Quelle formation professionnelle pour lutter contre le chômage des jeunes en EuroMed ?

 |   |  1215  mots
Le Professeur Jean-Louis Reiffers, Président du Comité Scientifique de l'Institut de la Méditerranée (Marseille).
Le Professeur Jean-Louis Reiffers, Président du Comité Scientifique de l'Institut de la Méditerranée (Marseille). (Crédits : Alfred Mignot)
Au Maghreb, comme dans de nombreux pays européens, particulièrement du Sud, le chômage des jeunes est trois fois plus élevé que pour les adultes et un jeune sur trois est un « travailleur pauvre ». Paradoxalement, les jeunes diplômés sont plus touchés que les autres par ce fléau, renforçant ainsi le constat qu'en son état actuel la formation ne délivre plus les compétences requises par les entreprises. Un projet, à l'initiative de la Présidence luxembourgeoise de l'UE, et instruit par l'Institut de la Méditerranée avec le soutien du CMI, vise à promouvoir la formation professionnelle, afin de contribuer endiguer le chômage de la jeunesse. Par le Professeur Jean-Louis Reiffers, Président du Comité Scientifique de l'Institut de la Méditerranée (Marseille).

Le bilan mitigé du libre-échange Nord-Sud

Au moment de l'installation du processus de Barcelone destiné à consolider une zone de paix et de prospérité partagée entre les deux rives de la Méditerranée et plus précisément entre le pays européens et les pays méditerranéens, l'on pensait qu'en allant vers une zone de libre- échange et un transfert financier relativement modeste l'intégration de cette grande région allait se développer naturellement. Il n'est pas dans mon intention d'insister ici sur le fait qu'il s'agissait d'un libre-échange asymétrique car dans la politique antérieure aux années 1990 les pays méditerranéens avaient déjà un accès libre au marché européen pour les produits industriels, que, plus tard, les pays européens ont fait peu d'efforts d'ouverture sur les produits agricoles, ont ajouter de nombreuses normes techniques et sanitaires pour permettre l'accès à leur marché, ce qui, finalement, s'est traduit par une considérable aggravation des déficits commerciaux des pays du Sud de la Méditerranée.

Dans ce contexte, certains éléments favorables se sont cependant clairement manifestés : une augmentation de un point et demi de la croissance du PIB en moyenne, le développement d'investissements directs étrangers portant sur des produits de moyenne gamme, et au total relativement peu créateurs d'emplois, le développement de certains produits d'exportation, de services, en particulier du tourisme etc... À cela s'ajoutent des efforts parcellaires pour favoriser la mobilité, les échanges scientifiques, les coopérations entre sociétés civiles sur différents sujets. Faute de pouvoir penser et impulser une nouvelle dynamique fondée sur une vision, la tendance, a été à la multiplication de petites opérations destinées à entretenir les braises du feu méditerranéen sans autre ambition.

Un taux de participation des jeunes à la population active le plus bas au monde

Le constat que l'on doit faire, est que tout ceci n'a pas éloigné une considérable menace qui pèse aujourd'hui sur les pays du sud méditerranéen : un chômage des jeunes considérable dans un contexte où la part des jeunes de 15-24 ans dans la population active (le taux de participation à la population active) est le plus bas du monde et où le taux de chômage de ces mêmes jeunes est un des plus élevés.

Il en résulte qu'au Maghreb, notamment, le chômage des jeunes est trois fois plus élevé que pour les adultes et que un jeune sur trois est un « travailleur pauvre ». Paradoxalement, les jeunes diplômés sont plus touchés que les autres par ce fléau, renforçant ainsi le constat qu'en son état actuel la formation ne délivre plus les compétences requises par les entreprises.

On sait aussi que de nombreux pays européens ont également de grandes difficultés à insérer leur jeunesse, ce qui suggère que notre modèle de développement au Nord comme au Sud, devient intrinsèquement défavorable à l'épanouissement de la jeunesse. Il est à souligner, cependant, que l'Europe se caractérise par une grande diversité de situations, ce qui offre un important potentiel d'amélioration et de transferts de bonnes pratiques. C'est ainsi qu'en 2014, près de 5 millions et demi de jeunes Européens (hors étudiants) n'avaient pas d'emploi en Europe. Un peu partout dans l'Union européenne, du Portugal à l'Europe de l'Est, les taux de chômage des moins de 25 ans demeurent élevés. Ce qui représente en moyenne 23% des jeunes européens (23,7% dans la zone euro) avec des disparités très fortes selon les pays.

