« Investir dans les énergies renouvelables, c'est le sens de l'histoire » (H. Ouriagli, PDG de la SNI)

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Hassan Ouriagli, Société nationale d'investissement (SNI).
Hassan Ouriagli, Société nationale d'investissement (SNI). (Crédits : DR)
Nommé en octobre 2014 à la tête de la Société nationale d'investissement (SNI), Hassan Ouriagli s'est attaché à mettre en œuvre le nouveau cap fixé par Mounir El Majidi, président de la holding royale Siger, majoritaire à la SNI : faire de celle-ci un fonds d'investissement panafricain accélérateur du développement. Deux ans après sa prise de fonction, en exclusivité pour La Tribune, Hassan Ouriagli dresse un tour d'horizon des activités de la compagnie.

LA TRIBUNE - Il y a quelques jours à peine, le discours de Dakar de SM Mohammed VI a réaffirmé la vision panafricaine du Roi. En quoi la SNI contribue-y-elle au rayonnement économique du Maroc en Afrique ? Quels sont vos secteurs d'activité privilégiés ?

HASSAN OURIAGLI - Rappelons tout d'abord que la SNI est un fonds d'investissement long terme à capitaux privés et à vocation panafricaine. Nos principaux domaines d'investissement sont les services financiers, l'industrie cimentière, la distribution, l'énergie, les mines, les télécoms et l'immobilier. Nous visons à investir en priorité dans des projets de taille importante, créateurs  de  valeur et  catalyseurs  de progrès au niveau local, voire  régional. Nous avons eu, par exemple, un rôle pionnier au Maroc dans les énergies renouvelables, très capitalistiques, à une époque  où cela n'était pas encore à la mode. Nareva, notre filiale Énergie, est  à présent  leader  dans  l'éolien, non seulement au Maroc mais  sur l'ensemble  du  continent.

La SNI, à l'instar d'autres grandes entreprises marocaines, participe activement au rayonnement du Maroc en Afrique. Hors du Maroc, nous opérons dans cinq métiers : la banque, l'assurance, la distribution spécialisée , les mines et plus récemment le ciment. Nous avons une présence dans une vingtaine de pays avec, souvent, des positions de leadership. Ainsi, Attijariwafa Bank a construit, en moins de quinze ans, le premier réseau bancaire en Afrique francophone. Notre coentreprise africaine avec le groupe LafargeHolcim est le leader du ciment en Côte d'Ivoire et au Cameroun. Optorg est leader de la distribution d'équipements industriels en Afrique Centrale.

Quels sont vos objectifs, concrètement ?

Notre ambition future est, d'une part de renforcer et de développer les cinq participations de la SNI opérant actuellement en Afrique, dans les pays à potentiel du continent, y compris les pays anglophones, et d'autre part d'y investir dans de nouveaux métiers, notamment l'énergie et l'hôtellerie. À titre d'exemple, nous étudions actuellement plusieurs dossiers  en vue d'accélérer notre développement en Afrique  dans l'exploitation aurifère. L'or est un axe de développement  stratégique pour Managem. L'investissement récent de Managem dans le gisement de Tri-K, en Guinée Conakry, répond à cette logique et sera suivi par d'autres investissements similaires en Afrique de l'Ouest, avec pour objectif d'atteindre en 2020 une production annuelle de 250 000 onces par an. Wafa Assurance, déjà présente en Côte d'Ivoire, au Cameroun, au Sénégal et en Tunisie, recherche également des opportunités pour accélérer son développement africain.

Et plus précisément en Afrique de l'Est anglophone, maintenant que la vison panafricaine du Roi s'affirme de plus en plus ?

Les tournées de Sa Majesté sont des occasions exceptionnelles pour les opérateurs économiques marocains de nouer des contacts de haut niveau dans les pays visités. Cela permet d'identifier rapidement les opportunités prometteuses et d'accélérer le cycle d'investissement.

À l'occasion de la dernière tournée royale en Afrique de l'Est, Attijariwafa Bank a procédé à la signature d'un protocole d'accord en vue de l'acquisition de la Cogebank au Rwanda. D'autres opportunités d'investissement sont actuellement à l'étude dans d'autres secteurs porteurs. La SNI est un investisseur reconnu et respecté en Afrique, car nous avons une vision à moyen-long terme et nous tenons nos engagements.

Où en êtes-vous du déploiement de votre nouvelle stratégie ?

Après une phase de désendettement ayant permis de reconstituer notre capacité d'investissement, la SNI a réalisé plusieurs investissements stratégiques au cours des deux dernières années. Leur objectif était de renforcer notre allocation de capitaux dans les services financiers, le ciment et l'énergie. Nous avons la conviction que ces secteurs devraient  s'apprécier  très  significativement  sur  le moyen terme, notamment en Afrique subsaharienne, portées par les besoins considérables  en infrastructures du continent, aussi bien énergétiques que génie civil, et par l'émergence d'une véritable classe moyenne.

