C'est quoi un héros  ?

Par Romain Mielcarek et The Boson Project  |   |  862  mots
(Crédits : DR)
L'Ecole de Guerre et The Boson Project organisaient le 28 juin leur seconde édition de « La Croisée des Mondes ». Le temps d'un après-midi, militaires, politiques, sportifs, journalistes ou encore philosophes ont pu s'interroger sur la notion d'héroïsme. Avec une question aussi récurrente qu'insoluble : qu'est-ce qu'un héros ?

Qui sont les héros ? Quelles sont leurs qualités ? Comment les repère-t-on ? Chacun essaie de trouver ses réponses. Ce sont nos blessés de guerre, nos veuves et nos pupilles, propose la secrétaire d'État aux Anciens combattants Geneviève Darrieussecq. Ceux-là seraient héros plutôt que victimes, car ils incarnent la résilience.

Résilience donc, mais aussi abnégation, courage, discrétion, modestie, esprit de sacrifice ou de partage... les pistes s'égrainent en même temps que les témoignages. Le chef de bataillon Franck Duchemin a vu l'héroïsme dans les visages de ses jeunes subalternes, « prêts à donner leur vie » parce que « face à la mort, leur vie avait un sens ». Le capitaine de frégate Julien Fort, lui, l'a vu dans celui de son frère malade qui, malgré les souffrances, s'est battu pour épargner ses proches.

Difficile décidément de concevoir une définition du héros. Chaque fois qu'un témoin l'effleure, sa silhouette devient plus floue. Parfois volontaires et décidés, ils sont aussi de simples inconnus ayant rendez-vous avec le destin. Le leur, mais surtout celui des autres. Ils n'abandonnent pas, se sacrifient ou montrent l'exemple. Un exemple, parmi d'autres, sans vouloir imposer le leur au monde. Célèbres comme Jean Moulin ou comme Jeanne d'Arc, le héros a fait l'Histoire. Et en même temps, ils sont nombreux à n'avoir bouleversé que celle avec un petit «h» de ceux qui la vivent et la partagent.

Le héros, c'est l'autre

Lorsque deux officiers du GIGN se souviennent de leur intervention pour neutraliser les frères Kouachi le 9 janvier 2015, ils racontent la rencontre entre deux gendarmes et deux terroristes. Pour ces hommes, les héros ne font pourtant pas partie de l'élite de la gendarmerie comme eux. Ce sont les deux brigadiers qui, comme chaque jour, œuvraient au service des populations lorsqu'ils sont arrivés à la fameuse imprimerie de Dammartin-en-Goële. Lorsqu'ils font face aux canons des Kalachnikovs, avec leurs pauvres pistolets automatiques et leurs 30 cartouches tirées dans l'année, ils ne sont pas en position de force. Eux veulent rentrer chez eux quand les djihadistes veulent partir en martyrs. Et pourtant, c'est un tir bien placé qui sonnera l'un des meurtriers de Charlie Hebdo et qui permettra de gagner le temps nécessaire à l'arrivée des unités d'intervention.

Comme ces deux officiers du GIGN, beaucoup des intervenants ont vécu des expériences extrêmes, en confrontation directe avec la mort. La sienne ou celle de l'autre, ami ou ennemi. Comme ce pilote espagnol et cette officier de renseignements qui ont permis l'élimination d'un terroriste : le héros, c'est leur collègue qui avait infiltré le réseau. Comme ces officiers du génie aux multiples opérations extérieures : leurs héros sont leurs sapeurs, qui ont affronté les mines improvisées les unes après les autres. Ou encore ces deux officiers qui insistent sur un autre genre de sacrifice : « Les héros ne sont-ils pas nos conjoints qui, dans l'ombre, permettent à ceux qu'ils aiment d'accomplir leur destin au service de la France ? »

Les héros ne sont d'ailleurs pas toujours des soldats et des combattants. Anne Nivat, grande reporter qui se souvient de sa première guerre, en Tchétchénie, voit dans cette mère de famille qui décide de faire et de partager du thé malgré les bombardements, la figure de la bravoure : « Tous ces civils, qui ont à vivre ces moments, ce sont eux les héros. »

Humanité et évidence

« Le héros est-il quelqu'un de surhumain ou quelqu'un de pleinement humain ? », questionne le philosophe Charles Pépin, paraphrasant son antique confrère Aristote. Lui insiste sur l'altruisme. Le héros est celui qui fait passer l'autre avant lui, « le héros nous rappelle que parfois, autrui compte plus que moi ». Par son exemple, il nous rattache à l'humanité, celle à laquelle nous appartenons et celle qui nous habite.

« Le héros est un perdant qui nous fait envie », propose de son côté l'écrivain Régis Debray, insistant sur le tragique qui caractérise de nombreux auteurs d'actes d'héroïques. Il est ce « minoritaire » qui ose faire face à la majorité, à l'adversité, à la tentation de facilité, pour porter des valeurs pourtant évidentes. « Un héros choisit, il ne subit pas », poursuit le même philosophe. Il représente un idéal inspirant et rassurant. Il est celui qui fait ce que nous aurions dû faire, ce que nous aurions voulu faire, ce que nous aurions aimé faire. Mais que nous n'avons pas fait.

Les héros, nos héros, sont finalement tous ceux qui nous montrent l'exemple en réalisant dans l'instant avec une simplicité déconcertante ce que nous ne ferons jamais, faute d'occasion ou de détermination. En écho à la notion d' « héroïsme au jour le jour » de Charles Pépin, l'historien Marc Tourret rappelle d'ailleurs que chaque époque construit ses propres panthéons en fonction de ses besoins et qu' « aujourd'hui, le héros est plutôt celui qui sauve des victimes que celui qui tue des ennemis ».