Une initiative de la Présidence luxembourgeoise de l'UE

Face à cette situation, la Présidence luxembourgeoise de l'UE, via son ministre du travail Nicolas Schmit a présenté un projet le 16 juillet au conseil des ministres du travail européen, élargi aux pays du Maghreb, qui a réuni un certain intérêt. C'est ce projet, instruit par l'Institut de la Méditerranée avec le soutien du CMI qui fait aujourd'hui l'objet de discussions entre les diverses parties prenantes et est au centre des débats des 11èmes Rendez-vous économique de la Méditerranée.

Il repose sur les idées suivantes :

La première idée, et qu'un projet de formation qui concerne la jeunesse doit avoir une taille significative (200 millions d'euros, l'équivalent de 50 km d'autoroutes) et être doté d'un certain prestige, de façon qu'il contribue à modifier la perception de la formation professionnelle par les jeunes au Maghreb et conduise à modifier leurs choix d'orientation au collège et surtout à la fin du lycée (15% seulement des jeunes du Maghreb choisissent la formation professionnelle en fin de lycée). Cette réhabilitation de la formation professionnelle est indispensable pour sortir la jeunesse de l'idée que son futur est dans l'administration,

La deuxième idée, est qu'il doit couvrir toutes les classes de qualifications du niveau cinq jusqu'au post-doc pour les métiers identifiés en fonction des besoins actuels et futurs du marché du travail,

La troisième idée, est qu'il doit se développer dans des réseaux d'institutions Nord-Sud soigneusement choisies pour leur qualité, fonctionnant, pour les domaines considérés, selon des programmes et des normes strictement identiques (avec un système de normalisation du type AFNOR). Dans le cadre d'une co-direction Nord -Sud il s'agira d'homogénéiser la qualité des enseignants et des élèves et de développer des relations communes avec les entreprises et le monde professionnel. Il ne s'agit donc pas d'opérations de coopération entre institutions du Nord et du Sud qui se bornent à financer les institutions du Sud, à envoyer des missions d'enseignants, à donner des équivalences de compétences ou de diplômes (cas du processus de Bologne), ou à accueillir pour des temps limités des élèves dans les institutions du Nord (cas d'Erasmus). Il est question ici d'une co-production de qualifications entre institutions réunies sur certains métiers ou niveaux d'intérêt conjoint.

Enfin, la quatrième idée, la plus importante, dans la mesure où c'est elle qui modifiera la perception de la formation professionnelle et permettra que les effets du programme aille largement au delà des individus directement concernés est que les divers accréditifs de qualifications, diplôme ou autre système d'accréditation de compétence soit strictement les mêmes au Nord comme au Sud. Il s'agit d'un objectif extrêmement ambitieux, puisque même entre pays européens nous n'y sommes pas parvenus. Je pense néanmoins qu'un programme de mille post-docs dans les domaines de la santé, des sciences appliquées par exemple permettrait d'opérer rapidement un saut qualitatif dans l'économie de la connaissance au Maghreb, qu'un programme de formation de plombiers spécialisés en chauffage alterné validé de la même façon et sanctionné par le même diplôme, et d'autres spécialistes des métiers verts et du bâtiment, par exemple, serait aussi utile au Nord qu'au Sud, favoriserait l'emploi et serait un début de réponse aux questions que pose la mobilité des personnes dans notre grande région.

...

Retour au SOMMAIRE EUROMED- AFRIQUE

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 14/01/2016 à 9:42 :
Excellent article. Il est certes qu’il existe plusieurs manières de lutter contre le chômage des jeunes. Moi, j’ai opté les formations de Franck de www.gagner-argent.org pour avoir un boulot et je peux le faire chez moi. C’est rentable et fiable.
a écrit le 11/12/2015 à 12:35 :
Si non , je viens également de découvrir plusieurs façon pour gagner de l'argent sur internet sur le site de Roger de gagnersonargent , de plus que chaque activité avancé , y est agrémenter par une liste de bon nombres de bon nombres de sites fiables y concernant ! Sûrement pour éviter aux internautes de se faire arnaquer !
a écrit le 07/11/2015 à 10:06 :
IL EST TROP TARD POUR S OCCUPE DE CE PROBLEME? LES REVOLTES ET REVOLUTIONS SE FONT TOUJOURS PARS LA JEUNESSE? L ACCIDENT DU JEUNE QUI VOULE VENDRE A LA SAUVETTE DES BIEN DE CONSOMATION A DECLANCHE LES REVOLUTIONS ARABES? ET MAINTENENT ONT EST AUX BORD D UNE GUERRE MONDIALE? ? ? LE MONDE ET CHANBOULE?CAR CERTAIN DONNE NAISSANCE A DES ENFANTS SANS CE SOUCIE DE LEURS AVENIR? C EST LE ROLE DES ELUES DE S OCCUPE DES PROBLEMES DE DEMOGRAPHIES ANARCHIQUES???

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :