Alexandre Woog, le fine lame de l'e-commerce

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(Crédits : DR)
À 30 ans, champion d'escrime, le PDG cofondateur du site de location entre particuliers e-Loue construit en six mois une galaxie à coups de rachats et de lancements.

Dans le sport comme dans les affaires, Alexandre Woog fait mouche. À 30 ans, le PDG du groupe e-Loue mène ses assauts parfois le sabre à la main, mais jamais le couteau entre les dents. Comme sur la piste, c'est avec rapidité, dynamisme et réflexes que cet escrimeur multimédaillé développe l'activité du site de location en ligne entre particuliers qu'il a cofondé il y a six ans.

Avec 20% de commission sur chaque location - d'outils de bricolage, de consoles de jeux, d'appareils photo, etc. -, il revendique 5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014.

Ce tacticien qui « déteste rester sur des acquis et préfère prendre des risques, quitte à faire des erreurs» veut accélérer. Annoncé en novembre dernier, le rachat pour 3,5 millions d'euros de Sejourning - un site de locations de logements entre particuliers - marque l'attaque de sa nouvelle stratégie de croissance :

« Nous construisons des verticales thématiques autour d'e-Loue. Ces sites thématiques renforcent nos communautés autour de centres d'intérêt précis, et améliorent notre référencement sur le Web. D'ici à deux ans, nous aurons construit une vingtaine d'univers, et nous serons incontournables dans tous les secteurs de l'économie du partage», planifie le souriant Alexandre Woog.

En six mois, il a déjà pris pied dans la puériculture, avec le rachat de Mamanlou annoncé en février ; dans le sport en créant GoSport Location avec le distributeur spécialisé ; dans l'autopartage en lançant Autovoisin.fr avec le Groupe Entreprendre ; et même dans la location de camping-cars avec l'acquisition de ContactNgo, annoncée la semaine dernière.

« Au total, nous comptons 2,5 millions d'utilisateurs en France, dont 150000 sont actifs. Et cette année, nous allons nous lancer dans plusieurs pays, pas seulement en Europe. Vous en saurez plus d'ici à l'été», confie l'entrepreneur, qui a la double nationalité française et israélienne.

Il représente Israël en escrime depuis 2010, après qu'il a quitté l'équipe de France « faute de pouvoir consacrer plus de dix heures par semaine à l'entraînement» du fait de l'essor d'e-Loue. On lui demande pourquoi il n'entreprend pas dans la «Silicon Wadi», l'écosystème israélien de start-up établi à Tel Aviv. Il répond sans esquive :

« Entreprendre en Israël est un de mes objectifs. L'activité y sera lancée avec des investisseurs locaux, comme dans tous les autres pays que nous ciblons. Mais il y a beaucoup de raisons d'entreprendre en France», nuance-t-il, en vantant le soutien reçu de Bpifrance et les nombreux avantages fiscaux et sociaux liés à son statut de jeune entreprise innovante.

« Alexandre est à l'aise avec la complexité et il manifeste un sens hors du commun du partenariat équitable, nouant des associations bilatérales fortes. Il est très intelligent et sait convaincre. Il est visionnaire et affirme ses idées, tout en restant curieux des autres et dans l'échange», détaille Christophe Montague, le PDG du fonds de media for equity 5M Ventures, qui a participé à la deuxième levée de fonds d'e-Loue, en 2014, à hauteur de 600000 euros sur les 2 millions réunis alors.

«Win-win»

Cette recherche de l'accord «gagnant-gagnant» Julien Delon, le cofondateur de Sejourning, l'a observée aussi lors de la cession de sa société :

« Alexandre va droit au but et se concentre sur les intérêts communs. On peut discuter franchement avec lui. Nous lui faisons confiance pour faire grandir l'entreprise.»

La négociation s'est ainsi conclue dans la bonne humeur et la bonne chère, autour d'un côte-rôtie, et la signature a été immortalisée par un selfie.

«On est content de grossir. Faire vivre des gens grâce à ce qu'on a créé, c'est une satisfaction», clame Alexandre Woog.

L'ambitieux et jovial entrepreneur, à la tête d'une équipe de 20 salariés, prévoit d'ici à la fin de l'année une vingtaine de nouvelles recrues, dont la moitié à l'international.

« Alexandre sait réunir les gens autour de lui. Il est clair dans ses objectifs, il n'hésite pas à donner un coup de main à qui en a besoin, et il tient ses promesses. Il rend les choses faciles. Et la contrainte de ses entraînements sportifs accroît son efficacité», observe Benoît Wojciechowski, directeur technique d'e-Loue et associé d'Alexandre Woog.

Les deux hommes se sont rencontrés sur les bancs de Telecom SudParis.

Leurs aspirations entrepreneuriales, leur goût pour la technologie et la curiosité de tester de nouvelles idées les ont réunis.

