Vu de Davos, les cinq priorités des dirigeants pour 2017

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Klaus Schwab, fondateur et président du Forum économique mondial.
Klaus Schwab, fondateur et président du Forum économique mondial. (Crédits : Reuters)
A quelques jours de l'ouverture du forum économique mondial qui se tient du 17 au 20 janvier à Davos, son président et fondateur décrypte les défis qui attendent les dirigeants économiques et politiques. Plus que jamais, dans un climat d'incertitudes rarement connu, ils devront démontrer un leadership « responsive », c'est-à-dire capable de réagir et de s'adapter à des changements rapides et permanents, et « responsable », prenant en considération l'impact de leur action sur une société qui a les nerfs à vif.

Ainsi que le montre l'année qui se termine, les dirigeants doivent faire preuve de réactivité face aux demandes des citoyens qui leur ont accordé leur confiance, et avoir une perspective qui permette à ces derniers d'envisager un avenir meilleur. Un véritable leadership dans un monde complexe, incertain et inquiet suppose que les dirigeants naviguent à la fois à la boussole et au radar. Ils doivent prêter attention aux signaux changeants en provenance d'un monde en mutation permanente et faire les ajustements nécessaires sans jamais dévier de leur voie : une vision forte basée sur des valeurs authentiques.

C'est pourquoi le Forum économique mondial a choisi comme thème de sa rencontre annuelle en janvier à Davos l'idée d'un « leadership réactif et responsable » (en anglais, « responsive and responsible »). Au moment où les dirigeants du monde politique, du monde des affaires et de la société civile établissent leur feuille de route pour 2017, cinq grands défis méritent de retenir leur attention.


1 - Ils doivent réagir face à la Quatrième révolution industrielle qui redéfinit des secteurs entiers et en crée de nouveau à partir de zéro en raison des avancées considérables dans le domaine de l'intelligence artificielle, de la robotique, de l'Internet des objets, des véhicules sans chauffeur, de l'impression 3D, des nanotechnologies, des biotechnologies et du calcul quantique. Ces technologies commencent seulement à révéler tout leur potentiel, en 2017 nous verrons de plus en plus la science-fiction devenir réalité. La Quatrième révolution industrielle peut nous aider à résoudre certains des problèmes les plus urgents, mais elle introduit une fracture entre ceux qui participent au changement et les autres. C'est là une menace pour notre bien-être - menace qui doit être identifiée précisément afin d'y répondre.

2 - Les dirigeants devront établir un système de gouvernance mondial dynamique, incluant toutes les parties prenantes. Nous ne pouvons répondre aux défis économiques, technologiques, environnementaux et sociétaux que par une collaboration public-privé généralisée ; or le cadre actuel de la coopération internationale a été conçu pour la période d'après-guerre, lorsque les Etats-nations étaient les acteurs principaux.

En raison des changements géopolitiques, le monde d'aujourd'hui est multipolaire. Tandis que de nouveaux acteurs mondiaux apportent des idées neuves quant à la manière de concevoir les systèmes nationaux et l'ordre international, l'ordre existant est de plus en plus fragile. Aussi longtemps que les pays interagissent sur la base d'intérêts partagés plutôt que de valeurs communes, leur coopération sera limitée. Par ailleurs, les acteurs non étatiques sont désormais capables de perturber les systèmes nationaux et internationaux, notamment au moyen de cyber-attaques. Pour répondre à cette menace, les pays ne peuvent simplement se refermer sur eux-mêmes. La voie du progrès consiste à faire que la mondialisation bénéficie à tous.

3 - Les dirigeants doivent restaurer la croissance mondiale. Une croissance en diminution définitive se traduirait par une baisse permanente du niveau de vie : si la croissance est de 5% par an, il faut 14 ans à un pays pour doubler son PIB ; si elle n'est que de 3%, il y faut 24 ans. Si la stagnation se prolonge, nos enfants et nos petits-enfants vivront peut-être moins bien que leurs prédécesseurs.