Les opérations réalisées en ce sens sont l'opération de rapprochement entre Lafarge Ciments et Holcim Maroc avec la création d'un véhicule commun d'investissement avec LafargeHolcim en Afrique francophone, l'acquisition de Barclays Egypt par Attijariwafa Bank et le renforcement de la SNI dans Wafa Assurance.

Nous avons également gagné un appel d'offres important, avec nos partenaires Enel Green Power et Siemens, pour un grand projet éolien de 850 MW et qui prévoit un investissement conséquent de 1 milliard d'euros environ. Enfin, la SNI a conclu un  partenariat majeur avec le groupe Engie, numéro 1 mondial de l'énergie, pour investir ensemble dans les énergies propres en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne. Notre objectif commun est le développement d'un portefeuille d'actifs de 5 000 à 6 000 MW entre 2017 et 2025, soit la production nécessaire  pour  alimenter plus de 10 millions de familles africaines.

L'autre volet important de notre stratégie consiste dans le redressement des participations du portefeuille traversant un cycle difficile. Les efforts déployés en ce sens commencent à donner des résultats très encourageants.

À l'heure où nous échangeons, l'actualité est dominée par la COP22, qui se déroule à Marrakech jusqu'au 18 novembre. En quelle manière y participez-vous ?

SNI est un acteur responsable déployant les plus hauts standards en matière de responsabilité sociétale et environnementale. C'est un élément de notre ADN que nous avons le plaisir de partager lors de la COP22 avec des initiatives menées par plusieurs de nos participations, notamment Attijariwafa Bank, Managem et Nareva. Par exemple, Managem a mis au point un procédé original permettant de récupérer les métaux (or, platine, cuivre, etc.) à partir des déchets électroniques (téléphones et ordinateurs usages). En encourageant la récupération, nous pouvons économiser de l'énergie et donc éviter des rejets dans l'atmosphère. Managem réfléchit maintenant à passer à l'étape industrielle.

Nareva, en association avec nos partenaires d'Engie, organise une table ronde consacrée à une réflexion sur le thème du prix carbone, outil essentiel en vue d'accélérer la transition vers une économie "bas Carbone" à travers l'efficacité énergétique et l'utilisation des énergies renouvelables. Enfin, Attijariwafa Bank est très active dans le financement des énergies renouvelables en Afrique et ambitionne de devenir un acteur important du marché marocain naissant des green bonds.

Plus largement, quelle est votre implication dans la montée en puissance de l'économie verte et des énergies renouvelables au Maroc ?

SNI a créé, il y a une dizaine d'années, la société Nareva, devenue  depuis un acteur important de la transition énergétique au Maroc. En effet, Nareva a été un acteur pionnier dans le développement de l'énergie éolienne, notamment dans le cadre de la réforme du secteur énergétique marocain intervenue en 2009 (loi 13-09), qui permet à des opérateurs privés de produire de l'énergie  renouvelable et de la vendre à des industriels. Nareva a aussi développé, en partenariat avec Engie, le plus grand parc éolien d'Afrique, le parc de Tarfaya de 300 MW, soit la puissance nécessaire pour alimenter une ville comme Marrakech.

Plus récemment, Nareva a atteint un record mondial dans le cadre du projet éolien de 850 MW avec un tarif de 30 euros le MWH, soit un tarif nettement plus compétitif que le charbon.  Ce qui nous rend très optimistes sur l'avenir des énergies renouvelables. Ce record mondial a permis à Nareva de gagner en visibilité et en reconnaissance sur le plan international. À l'avenir, Nareva ambitionne de continuer à investir dans les énergies renouvelables,  aussi bien au Maroc  que  dans le reste de l'Afrique, car nous sommes tous convaincus que c'est le sens de l'histoire.

Propos recueillis par Alfred MIGNOT

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Commentaires
a écrit le 17/11/2016 à 12:50 :
Grâce au trois modèles de mon amplificateur de puissance mécanique une seule éolienne suffit pour produire des gegawatts électriques.
Voir patentscoupe wipo n° WO/2013/051917A1. Voir les documents pdf 14 pages daté le 05/04/2014 et les documents pdf 2pages daté le 29/04/2014.
a écrit le 16/11/2016 à 19:27 :
C EST VRAIS QU IL Y A UN AVENIR DANS LES NOUVELLES ENERGIES MAIS IL Y A PLUS A INVESTIR DANS DU CAPITAL HUMAINS? EN AIDENT LES AFRICAINS A S ELECTRIFIE ? IL A UN AUTRE MARCHE IMMENSE INEXPLOITE QUI SOUVRE POUR DES PRODUITS QU IL NE TARDERONS PAS A VOULOIR ACHETEZ???

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