Alexandre Woog aurait pu entreprendre dès 2001

lutôt que de monter cette société d'import-export en Chine avec un camarade chinois, il s'est orienté en classes préparatoires. Admis à Telecom SudParis en 2003, il s'est formé à la finance pendant trois ans, enchaînant les stages dans les salles de marché, notamment à BNP Paribas, ainsi qu'aux mathématiques en licence à Jussieu. Ces deux diplômes en poche, en 2006, il a de nouveau cédé aux sirènes de la négociation sur les marchés financiers : élève du mastère finance à HEC, il travaille pour le Crédit coopératif comme opérateur de marché sur le Forex - le marché des changes - et les options de dérivés jusqu'en 2009.

« J'ai vécu de l'intérieur le changement d'ambiance dans la finance après la chute de Lehman Brothers», se souvient-il. Lui qui « s'ennuyait dans ce métier répétitif» décide alors de suivre ses aspirations entrepreneuriales. Cette voie, c'est celle de son « grand-père juif polonais arrivé en France sans rien, qui s'est installé dans le Sentier et qui a réussi grâce à son expertise dans le travail du cuir et sa fibre commerciale».

Et, pourquoi pas, celle de son oncle Thierry Woog, un des cofondateurs de la SSII Alten, « qui a été introduite en Bourse».

D'ici à ce que le groupe e-Loue soit coté, Alexandre Woog aura encore à relever bien des défis. Mais lui qui a démarré avec 3000 euros de capital social ne se laisse pas déstabiliser par les avaries. Son maître d'armes, Jean-Hugues Foures, le confirme :

«Alexandre ne se laisse jamais démoraliser. Quand il s'est rompu les ligaments croisés en août dernier, il m'a demandé quels seraient les prochains objectifs, quand la plupart des athlètes qui subissent cette blessure y voient la fin de leur saison.» L'entraîneur le dit aussi « offensif, avec un sens aigu du tempo et de l'à-propos dans la touche, ce qui est très difficile à enseigner».

Cette intuition du bon mouvement au bon moment, le patron du groupe e-Loue la met en oeuvre dans sa communication. Dès le lancement de la plateforme, en avril 2009, le ecommerçant s'est installé dans une boutique avec vitrine, où il affichait quelques annonces disponibles en ligne.

« C'était intéressant d'observer les réactions des passants qui tombaient sur la proposition de location d'une chèvre», sourit Alexandre Woog.

Depuis, il a obtenu tous ses blasons dans l'art du buzz : avec le pseudo-lancement du site LouenePetiteAmie.com, puis la publication d'une annonce proposant « un sein pour allaiter les enfants de couples gays», et autres opérations de « newsjacking». Lors du pic de pollution à Paris en mars, il a demandé à ses équipes de créer une nouvelle fonctionnalité sur la plateforme, pour permettre de louer une plaque d'immatriculation paire ou impaire... et surtout, pour surfer sur l'émoi suscité par la mise en place de la circulation alternée.

Ce savoir-faire et son expérience, ce père d'une fillette de 18 mois les partage via une conférence TEDx, au sein des incubateurs de HEC et de Telecom SudParis et dans les lycées avec l'association 100000 Entrepreneurs. Le temps d'un échange, avant son entraînement quotidien. Car il a bien l'intention de se qualifier pour les Jeux olympiques d'été à Rio de Janeiro, l'an prochain.


MODE D'EMPLOI

Où le rencontrer ? Dans le XVe arrondissement de Paris. « Je reçois dans nos locaux, ou autour d'un petit-déjeuner, d'un déjeuner ou d'un café. N'hésitez pas : j'aime rencontrer les gens.»

Comment l'aborder ? De façon non commerciale. « À partir du moment où on ne cherche pas à me vendre quelque chose, je réponds volontiers à toutes les questions liées à mon secteur d'activité ou non.»

À éviter ! La frilosité. « Personne ne peut croire en vous et en votre projet à votre place. Quatre-vingt-dix pour cent des gens rêvent de créer une entreprise, mais seuls 5 % le font.»


TIME LINE

  • Mai 1984 Naissance à Paris.
  • 2005 Rejoint l'équipe de France d'escrime.
  • Juin 2006 Diplômé de Telecom SudParis et d'une licence de mathématiques à Jussieu.
  • Septembre 2006 Intègre un mastère finance à HEC et devient opérateur de marché au Crédit coopératif.
  • Janvier 2009 Cofonde e-Loue
  • Juin 2010 Lève 500000 euros.
  • Avril 2014 Lève 2 millions d'euros.
  • Fin 2014 Rachète MamanLou et Sejourning.com.
  • Premier trimestre 2015 lance GoSport Location et Autovoisin.fr.
  • Avril 2015 Annonce l'acquisition de ContactNgo.
  • 2017 Le groupe compte 20 univers spécialisés, 150 à 200 salariés, et est présent dans 15 pays.

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