Il n'y a pas de ville du futur

Par Philippe Cahen  |   |  473  mots
(Crédits : (Crédits : © Charles Platiau / Reuters))
Il n'y a pas de ville du futur. Il y a des villes du futur. Il y a des villes affublées de « smart ». « Smart », « intelligent », est l'adjectif que l'on adosse à un mot qui le fait passer dans le futur : home, car, building,etc.

Bien sûr, en anglais, cela sonne mieux. Qu'il puisse y avoir ponctuellement des bâtiments, des voitures ou des maisons intelligentes, donc numériques, est possible. Mais rendez Paris intelligent ? Outre la plaisanterie qu'il faudrait la vider des Parisiens, plus des deux tiers des bâtiments qui existeront en 2050 sont déjà construits. Et transformer l'habitat et les réseaux anciens tient de l'exploit et du budget conséquent ! La ville idéale n'existe pas. Les utopistes des siècles passés ont bien tenté de la créer. Il y eut des quartiers, il y eut des villes, mais qui ont été soit abandonnés et voués à l'échec (les Salines d'Arc-et-Senans), soit noyés par le succès (Curitiba au Brésil). La ville est une alchimie entre le logement, l'éducation, la santé, le travail, les loisirs et le commerce. Ce dernier mot n'existe pas dans le projet du Grand Paris d'origine. Or, le commerce est la vie, « smart » commerce ou pas. Les cinq villes nouvelles de la région parisienne de Paul Delouvrier n'ont commencé à vivre que lorsqu'elles ont eu un coeur commercial et de loisirs.

Smart city, une évolution incertaine

À dire les choses cruellement, les urbanistes, les architectes, les champions du numérique, ignorent la vie quotidienne des citoyens. Si les électeurs de Trump ou de Le Pen imaginaient la ville idéale de demain, ce ne serait pas celle de Hollande, Juppé ou Macron. Le Netflix de la maison ou de la ville, c'est Big Brother. Les habitants des périphéries et des campagnes perdant leurs industries n'ont pas les mêmes attentes que les citadins. La vision écologiste (Duflot) de 1.000 pavillons avec jardin, ne rencontre pas celle raisonnée d'une tour de 1.000 logements.

Toutes les villes sont différentes, par leur implantation, leur population. Il y a tant de signaux faibles qui démontrent l'intelligence de systèmes que tel ou tel citoyen va adopter. Or, ces systèmes se font dépasser par d'autres encore plus intelligents. Et pour aller plus loin, on peut imaginer que dans trente ou cinquante ans, les mégapoles, avec leurs moyens financiers, seront les seuls lieux de vie où l'air sera pur, ou, au contraire, imaginer que l'agriculture et l'industrie auront évolué si sainement que seules les petites villes dans les campagnes auront une vie saine et un air pur. Dans un demi-siècle, la smart city sera-t-elle une mégapole ou une petite ville de campagne ?

Je repars en plongée.

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L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013

À découvrir aussi sa contribution à l'ouvrage collectif Rupture, vous avez dit disrupture ? Le futur est déjà derrière nous, Éditions Kawa, 2015 ; et le nouvel ouvrage, Notre futur anticipé pas les signaux faibles, Éditions Kawa, 2016.