Même sans tenir compte du chômage lié à la technologie, il faudrait que l'économie mondiale crée des milliards d'emplois pour la population mondiale qui devrait atteindre 9,7 milliards de personne en 2050, contre 7,4 milliards aujourd'hui. Aussi 2017 va-t-elle être une année cruciale en terme d'inclusion et de chômage des jeunes, tant à l'échelle nationale que mondiale.

4 - Il faut réformer le capitalisme de marché et restaurer la cohérence entre le monde des affaires et le reste de la société. Pendant des décennies, l'économie de marché et la mondialisation ont amélioré le niveau de vie et sorti des millions de personnes de la pauvreté. Mais leurs défauts structuraux (court-termisme myopique, creusement des inégalités et favoritisme) ont suscité la réaction politique de ces dernières années, soulignant la nécessité de créer de structures permanentes pour équilibrer incitations économiques et bien-être social.

5 - Les dirigeants devront répondre à la crise d'identité de plus en plus prégnante due à l'érosion des normes traditionnelles depuis une vingtaine d'années. La mondialisation a intensifié les échanges à travers le monde, mais l'ont rendu plus complexe. Beaucoup de gens ont perdu confiance dans les institutions, craignent pour leur futur ou sont à la recherche de croyances distinctes qu'ils partagent avec d'autres, qui donnent sens à leur vie, ainsi qu'un sentiment de continuité.

La formation de l'identité n'est pas un processus rationnel ; c'est un processus profondément irrationnel qui se caractérise souvent par une grande anxiété, beaucoup de mécontentement et de colère. C'est aussi l'émotion qui conduit la politique : les leaders attirent les électeurs non en répondant à leurs besoins ou en leur présentant une vision à long terme, mais en suscitant un sentiment d'appartenance, en jouant sur la nostalgie de périodes moins compliquées ou en proposant un retour aux racines nationales. Nous avons vu cela en 2016, lorsque les populistes ont progressé avec des idées réactionnaires ou extrémistes. Pour leur part, les hommes politiques responsables doivent reconnaître comme légitimes les craintes et la colère populaires, et inspirer des perspectives constructives.

Mais comment ? Le monde semble aujourd'hui englouti dans une vague de pessimisme, de négativité et de cynisme. Pourtant nous pouvons extraire encore des millions de gens de la pauvreté et leur permettre de mener une vie plus saine et épanouissante. Nous devons coopérer pour parvenir à un monde plus respectueux de la nature, plus inclusif et moins violent. Notre succès ne dépend pas de tel ou tel évènement extérieur, mais plutôt des choix que feront nos dirigeants.

L'année qui s'ouvre servira de test crucial pour toutes les parties prenantes de notre société planétaire. Plus que jamais, nous avons besoin d'un leadership réactif et responsable pour répondre à nos défis communs, restaurer la confiance dans les institutions et la confiance entre nous et faire que le monde soit un peu meilleur. Nous disposons des outils pour cela, mais pour réussir nous devons dépasser le cadre étroit de notre propre intérêt et nous ouvrir à l'intérêt global de toute la planète.

Cette responsabilité revient en premier à nos dirigeants qui doivent engager un dialogue ouvert et une recherche collective pour répondre à ces cinq grands défis. S'ils reconnaissent que nous formons une communauté mondiale unie par un destin commun, ils auront accompli un premier pas dans la bonne direction.

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Copyright: Project Syndicate, 2016.
www.project-syndicate.org

