d'ouvrir la voie d'une meilleure efficacité sociale.

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Commentaires
a écrit le 19/09/2011 à 12:14 :
C est toujours amusant quand on parle de solidarite mais quand en fait il s agit de defendre ses petits interets (ici ne pas toucher au magot de pepe, l etat doit payer et surtout pas recuperer sur la succession)
Il y aura de plus en plus de personnes dependantes en France. Est ce que c est vraiment le moment d accroitre les impots sur les jeunes generations pour sauver l heritage de pepe ?
N y a t il pas plus urgent a faire ?

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