Jean-Daniel Guyot, l'unificateur du rail

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Jean-Daniel Guyot, fondateur de Capitaine Train.
Jean-Daniel Guyot, fondateur de Capitaine Train. (Crédits : DR)
À 31 ans, il aiguille la croissance de Capitaine Train, qui propose des billets à travers l'Europe, et recrutera 30 nouveaux collaborateurs d'ici à la fin de l'année.

Il veut simplifier la vie des férus du rail. Sous la casquette de président de Capitaine Train, Jean-Daniel Guyot propose aux voyageurs européens de les aiguiller à travers les différentes compagnies ferroviaires européennes, pour optimiser leur trajet et le prix du billet.

Depuis qu'il a cofondé la société, en mars 2009, avec Valentin Surrel et Martin Ottenwaelter, il a convaincu 12 transporteurs de connecter leurs systèmes de réservation à sa plateforme, dont la SNCF, Deutsche Bahn, Ouigo, Thalys, Eurostar, Trenitalia, Thello, IDbus ou encore Lyria. Ce qui n'a pas été simple.

« Nous étions trois jeunes ingénieurs qui nous adressions à des entreprises de plusieurs milliards d'euros de chiffre d'affaires, chacune en situation de monopole sur son marché national, malgré les condamnations judiciaires», évoque l'entrepreneur, qui n'a jamais un mot plus haut que l'autre.

Lui ne s'attarde pas sur les difficultés surmontées

Il laisse à d'autres la quête de gloire et de reconnaissance. Sa fierté est ailleurs : dans la prouesse technique avouée à demi-mot - réalisée au service du consommateur :

« Nous avons créé un moteur d'itinéraires capable d'identifier les meilleurs prix par compagnie, mais aussi de concevoir un trajet en combinant plusieurs opérateurs.»

L'entrepreneur, âgé de 31 ans, couvre l'intégralité des marchés français et italien, et 99% du marché allemand. Son ambition : étendre son offre à « tous les pays d'Europe de l'ouest où il y a des rails, jusqu'en Russie», en intégrant toutes les tarifications réduites, notamment dans le cadre des abonnements par carte proposés par chaque transporteur. Et cet ingénieur en architecture des systèmes d'information diplômé de l'Insa Rouen a prévu d'y parvenir « d'ici à quelques années». Actuellement, sa plateforme vend 5000 billets par jour.

« Soit un total d'1,8 million de billets par an. Nous sommes encore très loin des 75 millions de billets vendus par le site Voyages-sncf.com», commente sereinement Jean-Daniel Guyot.

Il est confiant dans le potentiel de croissance de son entreprise, qui a ouvert ses guichets en ligne en septembre 2010, « après de longs cycles de tests pour que tout soit impeccable». Ce perfectionniste s'est concentré sur le développement de sa plateforme, la bonne intégration des différents systèmes techniques des transporteurs et le service offert à ses clients.

Jusque-là, la promotion des ventes ne figurait pas dans ses priorités, et c'est le bouche à oreille qui a entraîné les premiers résultats commerciaux.

En 2015, cet homme discret entend développer les actions marketing

«Le billet de train doit être accessible à tout le monde. Chaque année, 20 millions de Français prennent le train, et tous ne font pas partie du milieu parisien technophile», sourit l'entrepreneur, qui refuse d'être considéré comme un disrupteur.

Pour se lancer sur la voie de la communication, une première campagne a été affichée dans le métro parisien fin 2014.

Il veut se faire connaître du grand public, mais aussi lancer une offre à destination des entreprises.

« Je pense avoir compris 1% de l'industrie ferroviaire. C'est une industrie lourde, complexe, qui nécessite des investissements technologiques importants, et qui est très politique. Il faut connaître les bonnes personnes», observe en toute modestie Jean-Daniel Guyot.

Pour accompagner le développement de Capitaine Train, il a confié en janvier la direction générale à Daniel Beutler, ex-PDG de Deutsche Bahn France et Europe de l'ouest, le premier transporteur partenaire de Capitaine Train, en 2011.

« À l'époque, j'avais vu débarquer dans mon bureau trois ingénieurs en pull-over, d'une naïveté rafraîchissante. Deutsche Bahn avait déjà tenté de combiner les différents systèmes nationaux, mais c'était trop complexe. Ne venant pas de l'industrie, ils ignoraient cette complexité. Et ils l'ont fait !», confie Daniel Beutler, admiratif « du sérieux, du professionnalisme et de la réactivité» du trio, qu'il avait même alors invité à «pitcher» devant ses équipes.

