Trente jours pour changer d'Europe

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Par Jacques Rosselin, directeur de la rédaction de La Tribune.

L'Europe est en train de changer. La crise financière actuelle aura eu le mérite de révéler les faiblesses du logiciel et l'aura fait avancer au moins aussi vite ces derniers mois que dans les années 1980 et au début des années 1990 sous l'impulsion de la troïka de l'époque, Mitterrand, Kohl et Delors. Un à un, les dogmes fondateurs de Maastricht ont explosé. L'euro n'est plus sacro-saint. Il est désormais permis d'envisager d'en sortir, temporairement ou définitivement. La Banque centrale européenne l'a certes soutenu tout en bridant l'inflation. Mais Jean-Claude Trichet n'a pas hésité à s'affranchir de l'orthodoxie en rachetant des milliards de dettes souveraines d'Etats en difficulté. Pire, demain son indépendance pourrait être remise en question.

On évoque en effet depuis plusieurs mois la création d'une structure européenne de gouvernance économique. Notre président, Herman Van Rompuy, est à la manoeuvre sur ce dossier, poussé du côté français, et devrait faire des propositions lors du prochain sommet européen dans deux semaines. Pendant ce temps, la Commission de José Manuel Barroso, jadis emblème de l'idéal fédéraliste, brille par son absence dans cette crise. Les décisions se prennent sans elle, même si Barroso tente de reprendre la main en s'appropriant le dossier des eurobonds ou encore celui de la transformation du FESF en Fonds monétaire européen. L'hypothèse d'un nouveau traité, d'une fédération d'États-nations ou celle d'une Europe à deux ou trois vitesses sont sérieusement évoquées, même par les plus "européistes".

L'intergouvernementalité est de retour. Les chefs d'Etat sont directement aux manettes du vaisseau européen avec, à leur tête, le tandem fondateur franco-allemand. Hélas, celui-ci fonctionne mal, on l'a vu ces derniers mois. Sa vision est tantôt communicante, tantôt comptable, rarement historique. L'opportunité de réinventer l'Europe est pourtant là. C'est même une ardente obligation, si l'on veut éviter que le G20 de novembre soit celui du désastre.

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