Le nombrilisme du classement de Shanghaï

Par Philippe Cahen  |   |  387  mots
(Crédits : Reuters)
Dans la torpeur de l'été, l'université de Shanghaï a publié le « classement académique des universités mondiales ». Son but est clair : la « marchandisation » de l'enseignement supérieur. De plus, c'est un classement nombriliste et peu utile.

Effectivement, les universités sont devenues des entreprises comme les autres. On peut d'ailleurs en obtenir le diplôme sans jamais y avoir mis les pieds grâce aux MOOC, les cours par Internet. Pour les parents, il s'agit d'assurer à leur progéniture les meilleurs diplômes en vue d'obtenir le meilleur emploi. En Chine, des parents se saignent financièrement dans cet espoir. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle ils n'auraient pas les moyens d'assurer les coûts de formation d'un second enfant... qu'ils n'ont pas. Aux États-Unis, ce sont les étudiants qui s'endettent en masse. Faire Harvard est un meilleur placement que faire LSU, à Bâton-Rouge.

Pour autant, le diplôme fait-il l'emploi ou le succès professionnel ? Le classement de Shanghaï se garde bien de faire le rapprochement. C'est un classement académique, de « pair à pair », fondé sur les prix passés et présents, les citations et publications des chercheurs. Le classement conclut au bon potentiel de devenir un professeur ou un chercheur d'université qui pourra obtenir une médaille Fields ou un prix Nobel dans une matière scientifique. Les sciences molles, comme le social, en sont absentes.

Si l'on sort de ces emplois très rares et très minoritaires, quelle formation faut-il suivre pour faire partie des Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) et autres entreprises à succès ? Il n'y a aucun professeur d'université parmi ces créateurs. Dans nombre d'entreprises américaines, c'est la formation « garage » qui l'emporte. Dans tous les pays, c'est l'imagination, la ténacité, le charisme des créateurs qui sont déterminants. Autant de qualités qui ne s'enseignent pas pour les acquérir, uniquement pour les améliorer. Le « pair à pair » de Shanghaï est inutile. Ce n'est pas le « pair à pair » qui a fait évoluer le monde. Einstein, le Douanier Rousseau ou le facteur Cheval, Mr Gaga (le danseur israélien Ohad Naharin) ont surtout ignoré leurs pairs, à leurs débuts, et ont changé le monde.

Je repars en plongée.

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L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013

À découvrir aussi sa contribution à l'ouvrage collectif Rupture, vous avez dit disrupture ? Le futur est déjà derrière nous, Éditions Kawa, 2015 ; et le nouvel ouvrage, Notre futur anticipé pas les signaux faibles, Éditions Kawa, 2016.