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Commentaires
a écrit le 17/01/2017 à 23:10 :
Beaucoup d'idées qu'on n'avait pas l'habitude de lire aux précédentes éditions du Forum de Davos. Il semble que les "imperfections" du système économique actuel sont devenues insupportables et que les CEO sont convaincus de la nécessité de revoir les règles de fonctionnement actuelles.
Par contre on ne trouve pas un seul mot sur l'environnement et les risques liés au réchauffement climatique!
a écrit le 11/01/2017 à 16:46 :
Que voilà encore un programme en de-ça des aptitudes permettant de ne pas être à la remorque des évènements!
Le pentagramme des cinq principes(symptôme d'un esprit étriqué) écarte d'emblée les qualités essentielles que l'on devrait trouver chez un dirigeant digne de ce nom.La première qualité à cultiver est le courage ."Rassurer les marchés "présuppose que le système décadent de gouvernance financière repose sur la trouille, c'est à dire l'absence de courage!En second lieu penser de manière plus sage que ce que l'intellect permet d'appréhender.Percevoir le futur, celui qui me permit de découvrir que l'opération de tentative de renversement d'Assad par exemple, tournerait au fiasco.A l'époque j'ai informé nos (ir)responsables du résultat de leurs chimères, sans réponse de leur part.L'arrogance est un vilain défaut dont souffrent bien de ceux qui sont définis comme dirigeants...
Les dirigeants handicapés" par leurs aptitudes" cherchent à compenser leur insuffisance par la numérologie ou la fréquentation de tel ou tel voyant ou pseudo-voyant.
La fréquentation des palaces , des restaurants gastronomiques(où certains se sucrent en présentant des additions salées)et l'écoute des discours réciproquement "congratulateurs" ramollit le spécimen.
Appréhender le monde de manière non calculable mais qualitative, chercher à comprendre les mondes supérieurs, saisir en quoi les salles de marchés et l'idéologie néo-libérale sont l'expression d'entités démoniaques, voilà une attitude qui risque de heurter la doxa officielle.Sans élargissement de conscience il ne sera pas possible de franchir un palier évolutif.
Traire des vaches, faire de la course à pied,jouer au bilboquet ,faire du crochet ou de l'alpinisme, voilà une préparation à la gouvernance!
Avec ces cinq paragraphes en tête mi-diagnostic mi "thérapie", à coup sûr ceux qui suivent ces principes seront à coté de la plaque !
L'évolution qui vient du futur va dans le sens d'un éveil de tous.L'époque où les dirigeants pouvaient tabler sur l'imbécilité ou la docilité des citoyens est révolue.
De sorte que les bouleversements qui vient vont bousculer et évincer bien d'actuels dirigeants.Les faux-nez que constituent de pseudo organisations contestataires sont plutôt détectés rapidement par Monsieur ou Madame tout le monde.
Faute de ne pas saisir ce qui vient, bien d'actuels dirigeants ne comprendront pas comment ils vont se retrouver dessaisis de leurs prérogatives!
a écrit le 11/01/2017 à 10:42 :
En bref, ils doivent "revenir" sur terre et ne pas la détruire; Ne pas faire comme dans l'agriculture, où la possession d'un tracteur a entrainé la destruction des sols et des paysages, et les "rêves" étaient une exploitation a fond pour l'export! Éviter de faire la même erreur!
a écrit le 11/01/2017 à 9:43 :
J'ajouterais une condition essentielle, c'est de tenir compte du role de l'énergie dans le développement économique. L'énergie remplace le travail et doit participer au financement des charges sociales: une taxe sur l'énergie pour financer le chomage et les retraites. C'est aux Français de donner l'exemple, et de plus, cela nous serait favorable.
a écrit le 11/01/2017 à 9:22 :
"Pourtant nous pouvons extraire encore des millions de gens de la pauvreté et leur permettre de mener une vie plus saine et épanouissante." à accompagner d'un air de violon.

J'ai failli pleurer...

Les gars ils entassent des dizaine de milliers de milliards dans les paradis fiscaux amputant massivement la redistribution fiscale, ils ont leurs rejetons qui travaillent (mal) aux plus hauts postes de décision publics et privés et ils veulent nous faire croire qu'ils dirigent pour le bien de l'humanité.

C'est pas à Davos que les terroristes vont s'attaquer c'est sûr et certain ils ne risquent rien et pourtant ils dépensent des centaine de millions pour leur sécurité.

L'oligarchie ça suffit, si c'était bon pour l'humanité depuis le temps on le saurait.

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