Alors que Capitaine Train veut maintenant passer à une croissance à grande vitesse, les deux cofondateurs associés de Jean-Daniel Guyot ont décidé qu'ils étaient arrivés à destination dans ce périple entrepreneurial. En revanche, une trentaine de nouveaux salariés embarqueront d'ici à la fin de l'année aux côtés de l'équipe de 34 personnes.

Pour alimenter les chaudières de la croissance...

Jean-Daniel Guyot a bouclé en décembre dernier sa troisième levée de fonds, de 5,5 millions d'euros. Tout comme Kima - le fonds de Xavier Niel - et Alven Capital, Jean de La Rochebrochard, investisseur à The Family, a pris le train en marche lors de cette dernière opération :

« Jean-Daniel n'est pas un très bon "pitcheur". Calme, agréable, petites lunettes sages, il est un entrepreneur "normal". Pas du genre à vous emmener en boîte ! Mais il est hyperconstant, obsédé par sa mission et ses clients, déterminé dans les affaires : il ne fait pas dans la dentelle quand il s'agit de s'imposer.»

Derrière ses airs de premier de la classe - à juste titre, puisqu'il a obtenu son bac S avec la mention bien et un an d'avance -, Jean-Daniel Guyot est même « un fin négociateur qui ne lâche rien», selon Martin Mignot, investisseur chez Index Ventures. Actionnaire de la première heure - depuis 2012, notamment aux côtés de CM-CIC -, il ne tarit pas d'éloges sur ce « bosseur del'ombre» :

« À l'époque, Capitaine Train, c'était quatre gugusses dans un espace de travail collaboratif à Palaiseau. J'ai d'abord pensé qu'ils étaient de doux rêveurs. Mais Jean-Daniel a toujours gardé la tête froide, sans faire de compromis par rapport à sa vision. Il a manifesté une grande résilience : au début, il perdait de l'argent sur chaque billet. Il n'a pas cherché à grandir au plus vite, mais à constituer une communauté d'utilisateurs forte, et aussi une des meilleures équipes techniques de Paris.»

Mais, pour intégrer l'équipe de Jean-Daniel Guyot, il faut passer par un processus de recrutement aux allures de parcours du combattant : cinq à six longs entretiens. Dans son bureau, l'entrepreneur, que l'on dit curieux et capable d'apprendre vite, accumule les livres sur le management et les ressources humaines. Fervent défenseur de la mixité dans l'entreprise - mais pas de la discrimination positive -, il a publié la grille de salaires chez Capitaine Train, certifiant qu'hommes et femmes reçoivent strictement la même rémunération à postes équivalents. Cet intérêt pour les RH, il en a fait bénéficier l'écosystème, en organisant en 2012 et 2013 l'événement «Rejoignez une start-up», où 500 candidats à l'embauche et 50 start-ups se sont rencontrés.

« Jean-Daniel a des convictions très fortes, y compris en matière de ressources humaines : jusqu'à aujourd'hui, il n'existait pas de département marketing chez Capitaine Train, ce qui est atypique dans une start-up», souligne Paulin Dementhon, fondateur de Drivy et ami de Jean-Daniel Guyot.

« Nous avons récemment réfléchi à l'idée de louer des locaux ensemble, mais lui cherche une surface de 2.000 m2. C'est immense par rapport à ses effectifs actuels, mais il anticipe sur ses besoins futurs. C'est son côté ingénieur : il déroule un plan pensé des années à l'avance.» Mais Jean-Daniel Guyot n'avait pas prévu d'être invité à rejoindre le conseil d'administration de France Digitale, dont il est l'un des dix membres entrepreneurs élus depuis septembre 2013.

« Jean-Daniel est une force tranquille. Il démontre, sans jamais donner de leçons. Pendant le mouvement des "pigeons", il mettait en avant des arguments macro-économiques réfléchis et articulés, quand beaucoup d'autres mettaient en avant un côté affectif lié à la prise de risque», note Marie Ekeland, la coprésidente de France Digitale.

Jean-Daniel Guyot aimerait avoir davantage de temps pour s'impliquer comme locomotive de l'écosystème. Mais son agenda est bien rempli. Et, dès septembre s'ajouteront des créneaux de pouponnage.

Quand il trouvera à nouveau le temps de souffler, il ira skier à Saint-Moritz, en Suisse, en voyageant à bord du Glacier Express. C'est son trajet fétiche.

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