Fonderie du Poitou : la responsabilité en question

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Le conflit à la FDPA est un cas d'école sur la chaîne de responsabilité. La situation de l'entreprise doit-elle être mise sur le dos de patrons "voyous" ? Ou est-elle la conséquence de logiques économiques implacables où la responsabilité n'est pas finalement celle que l'on croit ?

La cause paraît entendue : des patrons qui cherchent, avec chantage au licenciement à la clé, à imposer à des ouvriers une amputation de près d'un quart de leur revenu sont des "voyous". La grève menée par la quasi-totalité des 480 salariés de la Fonderie du Poitou Aluminium (FDPA) à Ingrandes, qui produit des culasses automobiles, pour protester contre ce plan annoncé à la veille des vacances par leur maison mère, le groupe Montupet, bénéficie d'ailleurs d'un large soutien des élus de la région, de gauche comme de droite, de Ségolène Royal à Jean-Pierre Raffarin.

On a cependant envie de savoir qui sont les responsables qui se cachent derrière pareille décision. La direction de Montupet se montre des plus discrètes ; elle s'est seulement fendue d'un laconique communiqué justifiant la nécessité du plan par les coûts de production du site qui ne permettraient plus d'obtenir de nouvelles commandes. Le directeur de l'usine a ensuite déclaré à la presse qu'il faudrait réduire l'ensemble des coûts de 15% à 20% pour se rapprocher des deux autres sites français du groupe.

Les grévistes dénoncent la logique purement financière d'un groupe qui a fait 6,7 millions de bénéfices en 2010 et distribué 1,3 million de dividendes, et d'un PDG qui s'est octroyé une rémunération de près de 1 million brut. Montupet, qui aurait racheté l'usine pour seulement 800.000 euros fin 2009, se serait contenté de s'emparer des procédés de fabrication et du carnet de commandes, tout en prélevant au passage 2,5 millions d'euros de frais de gestion. Ce faisant, ils embellissent un peu la situation. Les bénéfices de 2010 font suite à des pertes de 16,2 millions en 2009. La société n'avait pas distribué de dividendes pendant deux ans et le cours de l'action est au tapis. Quant au salaire du PDG, il paraît effectivement élevé pour un groupe de cette taille. Il pourrait sans dommage faire le geste symbolique de l'amputer d'un quart...

A-t-on affaire à des financiers qui se paient sur la bête dans une logique de court terme ? Pas vraiment, Montupet est au contraire un modèle de stabilité. Fondée en 1894 dans l'Oise, l'entreprise a ensuite intégré le groupe Pechiney qui en a cédé le contrôle dans les années 1980 à ses cadres dirigeants dans le cadre d'un LBO. Deux de ses ingénieurs, centraliens, sont encore en place aujourd'hui. Ils sont restés, avec un tiers du capital, les principaux actionnaires. Malgré l'absence d'augmentation du capital, ils ont réussi à développer la production à l'étranger tout en préservant l'emploi industriel en France. L'équilibre n'est-il pas cependant rompu depuis 2007, avec 53 millions d'euros d'investissement mobilisés dans une nouvelle usine de culasses en Bulgarie, même s'ils ont renoncé à l'implantation d'une fonderie en Chine destinée à fournir l'usine locale de PSA, en y perdant au passage 8,7 millions d'euros ?

Dans ce contexte, on comprend mal la reprise de la FDPA par Montupet en 2009. Cette usine, implantée par Renault en 1981, était passée en 1999 entre les mains du groupe Fiat. En 2003, elle est divisée en deux après que Fiat a gardé les activités fonte et cédé les activités aluminium à des fonds d'investissement américains. En 2007, celles-ci sont rachetées par la société allemande de participations Bavaria, qui revend quelques mois plus tard la fonderie de Cléon (Seine-Maritime) à son ancien propriétaire Renault, mais garde la FDPA. Avec la crise de l'automobile, le chiffre d'affaires s'effondre et Bavaria s'en débarrasse à bas prix. On voit la bonne affaire, mais Montupet avait-il vraiment besoin de renforcer sa capacité de production de culasses ? L'objectif n'était-il pas surtout d'éviter que cette usine ne tombe entre les mains d'un concurrent ? Le groupe a-t-il les moyens, après la Bulgarie, de réaliser les investissements qu'imposent les nouvelles normes antipollution ?

On peut blâmer les dirigeants de Montupet pour leurs erreurs, mais ne sont-ils pas que des pions dans une chaîne qui leur échappe ? Les vraies responsabilités ne reposent-elles pas sur Renault, qui, plus de dix ans après son désengagement, assure encore 85 % des commandes de la FDPA ? C'est bien le groupe automobile qui va décider de l'avenir de la FDPA en maintenant ou non ses commandes. Il a justifié la reprise en 2008 de la gestion de la fonderie de Cléon par la nécessité de sécuriser la qualité et les délais d'approvisionnement de ses usines en carters de boîtes de vitesses. Cela ne vaut-il pas pour les culasses ?

Puisque l'Etat libéral à la Sarkozy estime nécessaire de conserver 15% du capital de l'ancienne Régie, qu'il s'en serve pour lui imposer une solution qui respecte au moins le pouvoir d'achat des ouvriers, à défaut de l'augmenter.

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Commentaires
a écrit le 08/10/2011 à 7:25 :
Bon article, qui montre le vrai responsable dans cette affaire.
Montupet est coincé entre les prix d'achat des culasses, imposés par Renault, et les salaires de FDPA (anciennement fixés par Renault).

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